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Pratiques médicales durables : réduire les dommages causés par les plastiques sur la santé
5 min
Chaque année, l'industrie du plastique consomme près de 10 % de la production mondiale de pétrole. La fabrication de plastique est passée de 1,5 million de tonnes en 1950 à plus de 400 millions de tonnes en 2023, dépassant le poids total de l’ensemble de l'humanité. Si les tendances actuelles se poursuivent, la production devrait doubler d'ici 2040 et tripler d'ici 2060.
La pollution plastique est un problème de santé
La pollution plastique est devenue un problème mondial majeur. Les plastiques contaminent désormais chaque recoin de la planète, des calottes glaciaires antarctiques et des sables des déserts aux sommets montagneux et aux fosses océaniques les plus profondes. Les nanoplastiques pénètrent dans le corps par l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons et la nourriture que nous consommons. Chaque semaine, on estime que les gens ingèrent entre cinq et sept grammes de plastique, l'équivalent d'une carte de crédit !
L'exposition aux nanoplastiques peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires, d'inflammation des voies respiratoires, de perturbations hormonales, de problèmes de fertilité et de déclin cognitif. Les additifs chimiques utilisés dans la production de plastiques, tels que le bisphénol A, sont des perturbateurs endocriniens connus liés aux troubles de la reproduction et au cancer.
Le fardeau sanitaire de la pollution plastique est un problème très réel et omniprésent à travers le monde.
La contradiction au sein des soins de santé
Les systèmes de santé sont à la fois des acteurs de la réponse à cette crise sanitaire et contribuent à celle-ci. Les établissements médicaux dépendent fortement des produits plastiques pour assurer les soins en toute sécurité, mais cette dépendance génère de grands volumes de déchets. Un lit d'hôpital produit en moyenne entre deux et quatre kilogrammes de déchets par jour. Beaucoup de ces déchets, tels que les perfusions, seringues, cathéters et équipements de protection pour le personnel médical, sont fabriqués à partir de plastique à usage unique, parfois composés de matériaux très polluants comme le PVC.
Les déchets médicaux doivent être éliminés en toute sécurité, mais dans de nombreux endroits, en particulier dans les contextes humanitaires où MSF opère, les moyens d'y parvenir ne sont pas toujours disponibles. Cela entraîne des pratiques d'incinération qui libèrent des toxines et polluent l'air, ainsi que des décharges polluant le sol et les eaux souterraines.
Comment MSF met en œuvre des pratiques médicales durables
Reconnaissant les conséquences négatives de la pollution plastique pour la santé et l'environnement, MSF vise à réduire l'utilisation de fournitures à usage unique et à utiliser des alternatives plus sûres lorsque cela est possible.
MSF a donc analysé les produits médicaux achetés au cours des cinq dernières années afin d'identifier les articles médicaux à usage unique les plus polluants et les plus fréquemment utilisés. L'analyse a révélé que 66 % de toutes les fournitures médicales achetées durant la même période étaient des articles à usage unique et nos équipes ont identifié plus de 4 000 références à usage unique dans le catalogue médical de MSF.
Utilisation rationnelle des gants d'examen
Les gants d'examen se sont révélés être le produit à usage unique le plus couramment utilisé dans les projets MSF, avec l'impact environnemental et financier le plus important. Les gants sont essentiels lorsqu'ils sont utilisés correctement, mais ils sont souvent portés inutilement. Cela génère des déchets évitables et peut parfois compromettre la sécurité des patient·e·s.
Pour y remédier, MSF fait un effort particulier pour promouvoir l'utilisation rationnelle des gants. Au Liban, les équipes MSF ont mené une campagne « Porter avec soin » qui a vu l'utilisation des gants réduite de 40 % par consultation sans compromettre la sécurité. Cela a démontré que de meilleures pratiques peuvent protéger à la fois les patient·e·s et l'environnement.
Prescription rationnelle des traitements intraveineux
Les systèmes de perfusion constituent le deuxième produit à usage unique le plus impactant. Les traitements intraveineux nécessitent généralement plusieurs articles à usage unique, notamment des seringues, des aiguilles, des cathéters et du matériel de perfusion. Une façon de contrer cela est la prescription rationnelle : passer des traitements intraveineux aux traitements oraux dès qu'il est approprié. Cela améliore la sécurité des patient·e·s et réduit les infections, la douleur et les séjours hospitaliers prolongés, tout en diminuant significativement les déchets plastiques. Il est recommandé dans les guidelines des unités de soins intensifs médicaux MSF.
Promouvoir des alternatives réutilisables
Lorsque des unités de stérilisation et la buanderie existent dans la structure, des alternatives réutilisables d’équipements chirurgicaux et de blouses peuvent remplacer en toute sécurité les articles à usage unique sans compromettre la qualité des soins aux patient·e·s. Au Mozambique et au Kirghizistan, MSF a lancé une initiative pilote pour remplacer les masques chirurgicaux à usage unique par des masques lavables pouvant être utilisés jusqu'à 40 fois. Une évaluation du cycle de vie a été réalisée en partenariat avec la Technische Universität Berlin, montrant que le masque lavable surpassait nettement le masque à usage unique sur le plan environnemental. Le personnel MSF a également trouvé que la version lavable était plus confortable à porter.
Pourquoi cela compte
Il faudra du temps et des efforts pour mettre en œuvre les changements nécessaires à MSF et dans le secteur de la santé dans son ensemble. La production et l'élimination du plastique représentent une crise sanitaire mondiale et réduire les plastiques à usage unique inutiles est vital pour protéger la santé, aujourd'hui et pour les générations futures.