Une petite fille frappe à la porte de sa tente, à l'entrée du camp d'Atira, dans le gouvernorat de Lahj.
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Une petite fille frappe à la porte de sa tente, à l'entrée du camp d'Atira, dans le gouvernorat de Lahj. Dans cet ancien camp, les tentes sont alignées les unes à côté des autres dans des allées bien organisées ; chacune d'entre elles dispose de récipients pour l'eau et de deux latrines.
© Alexandre Marcou/MSF

Yémen : déplacés à nouveau, sur la route d’Aden

L’escalade militaire au Yémen aggrave une crise humanitaire déjà chronique. Depuis septembre 2026, plus de 230 000 personnes ont fui la côte ouest du pays. Alors que la malnutrition augmente et que le choléra se propage, MSF étend ses activités médicales dans les camps de personnes déplacées.

Depuis septembre 2026, l’escalade militaire entre les forces d’Ansar Allah et le gouvernement internationalement reconnu, soutenu par l’Arabie saoudite, replonge des centaines de milliers de personnes dans l’incertitude. Plus de 230 000 personnes ont fui la côte ouest du Yémen pour chercher refuge aussi loin que possible de la ligne de front. Pour beaucoup, ce n’est pas la première fois qu’elles doivent fuir depuis le début de la guerre en 2015.

Cette nouvelle vague de déplacements intervient dans un pays confronté à une crise humanitaire chronique et sévèrement sous-financée. La malnutrition progresse, tandis que le choléra se propage.

Des conditions de vie extrêmement précaires

Maher, 19 ans, était pêcheur à Mocha avant de fuir le mois dernier avec cinq autres familles.

Nous nous sommes enfuis par miracle ; les routes étaient déjà fermées. Le trajet a été long : nous avons marché presque un jour et demi, puis pris un bus.

Maher, 19 ans.
« Je suis venu avec ma mère, ma tante, ma grand-mère et mes frères. C’est toute la famille. Nous avons réussi à fuir par miracle, car les routes étaient coupées », explique Maher, debout à côté de son voisin qui vit dans la tente juste à côté de la sienne.

« Je suis venu avec ma mère, ma tante, ma grand-mère et mes frères. C’est toute la famille. Nous avons réussi à fuir par miracle, car les routes étaient coupées », explique Maher, debout à côté de son voisin qui vit dans la tente juste à côté de la sienne.

© Alexandre Marcou/MSF

Il vit aujourd’hui dans le camp d’Atira, dans le gouvernorat de Lahj, à environ 250 kilomètres de Mocha. Le camp a été agrandi pour accueillir 150 familles nouvellement déplacées. Environ 310 familles déplacées au cours de la dernière décennie y vivent aujourd’hui sur une terre quasi désertique, loin de toute infrastructure et exposée à une chaleur accablante.

« Les personnes déplacées ont un besoin critique de soutien médical et humanitaire. MSF mène des évaluations et des activités médicales dans différents camps et installations informelles, où nos équipes constatent les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles elles vivent », explique Itta Helland-Hansen, coordinatrice générale de MSF au Yémen.

« Nous voyons des femmes enceintes qui n’ont eu accès à aucune consultation prénatale et qui ont dû accoucher dans des lieux non équipés et insalubres ; nous continuons à référer des enfants souffrant de malnutrition aiguë vers des hôpitaux déjà proches de saturation ; et nous constatons une aggravation des complications médicales en raison de l’accès limité aux soins. »

De nombreuses personnes déplacées manquent aussi de médicaments, en particulier celles qui vivent avec des maladies chroniques. « Nos équipes voient des patient·es avec des boîtes vides de médicaments contre l’épilepsie, l’hypertension ou le diabète, qui demandent désespérément à pouvoir poursuivre leur traitement », poursuit Helland-Hansen.

Un risque accru de choléra

Fatima et ses huit enfants ont fui Mocha de nuit, dans l’urgence, en raison des bombardements. « Notre principal problème ici, c’est l’accès à l’eau potable. Je n’ai pas d’argent pour acheter des bouteilles, et mes enfants ont soif. L’eau disponible dans les réservoirs est salée », explique-t-elle. « Je suis très fatiguée ; je souffre de problèmes cardiaques et d’hypertension, et j’ai dû pousser mon enfant en fauteuil roulant sur de longues distances. »

Aucune latrine n’est encore disponible pour les personnes nouvellement arrivées à Atira, ce qui accroît le risque de propagation du choléra. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre de cas a triplé au cours des trois dernières semaines.

MSF étend ses activités

Depuis le 15 septembre, MSF a réalisé plus de 1 000 consultations dans des cliniques mobiles dans les gouvernorats d’Aden et de Lahj. Les pathologies les plus fréquentes – infections des voies respiratoires supérieures, infections urinaires et gastrites – sont liées aux mauvaises conditions de vie.

À Mocha, dans l’ouest du Yémen, les combats se poursuivent. Les équipes de MSF maintiennent leurs activités pédiatriques et maternelles à l’hôpital général de Mocha et continuent de soutenir un centre de santé primaire à Khokha, à 50 kilomètres au nord de la ville. MSF a également repris son soutien au centre de santé primaire de Mafraq al Mocha, à 40 kilomètres au nord-est de Mocha, après deux semaines d’interruption dues aux violences.

Les acteurs humanitaires et médicaux peinent à déployer leur réponse, tandis que l’accès à certaines fournitures, comme les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi pour les enfants souffrant de malnutrition, devient de plus en plus difficile. À Khokha, les cas de diarrhée aqueuse aiguë ont presque doublé en une semaine, passant de 28 à 52.

Selon l’OMS, seuls 3,78 millions de dollars sur les 31 millions nécessaires ont jusqu’ici été mobilisés pour financer une réponse d’urgence de 90 jours au Yémen. Avant même la dernière escalade militaire, seuls 22 % des fonds nécessaires à la réponse humanitaire dans le pays avaient été réunis.

Dans ce contexte, il est urgent de renforcer la réponse aux besoins liés au déplacement, notamment en matière d’eau, d’assainissement, d’amélioration des conditions de vie et de prévention des épidémies.

Itta Helland-Hansen, coordinatrice générale de MSF au Yémen.