Présentation des zones du camp de Nduta, à Kibondo, en Tanzanie. 
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Présentation des zones du camp de Nduta, à Kibondo, en Tanzanie. 
© Godfrida Jola/MSF

Tanzanie : un centre de départ surpeuplé menace la santé et la dignité des réfugié·e·s à Nduta

Alors que le retour des réfugié·e·s burundais·es depuis le camp de Nduta vers leur pays d'origine s'accélère, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur les risques graves que les conditions actuelles de rapatriement font peser sur la santé et la dignité des personnes concernées.

Si le processus de rapatriement est officiellement présenté comme volontaire et s’inscrit dans des efforts plus larges de réintégration au Burundi, les équipes MSF sur le terrain constatent une dégradation rapide des conditions de vies dans le camp, en particulier dans les zones de départ. Les démolitions de logements en cours et la réduction progressive du camp privent environ 18 000 personnes d'un accès suffisant à l'eau et aux services de base. Des milliers d'entre elles sont ainsi contraintes de transiter par des installations de départ surpeuplées, ce qui aggrave les risques sanitaires et porte atteinte à leur dignité.

Jusqu’à 4 000 personnes ont séjourné dans la zone de départ, qui n’est que légèrement plus grande qu’un terrain de football. L’endroit est extrêmement surpeuplé et jonché de déchets, ce qui rend les déplacements difficiles.

Tommaso Santo, chef de mission MSF, de retour de Nduta.

Les équipes de MSF signalent une surpopulation extrême dans la zone de départ, ainsi qu’un manque d’infrastructures de base, notamment en matière de gestion des déchets, de dispositifs d’hygiène et de latrines.

Les déchets sont partout. Les enfants, qui représentent 60 % de la population du camp, jouent dans la boue et parmi les ordures, tandis que les familles dorment à même le sol dans des conditions d’hygiène extrêmement précaires.

Tommaso Santo, chef de mission MSF.

Parallèlement, le retrait rapide des acteurs humanitaires en raison des coupes budgétaires crée d’importantes lacunes dans les services essentiels du camp. Â la fin de l’année 2025, plusieurs organisations clés s’étaient déjà retirées, tandis que d’autres prévoient de mettre fin à leurs activités d’ici la fin du mois de mars 2026. À mesure que les services sont réduits ou interrompus et que le camp est démantelé, des milliers de personnes risquent de se retrouver sans accès aux soins de santé, aux services de base ou à un abri, faisant craindre une crise humanitaire en devenir.

Ces dynamiques suscitent de vives inquiétudes quant aux conditions dans lesquelles les personnes retournent au Burundi. Les équipes MSF observent un sentiment croissant de résignation parmi les personnes réfugié·e·s, dont beaucoup se sentent contraint·e·s d’accepter le retour en l’absence d’alternatives viables. La destruction des abris et la détérioration des conditions de vie réduisent encore la capacité des personnes à prendre une décision libre et éclairée.

« Les retours des personnes réfugié·es doivent se faire dans le respect des normes de protection, et non en fonction d’échéances, et doivent s’accompagner de solides garanties humanitaires », déclare Santo.

Sans ces garanties, l’approche actuelle risque d’exposer des milliers de personnes à des dommages évitables et d’aggraver une situation humanitaire déjà critique.