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Accompagner les patients et leurs proches face à Ebola
République démocratique du Congo (RDC) 3 min
Dans le couloir du centre de traitement d’Ebola (CTE) de Kitatumba à Butembo au Nord-Kivu, Kasoki Zawadi est assise sur une chaise en plastique devant la fenêtre qui la sépare de son mari, Victoire. Il est hospitalisé depuis treize jours. De l’autre côté de la vitre, il sourit par moments.
L’hôpital où Victoire est soigné, est l’une des structures dans lesquelles MSF soutient la prise en charge des patients atteints d’Ebola. À Butembo, 1 472 cas ont été confirmés et 735 décès recensés entre mai et le 22 octobre 2026. L’épidémie touche une population déjà confrontée à l’insécurité et aux difficultés économiques. De nombreuses familles accueillent des personnes ayant fui les affrontements dans les territoires voisins, tandis que les restrictions de circulation et le ralentissement du commerce compliquent leur quotidien.
Au centre de traitement, les équipes accompagnent les malades, mais aussi leurs proches, confrontés à la peur de la maladie et à l’attente des résultats. Les psychologues sont présents dès l’admission pour écouter leurs inquiétudes, expliquer les soins et les aider à faire face à l’hospitalisation.
Rester en contact pendant l’hospitalisation
Victoire, atteint du virus Ebola, passe ses journées au centre de traitement d'urgence (ETC) de Kitatumba, à Butembo, dans l'attente de pouvoir quitter les lieux à mesure que son état de santé s'améliore. Il pense avoir contracté le virus Ebola alors qu'il travaillait comme infirmier dans un autre hôpital, puisqu'il s'est occupé d'un patient qui a ensuite été déclaré positif au virus Ebola.
Chaque matin, Kasoki arrive vers 6 h 30 et reste jusqu’à 18 h 30. Son beau-frère prend ensuite le relais pour la nuit. « On arrive à communiquer malgré la fenêtre », raconte-t-elle. « On nous permet de nous voir, cette communication soulage ».
Enseignante, elle a cessé de travailler depuis l’hospitalisation de son mari. Leur famille les aide à subvenir à leurs besoins pendant cette période. Elle s’inquiète aussi pour sa propre santé. Lorsqu’elle quitte le centre, la séparation lui pèse : « Le soir quand je rentre et que je ne peux pas voir mon mari, j’ai du mal à dormir. »
Quelques jours plus tard, Kasoki raconte qu’un résultat négatif leur avait fait espérer un retour à la maison. Un nouveau résultat est ensuite revenu positif.
Quand il a de nouveau eu un résultat positif, on était très fatigués moralement et physiquement. Et heureusement, grâce au soutien des psychologues, ça nous a calmés et on a réussi à attendre.
Accompagner le retour à la maison
Le soutien psychologique ne s’arrête pas à la sortie du centre.
À Mongbwalu, en Ituri, les patients guéris sont encore suivis plusieurs mois après avoir été déchargés, dans le cadre de la « clinique des survivants ». Il s’agit d’un espace dans lequel ils sont réexaminés régulièrement afin de prévenir de potentielles complications des suites de la maladie et reçoivent aussi un accompagnement psychologique à plus long terme.
Patrice Muyisa Kokotz, superviseur santé mentale à Butembo. Il a 23 ans et est originaire de Butembo.
« Nous y organisons des consultations individuelles mais aussi des groupes de parole. Beaucoup confient avoir été victimes de stigmatisation quand ils sont rentrés chez eux, avoir perdu leur emploi, ou été rejetés par leur communauté qui les croyait toujours contagieux. D’autres éprouvent de la culpabilité vis-à-vis de leurs proches qui n’ont pas survécu à la maladie et se demandent même s’ils ne sont pas ceux qui les ont contaminés ».
Si certains patients font face à la stigmatisation à leur sortie du CTE et au traumatisme d’avoir frôlé la mort, le retour à la maison peut aussi apporter un immense soulagement, à eux comme à leurs proches.
À Butembo, au vingt-troisième jour d’hospitalisation de Victoire, le couple apprend que sa sortie est prévue le jour même. Le résultat à nouveau positif, après le premier résultat négatif, a prolongé leur attente : maintenant qu’il a enfin testé négatif à deux reprises, Kasoki et lui se disent très heureux de pouvoir enfin rentrer à la maison.
La présence de Kasoki fait vraiment partie des soins. Je me trouve réconforté. Quand je la vois, ça diminue mon stress.