République démocratique du Congo, 22.09.2014
République démocratique du Congo, 22.09.2014
© Gabriele François Casini/MSF

Ebola : une maladie incurable, mais un vaccin prometteur

Les virus de type Ebola sont à l’origine de maladies foudroyantes aboutissant le plus souvent au décès. Ils provoquent des fièvres hémorragiques (causant un saignement interne ou externe). Pendant des décennies, il n’existait aucun traitement et aucun vaccin pour prévenir cette maladie.

Entre la découverte du virus en 1976 et début 2014, environ 3 000 cas avaient été recensés au total (dont plus de 2 000 mortels). Cependant, en mars 2014, le monde a connu la plus grande épidémie d’Ebola de l’histoire. En près de deux ans, plus de 28 000 cas d’Ebola et 11 000 décès ont été reportés en Afrique de l’Ouest dans trois pays : la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Sur place, MSF a mis en place des centres de traitement du virus, a offert des services de soutien psychologique, des activités de promotion de la santé, de surveillance, de recherche de contacts et d’enterrement sécurisés.

MSF a joué un rôle de premier plan dans la lutte contre cette épidémie non seulement dans la prise en charge des patients mais également en formant du personnel local et international (sur place mais aussi en Europe), en menant des initiatives de recherche opérationnelles.

Les symptômes

  • fièvre brutale
  • maux de tête
  • douleurs musculaires
  • conjonctivite
  • faiblesse générale
  • vomissements
  • diarrhées
  • éruption cutanée
  • hémorragies

La réponse à l’Ebola n’a pas seulement été limitée par le manque de moyens internationaux, elle l’a également été par le manque de volonté politique de déployer rapidement une aide pour les populations concernées. Les besoins des patients et des communautés affectées doivent rester au cœur de toute réponse et primer sur les intérêts politiques.

Joanne Liu, présidente MSF International

Une maladie rare mais redoutable

L’Ebola désigne plusieurs souches du même virus, identifié pour la première fois chez l’humain en 1976 au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo (RDC) le long de la rivière Ebola.

C’est une maladie rare mais qui crée à chaque fois la panique. Cela tient au fait que l’issue est fatale dans 25% à 90% des cas. Après une incubation de deux à 21 jours, le virus d’Ebola provoque des symptômes qui ressemblent à des maladies comme le paludisme. Le virus se répand dans le sang et paralyse le système immunitaire. L’Ebola est d’autant plus redoutable que ses virus ne sont pas tout de suite repérés par l’organisme. Quand ce dernier réagit, il est souvent trop tard. Les virus ont créé des caillots, bloquant les organes vitaux et provoquant d’importantes hémorragies.

Voie de transmission de la maladie

La maladie est transmise par un contact avec les fluides des personnes ou animaux infectés (comme la chauve –souris, considérée comme le réservoir de la maladie), comme l’urine, la sueur, le sang ou le lait maternel. Les proches ainsi que le personnel de santé s’occupant des malades courent de grands risques d’être contaminés. Les rites funéraires pendant lesquels les proches lavent le défunt sont également un moyen de transmission important dans les communautés africaines.

La réponse MSF aux épidémies d’Ebola

Même s’il n’y a pas de traitement curatif, on peut réduire la très haute mortalité de l’Ebola en s’attaquant à ses symptômes. En perfusant, par exemple, les patients déshydratés par les diarrhées ou en vérifiant qu’ils ne soient pas aussi atteints par une autre maladie, comme le paludisme ou une infection bactérienne comme la typhoïde. Des vitamines et des anti-douleurs peuvent aussi être utiles. Quand la personne a des pertes de conscience et saigne abondamment, elle est condamnée. On soulage alors la souffrance du malade et on l’accompagne pendant sa maladie.

Dès le premier cas hautement suspect ou confirmé par l’analyse de prélèvement de sang, un protocole extrêmement précis se met en place afin d’éviter toute contamination au personnel et de donner les meilleures chances de survies possibles aux patients. Les personnes qui s'occupent des patients suspectés doivent porter une combinaison imperméable, un tablier, des gants, un masque, des bottes et des lunettes de protection et rester très vigilantes dans les actes de soins. Des sas de décontamination sont installés entre les malades isolés et l'environnement extérieur.

Au cours de l’épidémie majeure d’Ebola en Afrique de l’Ouest, MSF a admis un total de 10 376 patients dans ses centres de traitement, parmi lesquels 5 226 ont été confirmés positifs à l’Ebola.

Prévenir la propagation du virus et aider les survivants

Pour circonscrire l’épidémie, il est important de remonter toute la chaîne de transmission. Tous les contacts des patients susceptibles d'avoir été contaminés sont surveillés chez eux, puis amenés au centre dès les premiers signes d’infection. Il faut aussi informer les communautés touchées sur la maladie sur les précautions à prendre pour limiter les risques de contamination.

Les survivants d’Ebola font face à d’autres symptômes invalidants, appelés «syndromes post-Ebola» tels que : douleurs articulaires, fatigue chronique, problèmes de vue et d’ouïe. Environ un quart des survivants présentent des signes de trouble de stress post-traumatique et autant souffrent de dépression. MSF a investi dans l’ouverture de cliniques pour les survivants en Liberia, Sierra Leone et Guinée.

Quelles sont les perspectives de lutte contre l’Ebola?

L’ampleur de l’épidémie en Afrique de l’Ouest en 2014 et 2015, ses répercussions et sa médiatisation ont engendré de nombreuses avancées en termes de recherches médicales et des évolutions dans la prise en charge. Alors que les centres « d’isolement » initiaux étaient fermés sur eux-mêmes et ne permettaient pas aux proches de voir les patients, un développement majeur a été « d’ouvrir » les centres en installant des zones de discussion protégées. Dans certains centres, des couloirs en plexiglass ont même été installés pour permettre aux soignants de surveiller l’état des malades sans enfiler la combinaison de protection.

L’engagement de MSF dans les essais cliniques pour les vaccins a été primordial. En Guinée par exemple, une étude menée conjointement avec l’OMS, l’institut norvégien de la santé publique et les autorités guinéennes a obtenu des résultats très prometteurs. Le test a été effectué sur les personnes ayant été à proximité de patients infectés et les travailleurs de première ligne, les plus exposés à la maladie (plus de 1 200 personnels MSF avaient été vaccinés). Le produit appelé rVSV-EBOV apparait désormais comme le vaccin expérimental le plus avancé pour enrayer les épidémies du virus Ebola.

Les essais cliniques sur les traitements de personnes contaminées n’ont pas encore abouti à des preuves concluantes. En revanche, une combinaison de molécules utilisée comme antipaludéen dans un des centres de traitement a été associée à une baisse du risque de mortalité de 31%. Cette découverte fortuite devrait inciter la recherche à mener des essais supplémentaires.

ZOOM SUR L’EPIDEMIE DE 2014

En quoi cette épidémie était-elle différente des précédentes ?

L'épidémie d'Ebola la plus importante jamais connue (à la fois par sa répartition géographique et le nombre de cas) a commencé à Guéckédou en Guinée. Alors que les épidémies des dernières décennies avaient lieu dans des endroits isolées, celle-ci s’est déclarée dans une zone carrefour entre la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia. Les nombreux échanges commerciaux et le transport de marchandises ont très largement favorisé la propagation de l’épidémie d’une ville à une autre et d’un pays à un autre. Très rapidement hors de contrôle, l’épidémie a atteint des capitales de plusieurs millions d’habitants, notamment des bidonvilles surpeuplés. Les autres organisations non gouvernementales, militaires ou civiles ont tardées à se mobiliser malgré les appels incessants de MSF. A un certain moment de l’épidémie à Monrovia au Liberia, les équipes étaient débordées et se voyaient contraintes de refuser l’accès à certains patients contagieux faute de lits disponibles.

Quelles ont-été les principales difficultés rencontrées sur place ?

MSF a dû faire face à de très nombreuses et très violentes rumeurs locales. La maladie, encore inconnue dans cette région d’Afrique, le fort taux de mortalité et l’absence de traitements connus ont engendrés des peurs paniques au sein des populations. Les centres de traitement, appelés « centres d’isolement » et situés à l’écart des villages, ont accentué les craintes vis-à-vis de la maladie. Des équipes de sensibilisateurs ont alors été renforcées pour communiquer davantage et renouer les rapports de confiance avec les patients, leurs proches et les communautés. L’autre difficulté réside dans le fait que la maladie reste difficile à dépister, les premiers symptômes ressemblant à ceux du paludisme (fièvre, vomissements, diarrhées, fatigue générale). Seuls des tests de certains laboratoires capables de travailler en milieu hautement contagieux peuvent confirmer un cas d’Ebola.

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