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Syrie : des besoins de santé en pleine évolution
Syrie 8 min
À mesure que les retours se multiplient, la pression de la prise en charge médicale se déplace progressivement des services temporaires dans les camps vers des structures de santé urbaines permanentes. Le déplacement de la population s’accompagne de maladies chroniques non prises en charge, de traitements interrompus, de besoins urgents en santé maternelle, de traumatismes psychologiques et d’une profonde vulnérabilité économique, dans des villes dont les systèmes de santé restent fragiles et en manque de ressources. Cela exige de nouvelles approches quant à la manière et aux lieux où les soins doivent être dispensés.
Le lendemain de la libération, je suis rentrée chez moi. Je suis allée voir ce qu’il restait : la maison avait été endommagée. J’ai essayé de réparer ce que je pouvais, et je vis ici depuis. À l’époque [pendant la guerre], des obus tombaient et des massacres avaient lieu à Khalediya, poursuit-elle. Il y avait des tireurs embusqués, et nos enfants ne pouvaient pas aller à l’école. Parfois, nous ne pouvions même pas nous procurer du pain… Je ne peux pas offrir tout ce que je voudrais à mes enfants.
À Homs, des quartiers entiers ont été lourdement détruits après des années de conflit, et les alentours du centre de santé de Khalediya restent jonchés de gravats et de bâtiments endommagés. Malgré cette dévastation, les familles reviennent peu à peu, déterminées à reconstruire leur vie à partir de rien. Beaucoup réintègrent des logements partiellement réparés, souvent gravement endommagés, faute d’alternative. Certain·e·s habitent désormais des bâtiments structurellement dangereux, s’exposant, ainsi que leurs enfants, à de graves dangers. Pourtant, le désir de rentrer chez soi et de retrouver un semblant de normalité l’emporte souvent sur la peur.
À mesure que la population revient, des signes de vie réapparaissent lentement dans la communauté. Des rues autrefois désertes retrouvent de l’activité, et les voisin·e·s renouent des liens. Toutefois, une reprise économique réelle reste lointaine. La plupart des familles ne disposent pas de revenus stables et peinent à couvrir leurs besoins les plus élémentaires.
Pour beaucoup, le quotidien est devenu une succession de choix difficiles. Les ressources limitées obligent les familles à prioriser une urgence plutôt qu’une autre : payer la consultation d’un·e médecin pour un enfant malade ou consacrer cet argent à la réparation de fenêtres et de portes endommagées. Ces décisions illustrent la dure réalité de celles et ceux qui tentent de reconstruire leur vie dans un quartier encore profondément marqué par la guerre.
Des besoins de santé non seulement changeants, mais de plus en plus complexes
Durant les années de déplacement, notamment dans les camps autour d’Idlib, les services de santé étaient principalement conçus pour répondre à des besoins aigus : flambées de maladies transmissibles, soins maternels d’urgence et autres besoins immédiats, dans le cadre de réponses humanitaires à court terme.
Aujourd’hui, alors que les populations se réinstallent dans des zones urbaines comme Homs, les défis sanitaires deviennent plus complexes et s’inscrivent dans la durée. Des années d’interruption des soins ont laissé de nombreuses personnes de retour avec des maladies non transmissibles non prises en charge, telles que l’hypertension ou le diabète. D’autres vivent avec des blessures non traitées, des handicaps ou les séquelles psychologiques durables du conflit et du déplacement.
Parallèlement, les familles tentent de rétablir des routines de santé de base. De nombreux enfants ont besoin de rattrapage vaccinal et de soutien nutritionnel après des années de services interrompus, tandis que les femmes enceintes nécessitent un suivi régulier pendant la grossesse et après l’accouchement, difficilement accessible durant le déplacement.
Cette nouvelle réalité impose un changement fondamental dans la manière dont les soins de santé sont organisés, en cohérence avec la stratégie intégrée du gouvernement syrien, dont la mise en œuvre progresse graduellement. Or, les systèmes de santé locaux, déjà affaiblis par des années de conflit et de destruction, ne sont souvent pas en mesure d’absorber cette demande croissante et de plus en plus complexe.
À mesure que les retours se poursuivent, le manque de services de santé fonctionnels dans de nombreuses zones devient l’un des défis les plus critiques pour le système de santé syrien, déjà fragile.
Nous avons été déplacé·e·s de force, contre notre volonté, et nous nous sommes retrouvé·e·s à Idlib . Nous vivions sous des tentes, sur des terrains montagneux. Beaucoup de familles y avaient été déplacées avant nous. Nous avons vécu dans ces conditions pendant huit ans. Certain·e·s sont resté·e·s encore plus longtemps : dix ans, douze ans pour d’autres.
Des camps d’Idlib à Homs : les activités médicales de MSF
Depuis plus de dix ans, MSF apporte un soutien médical et humanitaire aux populations déplacées, notamment dans des camps tels que Termanin et Kafr Boni, ainsi que dans des structures de santé à Idlib et dans le nord-ouest de la Syrie.
À travers des cliniques mobiles déployées dans les camps et les zones isolées, les équipes MSF et leurs partenaires ont assuré des consultations de soins de santé primaires, des services de santé maternelle et reproductive, le traitement des maladies transmissibles, ainsi que la prise en charge de pathologies chroniques comme le diabète et l’hypertension. MSF a également soutenu des activités de vaccination, des services de santé mentale et des orientations vers des soins spécialisés lorsque nécessaire.
Lors des flambées épidémiques et après les tremblements de terre de 2023, MSF est intervenue avec des fournitures médicales d’urgence, des soins traumatologiques et un appui logistique aux structures de santé débordées.
De janvier 2024 à février 2026, MSF a soutenu l’hôpital de maternité Al Kindy ainsi que les centres de santé primaires des camps de Termanin, Kafr Boni et Mashhad Ruhin. Les équipes ont assuré 59 918 consultations pédiatriques ambulatoires, 29 413 consultations d’urgence, ainsi que 6 051 séances individuelles et 4 512 séances de groupe en santé mentale, tout en créant des espaces sûrs permettant aux enfants et aux familles d’accéder à un accompagnement médical et psychosocial.
Les équipes MSF poursuivent leur collaboration avec la Direction de la santé d’Idlib afin de fournir des soins spécialisés dans des structures de santé primaires et secondaires, notamment l’hôpital des brûlé·e·s d’Atmeh, l’hôpital de Salqin, le centre de santé primaire d’Abu Adh Dhuhur, le centre et la clinique de Maasaran, ainsi que la clinique de prise en charge des maladies non transmissibles de Tal Al Karam. Ce soutien comprend des échanges d’expertise avec les équipes de la Direction de la santé, une assistance technique et médicale, ainsi que la gestion et la réhabilitation de certaines parties de ces établissements.
Afin de mieux comprendre les besoins émergents et les lacunes des services de santé en Syrie, MSF a mené une évaluation dans plusieurs gouvernorats et a adapté et élargi ses activités en fonction des résultats. MSF est aujourd’hui présente dans 12 des 14 gouvernorats du pays, soutenant les communautés dans la transition entre déplacement et retour.
En renforçant les services de santé dans les zones de retour, MSF vise à permettre aux populations de retrouver un accès à des soins médicaux réguliers, tandis qu’elles reconstruisent leurs habitations et reprennent une vie quotidienne.
En juillet 2025, MSF a commencé à soutenir le centre de santé primaire de Khalediya, en collaboration avec le ministère syrien de la Santé. Cette structure propose désormais une gamme de services essentiels aux familles de retour : consultations pédiatriques, soins d’urgence, services de santé maternelle et infantile, soutien en santé mentale et psychosociale, ainsi qu’un accès à des médicaments essentiels. MSF contribue également au renforcement du seul centre des maladies du sang et de la banque du sang de Homs, à travers des formations, des améliorations des infrastructures et un appui à la qualité des soins.
Depuis juillet 2025, les équipes MSF au centre de santé primaire de Khalediya, en collaboration avec la Direction de la santé de Homs, ont assuré plus de 6 930 consultations pédiatriques, 3 678 consultations aux urgences, ainsi que 248 séances individuelles et de groupe en santé mentale, apportant un soutien médical et psychologique essentiel aux enfants et aux familles.