23.04.2010 - Afrique du Sud

La malaria reste meurtrière. 2010 doit être une année d’action : justifications.

La commémoration de la Journée mondiale de la Malaria du 25 avril sera extrêmement importante cette année. En septembre, l’évaluation des progrès enregistrés dans la poursuite des Objectifs du Millénaire pour le développement pour 2015 révèlera le bilan tragique de la malaria dans de nombreux pays en développement. Malgré l’amélioration des traitements et des diagnostics disponibles, la malaria continue de tuer près d’un million de personnes chaque année. En Afrique subsaharienne, la malaria est la première cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans.
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Test de diagnostic Malaria, Mali 2009
© Barbara Sigge/MSF
Dr. Martin De Smet, expert en malaria, Médecins Sans Frontières (MSF)
© MSF
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La possibilité de diagnostiquer et de soigner la maladie rapidement et efficacement rend d’autant plus inacceptable le fait que la malaria reste une tragédie permanente dans les pays en développement. Aujourd’hui, un traitement plus moderne de combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine appelé « artemisinin-based combination therapy » ou ACT s’avère très efficace dans la lutte contre la malaria. Il agit rapidement et présente peu d’effets secondaires. L’OMS, ainsi que 41 pays africains, ont modifié leurs directives de lutte contre la malaria pour conseiller l’utilisation de l’ACT.

Aujourd’hui, des tests de diagnostic fiables et faciles à utiliser permettent de donner un résultat en 15 minutes à partir d’une seule goutte de sang. L’année dernière, MSF a réussi à diagnostiquer et à soigner plus d’un million de patients atteints de malaria dans 30 pays différents. Actuellement, nous sommes engagés aux côtés des autorités médicales du Burundi dans une intervention d’urgence contre la malaria dans trois provinces du pays et nous avons déjà diagnostiqué et soigné plus de 60 000 patients.

Dans de nombreux pays en développement où la malaria est endémique, les patients qui ont de la fièvre reçoivent souvent automatiquement un traitement contre la malaria, sans aucune confirmation du diagnostic. Cela risque non seulement de provoquer une prescription inutile d’ACT, mais cela peut aussi avoir des conséquences graves pour les patients, dont la réelle maladie risque de rester négligée. L’utilisation systématique de tests de diagnostic, conforme aux recommandations de l’OMS, pourrait réduire ces risques. MSF utilise systématiquement la microscopie ou les tests de diagnostic, ainsi que les ACT, dans tous ses projets médicaux impliquant les soins aux patients atteints de malaria.

Les réserves d’outils de prévention, tels que les lits traités à l’insecticide, doivent en outre être étendues et les tests et les traitements fiables contre la malaria doivent être mis en œuvre à une échelle beaucoup plus large. Dans un contexte de pauvreté généralisée, il faut donc pouvoir assurer la gratuité des soins de santé pour les patients. Notre expérience dans des pays tels que le Mali et la Sierra Leone a montré que la gratuité pour tous les soins de santé peut faire tripler le nombre de patients efficacement traités pour malaria. En outre, cela permet aussi de réduire considérablement le nombre de décès liés à la malaria.

2010 devrait être une année décisive dans la lutte contre la malaria. En septembre, les gouvernements du monde évalueront leur progrès dans la poursuite des Objectifs du Millénaire pour le développement. À l’horizon de 2015, l’objectif en matière de malaria et d’autres maladies majeures, telles que le VIH/sida et la tuberculose, est de réduire de moitié le nombre de patients contaminés par ces maladies. Cette année encore, les principaux donateurs décideront des montants qu’ils attribueront au Fonds mondial, un groupement de pays donateurs axé sur la lutte contre la malaria, la tuberculose et le VIH/sida.

Les outils indispensables pour la lutte contre la malaria ont été développés et devraient maintenant être utilisés et mis en œuvre. De nombreux pays où la malaria est endémique ont progressé dans la lutte contre cette maladie au fil des dernières années, l’aide financière provenant principalement du Fonds mondial. Dans de nombreux pays la réaction reste cependant largement insuffisante. Les pays développés doivent continuer de s’engager dans le soutien aux pays en développement, y compris en augmentant leur financement pour le Fonds mondial.

Les engagements pris à travers les Objectifs du Millénaire pour le développement ont permis à de nombreux habitants des pays en développement d’espérer que les morts inutiles dues à des maladies évitables et soignables ne soient plus considérées comme acceptables. Il y avait l’espoir que la mort de personnes n’ayant pas accès aux soins dont elles ont besoin ne soit plus considérée comme normale. La réalisation de ces espoirs dépend de la réaction du monde face à la présence continue de la malaria et aux autres besoins médicaux urgents dans les pays en développement.

par Dr. Martin De Smet, expert en malaria, Médecins sans Frontières (MSF)

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