Vivre dans l'ombre des coupes budgétaires dans l'aide humanitaire
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Jaffer Sadiq Abaker Saleh, assistant médical, ferme les volets d'un centre de soins de santé primaires qui n'est plus pleinement opérationnel en raison de coupes budgétaires. Camp de déplacés de Hamidya, à Zalingei.
© Tadeu Andre/MSF

Soudan: les coupes dans l'aide internationale entraînent la fermeture de nombreuses cliniques et privent des millions de personnes d'accès aux soins

Médecins Sans Frontières alerte sur l’impact de la réduction des financements, qui entraine l’effondrement d’un système de santé déjà fragile et sature les hôpitaux encore opérationnels.

Alors que le Soudan est confronté à une guerre dévastatrice et à une crise humanitaire catastrophique, l’accès aux soins se réduit à mesure que les structures de santé à travers le pays ferment leurs portes. Les conséquences des importantes coupes dans l’aide internationale commencent à se faire sentir. Médecins Sans Frontières (MSF) avertit que ce retrait de soutien, dans un contexte déjà marqué par un sous-financement chronique, prive les populations de soins vitaux et accroît la pression sur les rares établissements encore opérationnels. À l’heure où les dirigeants du monde entier se réunissent à l’Assemblée générale des Nations unies, les gouvernements et les bailleurs institutionnels doivent protéger le financement des services de santé essentiels au Soudan et mettre en place des financements transitoires pour les structures menacées de fermeture. 

Pression accrue sur les structures encore opérationnelles 

À mesure que les organisations humanitaires se retirent, les cliniques locales se retrouvent sans ressources financières ni médicaments nécessaires à leur fonctionnement. Les patient·e·s doivent alors entreprendre de longs trajets, souvent dangereux, pour se faire soigner dans les quelques structures encore opérationnelles.  Entre janvier et avril 2026, les admissions dans les structures soutenues par MSF à Zalingei et Rokero, au Darfour central, ont augmenté de 22,5 % par rapport à la même période en 2025. En mai, 45 centres de soins de santé primaire du Darfour central ont cessé de recevoir un soutien, l’organisation qui les appuyait ne disposant plus des financements nécessaires.

La guerre fait exploser les besoins au Soudan, tandis que les coupes budgétaires réduisent la réponse humanitaire. Les activités de MSF sont financées par des dons privés. Mais lorsque les financements disparaissent pour d’autres services de santé, les cliniques ferment, les patient·e·s ont moins d’options pour se faire soigner et la pression se reporte sur les structures qui restent ouvertes, y compris les nôtres. Les bailleurs doivent protéger les services de santé essentiels et fournir un financement durable et flexible aux organisations qui en dépendent

Muhammad Ibrahim, chef de mission de MSF au Soudan.

Dans le camp de Tanedba, dans l’État de Gedaref, qui accueille 18 400 réfugié·e·s, le départ d’une organisation humanitaire en juin a entraîné la fermeture des services de maternité et de chirurgie. Les femmes nécessitant une césarienne doivent désormais parcourir trois heures de route pour accéder aux soins. MSF a repris la gestion du service des urgences jusqu’à la fin de l’année.  

La situation est similaire à Um Rakuba, où moins de dix organisations humanitaires sont encore présentes contre environ 35 en 2021. Le camp accueille aujourd’hui près de 17 000 réfugié·e·s, principalement des femmes et des enfants.

Notre hôpital d’Um Rakuba constitue désormais la seule bouée de secours pour les réfugié·e·s comme pour les communautés soudanaises locales. Mais les conséquences des coupes budgétaires vont bien au-delà des soins de santé. Les rations alimentaires diminuent et les programmes de protection sont démantelés, supprimant les derniers mécanismes de soutien.

Fabrizio Locuratolo, responsable des affaires humanitaires de MSF.

 L’aide humanitaire mondiale a chuté de 35.8%  

Après l’annonce par le gouvernement américain de la fermeture de l’USAID en 2025, les financements accordés à de nombreuses organisations intervenant au Soudan ont pris fin en juin dernier. Bien que les États-Unis demeurent le principal bailleur du pays, notamment en finançant l’OCHA et d'autres organisations, de nombreux prestataires de soins n’ont pas trouvé de financements alternatifs, entrainant la fermeture de structures de santé. Dans le même temps, plusieurs gouvernements européens ont également réduit leur aide.  

Les données préliminaires de l’OCDE* montrent que l’aide des institutions de l’Union européenne a reculé de 13,8 % en 2025, tandis que plusieurs grands bailleurs européens ont réduit leurs dépenses globales d’aide. À l’échelle mondiale, l’aide humanitaire a chuté de 35,8 %. Ces chiffres ne reflètent pas des réductions équivalentes au Soudan, où certains bailleurs européens ont maintenu ou augmenté leur soutien. Ils illustrent toutefois une contraction marquée de l’environnement international de financement.  

Fermer une clinique ne fait pas disparaître un patient. Cela ne fait que les rediriger vers l’établissement suivant. Après un trajet plus long et plus coûteux, les patient·e·s arrivent souvent dans un état plus grave, alors que l’hôpital est parfois déjà saturé. MSF peut renforcer certains services, mais nous ne pouvons pas compenser chaque fermeture.

Sebastián Traficante, coordinateur des urgences de MSF au Darfour.

Se nourrir ou se soigner

Dans le camp de personnes déplacées de Hamidiya, au Darfour central, un centre de santé qui assurait auparavant des soins de maternité, de pédiatrie et de santé mentale, fonctionne désormais avec des capacités fortement réduites après l’arrêt du soutien d’une organisation internationale. Les consultations quotidiennes sont passées d’environ 200 à seulement 40 et les vaccinations ont cessé. Cette baisse ne signifie pas que les besoins ont diminué. Les patient·e·s ont simplement cessé de se rendre dans un centre qui n’est plus en mesure de les soigner. Au Darfour, un travailleur gagne environ un dollar américain par jour. Le coût du transport pour rejoindre une structure de santé encore opérationnelle est d’environ deux dollars, soit l’équivalent de deux jours de salaire. Les habitants sont ainsi contraints de choisir entre se soigner ou se nourrir.

Avec cet argent, je peux acheter de la nourriture. Sans nourriture, il ne peut pas y avoir de santé.

Un patient.

Malgré la présence d’une cinquantaine d’ONG à Tawila, d’importantes lacunes persistent pour près de 600 000 personnes déplacées. MSF y gère le seul hôpital de 200 lits de la région et demeure la seule organisation capable de mettre en œuvre une réponse à grande échelle en cas d’épidémie. Les cas de paludisme et de malnutrition sont déjà en hausse, avant même le pic de la saison des pluies. En août, les équipes ont admis 191 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition sévère dans leur centre d’hospitalisation nutritionnelle, et près de 22 % d’entre eux étaient également atteints de paludisme. 

Ces fermetures interviennent alors que la crise humanitaire au Soudan reste gravement sous-financée. Selon les Nations unies, 825 000 enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë sévère cette année, tandis que 19,5 millions de personnes étaient confrontées à des niveaux de faim critiques plus tôt cette année. Pourtant, le plan de réponse humanitaire des Nations unies, doté de 2,87 milliards de dollars, n’est financé qu’à hauteur de 41 %, et 37 % des structures de santé du pays seraient totalement hors service.