Flüchtlingslager Um Rakuba
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Flüchtlingslager Um Rakuba
© MSF

Soudan : dans le camp oublié d’Um Rakuba, les organisations humanitaires disparaissent les unes après les autres

À travers le Soudan, le mot « sévère » est devenu la norme. Accès aux soins, nutrition, eau potable et besoins essentiels : dans de nombreuses régions, tout manque. Et alors que les besoins s’intensifient, les crises locales doivent atteindre des niveaux quasi catastrophiques pour attirer l’attention et débloquer des financements d’urgence. Le camp de réfugié·es d’Um Rakuba, dans l’est du Soudan, n’a pas encore franchi ce seuil. Pourtant, les signes d’alerte sont déjà omniprésents.

Dans l’hôpital du camp, les pleurs des nouveau-nés résonnent en permanence. Beaucoup naissent ou sont soigné·es pour le paludisme, la malnutrition ou d’autres urgences médicales. Un son qui couvre presque tout le reste.

Depuis 2020 et le début du conflit dans la région du Tigré, en Éthiopie, Um Rakuba accueille des réfugié·es éthiopien·nes. Le camp héberge aujourd’hui environ 17 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants.

MSF est présent depuis le début de la réponse humanitaire, en soutenant l’hôpital du camp et les soins médicaux d’urgence. Mais lorsque la guerre a éclaté au Soudan en 2023, cet hôpital est devenu bien plus qu’une structure destinée aux réfugié·es. Aujourd’hui, environ 80 % des consultations concernent des personnes issues des communautés soudanaises environnantes, soit une population estimée à près de 100 000 personnes.

Je suis venue ici parce que trois ou quatre hôpitaux de notre région ont fermé. Où pourrions-nous aller autrement ? Nous avons besoin de davantage de soutien, pour les communautés soudanaises comme pour les réfugié·es.

Manasak, une femme soudanaise venue faire soigner sa tante et son enfant.

Les ONG quittent progressivement le camp

Au plus fort de la réponse à la crise des réfugié·es éthiopien·nes, en 2021, près de 35 organisations nationales et internationales intervenaient autour d’Um Rakuba. Aujourd’hui, elles sont moins de dix.

Beaucoup dépendaient fortement des financements du Haut‑Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Lorsque les budgets humanitaires ont diminué, les services ont suivi le même chemin.

Les conséquences sont visibles dans tous les secteurs. Les leaders communautaires alertent régulièrement les équipes de MSF sur la dégradation de l’accès aux soins de santé primaires, aux services de protection, à l’eau et à l’assainissement, à l’aide alimentaire et à l’éducation.

Nos équipes de promotion de la santé entendent constamment les inquiétudes des communautés face au recul des services essentiels. Les communautés continuent d’accorder une grande confiance à MSF, mais elles demandent aussi un plaidoyer plus fort pour combler les lacunes grandissantes. Les organisations locales qui soutiennent les femmes et les enfants manquent souvent de ressources pour répondre à l’augmentation des besoins.

Zelie Antier, coordinatrice de projet MSF à l’hôpital du camp.

L’impact dépasse largement le domaine médical. Les mécanismes de protection des réfugié·es se sont affaiblis, en particulier pour les femmes et les enfants, notamment les mineur·es non accompagné·es. Les pénuries d’eau et les problèmes d’assainissement affectent à la fois la communauté et l’hôpital. Les réfugié·es signalent une réduction de l’aide alimentaire, tandis que les interruptions de traitement dans les centres de santé primaires entraînent des complications médicales plus graves lorsque les patient·es arrivent finalement chez MSF.

Le départ des organisations humanitaires laisse les communautés avec de moins en moins d’options, alors même que les besoins continuent d’augmenter.

Une guerre pour les ressources

L’État d’Al-Gedaref n’est pas une ligne de front au sens classique du terme. Pourtant, depuis le début de la guerre au Soudan, cette région paie un lourd tribut.

En 2024, plus d’un million de personnes soudanaises ont fui les zones de combats les plus violents, notamment Khartoum, Sennar et Al Jazirah, exerçant une pression immense sur des services déjà insuffisants. Dans le même temps, des épidémies de choléra ont poussé les structures de santé locales à leurs limites.

Pour beaucoup, la crise est devenue une guerre pour les ressources.

La Dre Tanya Hajj Hassan, pédiatre MSF qui s’est rendue à Al-Gedaref il y a près d’un an, se souvient des vastes champs verdoyants traversés sur la route de l’hôpital.

« Le Soudan était autrefois considéré comme le grenier de la région », explique-t-elle. « Pourtant, chaque jour, nous soignions des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Je n’avais jamais vu un tel niveau de désespoir dans ma carrière. »

Ce qui l’a le plus marquée, c’est la perte d’espoir chez de nombreuses mères.

La première fois que je l’ai constaté, une mère avait amené son enfant aux urgences dans un état critique. Pendant que nous tentions de le réanimer, elle a demandé si elle pouvait partir. Nous lui avons expliqué que son enfant risquait de mourir, et elle l’a simplement accepté. Cela montre à quel point la mort des enfants est tragiquement devenue une réalité banalisée au Soudan.

Dre Tanya Hajj Hassan, pédiatre MSF.

« MSF ne peut pas répondre seul à ces besoins »

Près d’un an après la visite de la Dre Tanya, les mêmes difficultés persistent dans le camp.

L’aide alimentaire reste largement insuffisante. Les réfugié·es reçoivent actuellement environ 4 kg de blé par personne et par mois — parfois seulement 2,5 kg — contre environ 14 kg début 2023, avant le déclenchement de la guerre au Soudan en avril.

Le nombre de latrines reste insuffisant et les abris demeurent inadaptés. Les préoccupations liées à la protection continuent d’augmenter. Les coupes budgétaires affectent toujours les services d’eau et d’assainissement, les abris, les activités de protection et les soins de santé primaires.

MSF reste le seul acteur à fournir des soins secondaires ainsi qu’une prise en charge complète des violences sexuelles et basées sur le genre dans le camp. L’accès aux soins liés au VIH, à la tuberculose et aux maladies tropicales négligées demeure extrêmement limité, tandis que les flambées récurrentes de choléra, de rougeole, de paludisme et de méningite continuent de menacer les populations les plus vulnérables.

Dans tous les secteurs — santé, protection, eau, assainissement, alimentation ou éducation — les personnes nous disent qu’elles se sentent de plus en plus abandonnées. Sans augmentation des financements et sans renforcement de la présence humanitaire, les populations continueront de subir des souffrances évitables. MSF ne peut pas répondre seul à ces besoins.

Mohamed Ahmed, chef de mission MSF.

MSF avait déjà alerté les organisations humanitaires et les agences des Nations unies sur la dégradation des conditions de vie et des services essentiels dans et autour du camp d’Um Rakuba. Pourtant, malgré les signaux d’alerte et l’augmentation des besoins, aucun plan clair de renforcement de l’aide n’a été mis en œuvre.

Les organisations soudanaises locales continuent d’apporter un soutien essentiel, souvent avec des ressources extrêmement limitées. Leur contribution est indispensable, mais elle ne peut remplacer une réponse humanitaire pleinement financée.

« Nous appelons les bailleurs et les organisations humanitaires à traduire leurs engagements en actions concrètes », insiste Mohamed Ahmed. « Les communautés ne peuvent pas survivre avec des promesses. Nous avons besoin de services de protection renforcés, du rétablissement des soins de santé primaires et d’investissements accrus dans les services essentiels. Les réfugié·es ne doivent pas être oublié·es dans la crise soudanaise plus large. »

Les habitant·es d’Um Rakuba ne demandent pas de compassion. Ils et elles demandent le minimum auquel chaque être humain devrait avoir droit : des soins de santé, une protection et la possibilité de vivre dans la dignité.

Dans les salles de l’hôpital d’Um Rakuba, les pleurs des nouveau-nés continuent de résonner. Des mères réfugiées et issues des communautés hôtes continuent d’y arriver pour chercher des soins.

La question n’est pas de savoir si les besoins existent. La question est de savoir si quelqu’un est encore prêt à y répondre.