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Ebola : intervenir face à la maladie selon les plus hauts standards de sécurité
Épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda – mai 2026
Le 15 mai 2026, le ministère de la Santé de la République démocratique du Congo a officiellement déclaré une épidémie d’Ebola dans le nord-est du pays, où interviennent les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF). Le même jour, l’Ouganda a également déclaré la présence de la maladie sur son territoire.
Cette épidémie est due au virus Bundibugyo, plus rare, et pour lequel aucun vaccin ni traitement n'a encore été approuvé.
Au 8 juillet 2026, 1 708 cas confirmés et 580 décès ont déjà été officiellement rapportés.
L’épidémie continue de se propager dans l’est de la RDC, principalement dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tandis que des cas importés ont également été confirmés dans le Haut-Uele et la Tshopo.
Ces dernières semaines, plusieurs nouvelles zones de santé touchées se situent dans des zones particulièrement instables, notamment dans le nord du Nord-Kivu, ce qui complique le déploiement rapide de la réponse.
Ce qu’il faut savoir sur Ebola
Le virus Ebola a été découvert en 1976. En mars 2014, la plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée a éclaté. En l’espace de près de deux ans, plus de 28 000 cas d’Ebola et environ 11 000 décès ont été recensés dans les trois pays d’Afrique de l’Ouest que sont la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia. Médecins Sans Frontières y a mis en place des centres de traitement Ebola.
Nos équipes ont également assuré un accompagnement psychologique, mené des actions de promotion de la santé, contribué à la surveillance épidémiologique, au suivi des contacts et à l’organisation d’enterrements dignes et sécurisés.
Dès qu’une épidémie d’Ebola est signalée, Médecins Sans Frontières se tient prête à soutenir les ministères de la Santé concernés dans leurs mesures de lutte. Nos équipes ne se contentent pas de traiter les personnes malades : elles dispensent également des formations au personnel local et international, sur le terrain mais aussi en Europe, et participent activement à des projets de recherche.
Les symptômes
- fièvre brutale
- maux de tête
- douleurs musculaires
- faiblesse générale
- vomissements
- diarrhées
- éruption cutanée
- hémorragies
La réponse à l’Ebola n’a pas seulement été limitée par le manque de moyens internationaux, elle l’a également été par le manque de volonté politique de déployer rapidement une aide pour les populations concernées. Les besoins des patients et des communautés affectées doivent rester au cœur de toute réponse et primer sur les intérêts politiques.
Une maladie rare mais redoutable
Ebola désigne plusieurs souches du même virus, identifié pour la première fois chez l’humain en 1976 au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo (RDC) le long de la rivière Ebola.
C’est une maladie rare, mais dont l’issue est fatale dans environ 50 % des cas (variant de 25 à 90 % selon la souche et la prise en charge). Après une période d’incubation de deux à 21 jours, le virus d’Ebola provoque des symptômes qui ressemblent à des maladies comme le paludisme. Le virus se répand dans le sang et paralyse le système immunitaire. Ebola est d’autant plus redoutable que ses virus ne sont pas tout de suite repérés par l’organisme. Quand ce dernier réagit, il est souvent trop tard. Les virus créent des caillots, bloquant les organes vitaux et provoquant d’importantes hémorragies.
Les grandes épidémies survenues en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016 et en République démocratique du Congo entre 2018 et 2020 ont été causées par le virus Ebola de type Zaïre. L’épidémie déclarée en Ouganda en septembre 2022 était quant à elle due au virus de type Soudan.
Cinq variants de virus Ebola sont actuellement connus :
- Zaire
- Soudan
- Taï Forest
- Bundibugyo
- Reston
La dernière épidémie en République démocratique du Congo et en Ouganda en mai 2026 est causée par le virus Ebola Bundibugyo. Celui-ci se distingue de la variante Zaïre, plus fréquente, par le fait qu’il n’existe à ce jour ni vaccin homologué ni traitement approuvé.
Le taux de létalité estimé pour la variante Bundibugyo se situe entre 25 et 40 %. Il s’agit de la troisième épidémie documentée impliquant ce virus, après celles survenues en Ouganda en 2007–2008 et en République démocratique du Congo en 2012.
Voie de transmission de la maladie
Le virus Ebola se transmet de personne à personne par contact direct avec le sang, les liquides corporels et les organes par des surfaces contaminées par des personnes infectées par le virus Ebola
Le personnel de santé est particulièrement exposé au risque d’infection, car il travaille en étroite proximité avec les patient·e·s infecté·e·s. Les professionnel·le·s des structures de santé doivent donc toujours porter un équipement de protection individuelle.
Le virus Ebola peut également être transmis par contact direct avec des personnes décédées d’Ebola. Les enterrements doivent par conséquent être réalisés avec un équipement de protection, et les corps ne doivent en aucun cas être touchés directement. Cela entre souvent en contradiction avec les pratiques culturelles et le besoin humain des proches de faire leurs adieux.
Comment Ebola est-il diagnostiqué ?
En raison de symptômes précoces non spécifiques, le diagnostic d’Ebola est dans un premier temps difficile. En cas de suspicion chez un·e patient·e, les mesures suivantes sont indiquées :
- Un test de laboratoire (PCR) confirme le diagnostic, bien que ces tests ne soient souvent pas facilement disponibles dans de nombreux contextes.
- Les patient·e·s sont pris·e·s en charge en isolement afin de réduire le risque d’infection pour les proches et les soignant·e·s.
- Les autorités de santé publique doivent être informées de toute suspicion d’infection à Ebola.
Les capacités de dépistage restent toutefois fortement centralisées et n’atteignent pas encore suffisamment les zones reculées, ce qui retarde la détection et la confirmation des cas. Seul un nombre limité de laboratoires dans l’est de la RDC dispose actuellement des équipements, des fournitures et du personnel formé nécessaires pour réaliser ces analyses en toute sécurité.
La détection rapide et l’isolement des patient·e·s sont essentiels pour interrompre les chaînes de transmission. Il est urgent de renforcer les capacités de dépistage, notamment par des investissements supplémentaires dans les infrastructures de laboratoire, les équipements de diagnostique et la formation du personnel.
Comment Ebola est-il traité ?
Depuis octobre 2020, les traitements Inmazeb (REGN-EB3) et Ebanga (mAB114) sont homologués pour le traitement des infections causées par le virus Ebola de type Zaïre.
Lors d’épidémies causées par un autre type de virus, des options thérapeutiques expérimentales sont étudiées ou la maladie est traitée de manière symptomatique.
Dans le cadre de l’épidémie actuelle liée au virus Bundibugyo, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé n’existe à ce jour.
Le 2 juillet 2026, un essai thérapeutique a été lancé en RDC dans le cadre de l’initiative “PARTNERS Trial”, soutenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Le traitement symptomatique comprend des mesures de soutien :
- Soulagement de la fièvre et des nausées à l’aide d’antipyrétiques et d’antalgiques
- Correction des pertes hydriques par des solutions de réhydratation
- Traitement des maladies associées telles que le paludisme ou une septicémie
- Soutien nutritionnel des patient·e·s
Les patient·e·s doivent en outre être isolé·e·s afin d’éviter toute transmission à des personnes non infectées.
Les personnes atteintes d’Ebola et leurs familles doivent bénéficier d’un soutien psychologique.
La prévention de la transmission est essentielle.
Les patient·e·s sont pris·e·s en charge dans des centres de traitement spécialisés, soumis à des règles strictes de prévention et de contrôle des infections.
Il est essentiel d’identifier toutes les personnes susceptibles d’avoir été infectées après un contact avec un·e patient·e atteint·e d’Ebola, ainsi que d’organiser des enterrements sûrs.
Des expert·e·s mènent des campagnes de sensibilisation, informent la population sur les risques liés à Ebola et expliquent comment se protéger et que faire en cas de symptômes.
L'épidémie 2026 est causée par le virus Bundibugyo, contre lequel il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le ministère de la Santé de la RDC, des chercheur·euse·s et plusieurs partenaires étudient actuellement différentes options de vaccins et de traitements susceptibles d’être évaluées dans le cadre de cette épidémie.
Le 2 juillet 2026, un essai thérapeutique a été lancé en RDC dans le cadre de l’initiative “PARTNERS Trial”, soutenue par l’OMS. MSF est prête à contribuer à ces recherches, comme l’organisation l’avait déjà fait lors des essais menés en RDC entre 2019 et 2020.
La réponse MSF aux épidémies d’Ebola
Deux traitements par anticorps monoclonaux existent actuellement pour prendre en charge les malades du virus Ebola, qui permettent d’augmenter les chances de survie. En parallèle, les patient·e·s doivent être perfusé·e·s afin d’éviter leur déshydratation à cause des diarrhées. Des vitamines et des anti-douleurs peuvent aussi être administrés. Quand une personne a des pertes de conscience et saigne abondamment, elle est alors condamnée. Nous soulageons alors sa souffrance et l'accompagnons avec des soins palliatifs.
Un protocole extrêmement précis se met en place afin d’éviter toute contamination du personnel et pour donner les meilleures chances de survies possibles aux patient·e·s. Le personnel au contact des cas suspects ou confirmés, qui sont immédiatement isolés, doivent porter un équipement de protection individuelle, c’est-à-dire une combinaison imperméable, un tablier, des gants, un masque, des bottes et des lunettes de protection. Des sas de décontamination sont installés entre les malades isolé·e·s et l'environnement extérieur.
Lors d’une épidémie d’Ebola, la proximité du dispositif de réponse avec les personnes des zones touchées est fondamentale. Pour cela, MSF préconise la mise en place, d’une part, de petits centres ou unités d’isolement dans lesquels les patient·e·s peuvent recevoir les premiers soins au plus proche de leurs lieux de vie, et d’autre part, des centres de référence de plus grande taille avec un plateau de soins plus large pour les malades aux stades avancés de la maladie. Par le passé, la centralisation de la prise en charge des cas dans des grands centres a souvent entrainé le rejet de la réponse et alimenté les rumeurs au sein des populations. Travailler main dans la main avec les communautés pour répondre à leurs besoins reste donc essentiel.
Ebola n’est pas la seule urgence de santé publique à laquelle les communautés font face en RDC. L’épidémie aggrave une crise humanitaire déjà existante.
L’un des principaux enseignements tirés des précédentes épidémies d’Ebola est l’importance de maintenir l’accès aux autres soins de santé essentiels ainsi que leur financement.
Au cours de l’épidémie majeure d’Ebola en Afrique de l’Ouest, MSF a admis un total de 10 376 patient·e·s dans ses centres de traitement, parmi lesquels 5 226 ont été confirmés positifs à l’Ebola.
Prévenir la propagation du virus et aider les survivant·e·s
Pour circonscrire l’épidémie, il est important de remonter toute la chaîne de transmission. Tous les contacts des patient·e·s susceptibles d'avoir été contaminé·e·s sont surveillé·e·s chez eux·elles, puis isolé·e·s dans le centre de traitement dès les premiers signes d’infection. Il faut aussi informer les communautés touchées sur la maladie à propos des précautions à prendre pour limiter les risques de contamination.
L’engagement communautaire est essentiel aujourd’hui et le restera dans les mois à venir. Il est indispensable pour renforcer la confiance, favoriser une prise en charge précoce et soutenir les mesures de santé publique.
L’adhésion des communautés à la réponse ne peut pas être considérée comme acquise. De nombreuses communautés en RDC ont déjà vécu des épidémies d’Ebola précédentes, parfois avec des conséquences difficiles et traumatisantes qui influencent encore leur perception de la réponse actuelle.
Lors de l’épidémie en République démocratique du Congo en 2018, le vaccin Ervebo s’est avéré efficace pour protéger contre la souche Zaïre du virus Ebola. Il fait maintenant partie des outils de riposte dans le cadre d’une épidémie Ebola.
Les survivant·e·s d’Ebola font face à d’autres symptômes invalidants, appelés « syndromes post-Ebola » tels que : douleurs articulaires, fatigue chronique, problèmes de vue et d’ouïe. Environ un quart des survivant·e·s présentent des signes de trouble de stress post-traumatique et autant souffrent de dépression.
Mise à jour le 8.07.2026