23.04.2015 - Irak

Irak: «Des milliers de déplacés privés d’une assistance humanitaire essentielle»

Les violences en Irak ont contraint quelque 2,6 millions de personnes à fuir leur foyer. Il s’agit de l’un des plus importants déplacements de population de ces dernières décennies. Fabio Forgione, chef de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) en Irak, décrit la situation.
Irak, 20.04.2015
Dès que les zones tampons sont suffisamment sûres, nous envoyons des cliniques mobiles. Au mois de mars les équipes de MSF ont dispensé plus de 22 000 consultations.
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Irak: Au plus proche des lignes de front
Irak: Au plus proche des lignes de front
23.04.2015
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Alors que la crise humanitaire entre dans sa deuxième année, nous nous préparons à une aggravation de la situation. Les populations fuient l’avancée des combats, qui laissent des villages entiers réduits en cendres. L’ampleur des déplacements de populations fait peser une pression considérable sur les communautés d’accueil. Des familles toujours plus nombreuses fuient les zones de conflit sans savoir où aller. L’accès à des zones sécurisées est souvent limité par des clivages communautaires et l’aide internationale n’arrive pas aux populations les plus vulnérables.

La crise a débuté en décembre 2013 lorsque l’organisation de l’État islamique a pris la ville de Fallujah. Depuis, les combats se sont propagés très largement au nord et au centre de l’Irak. La recrudescence du conflit a précipité encore davantage de personnes sur les routes. On parle de centaines de milliers de déplacés.

À cela s’ajoute le fait que l’Irak, et notamment la région kurde, accueille environ 250 000 réfugiés qui ont fui la guerre civile en Syrie.

Accès aux soins en situation de conflit

Nous déployons tous nos efforts pour apporter une assistance médicale et humanitaire aux populations les plus touchées par le conflit, au plus près des lignes de front. Dans ces zones très difficiles d’accès, la population ne reçoit pas d’autre assistance. L'interruption des services et la destruction des infrastructures génèrent d'énormes besoins médicaux et humanitaires. Nous avons dû adopter une approche flexible. Dès que les zones tampons sont suffisamment sûres, nous envoyons des cliniques mobiles. Au cours du mois de mars seulement,  les équipes de MSF ont dispensé plus de 22 000 consultations.

Beaucoup de nos patients ont besoin de traitements pour des maladies chroniques. La majorité sont des femmes et des enfants et n’ont pas vu de médecin depuis des mois. Beaucoup souffrent de profonds et multiples traumatismes. Ils ont tout perdu, ont vu leurs proches mourir et leur avenir est incertain. Alors, nous leur offrons également un soutien psychologique, toutes les fois que cela est possible.

Nos équipes médicales font le maximum pour atteindre les zones difficiles et éloignées, comme Zummar et d’autres villages au nord de la province de Ninewa. A Kirkuk et dans d’autres endroits le long de la route qui mène à Tuz Khurmato dans le gouvernorat de Salah ad Din, nous offrons des services médicaux incluant des soins de santé primaire, le traitement des maladies chroniques, des soins de santé reproductive et un soutien en santé mentale. A Abu Ghraib, une equipe medicale apporte une assistance medicale a des milliers de familles qui sont en train de fuir Ramadi.

Travailler malgré l’insécurité

Les conditions de sécurité très instables font partie du quotidien des Irakiens et représentent le principal obstacle pour nos équipes sur le terrain. Nos équipes acceptent de prendre des risques parce qu’elles sont témoins des conditions de vie épouvantables de nos patients. Parfois, les équipes de MSF doivent se retirer soudainement, en raison d’attentats, d’opérations militaires ou de graves incidents de sécurité.

Dans certaines zones, nos équipes sont exposées au risque de rouler sur des mines ou des munitions non explosées. Elles doivent se montrer prudentes aux postes de contrôle qui peuvent être pris pour cible. Nous devons constamment évaluer les conditions de sécurité afin de réduire les risques. Il est primordial que nous préservions les canaux de communication avec les autorités, les cheikhs et les chefs tribaux et communautaires. C’est ce qui nous permet en effet de s’assurer de notre acceptation dans la communauté, de la compréhension de la neutralité de MSF. C’est ce qui nous permet dont d’accomplir nos missions malgré l’instabilité, la fragmentation et la polarisation du contexte.

En dépit d’une situation particulièrement volatile, la réponse de MSF démontre qu’il est possible pour des organisations humanitaires internationales de mener des actions dans ces zones.

Il est urgent d’intensifier l’aide internationale

Des milliers d’Irakiens déplacés vivent toujours privés d’une assistance humanitaire essentielle. Au regard des besoins, nous constatons un manque cruel d’aide internationale. La majorité de l’aide provient d’acteurs locaux et demeure largement insuffisante. Pendant plus d’un an, l’aide humanitaire au centre de l’Irak a été extrêmement limitée. A ce jour, il n’y a aucun plan de contingence concret pour répondre aux déplacements massifs de population qui se poursuivent au rythme des combats.

Nous sommes inquiets pour les populations qui vivent dans des zones où le conflit pourrait s’aggraver prochainement. MSF s’efforce d’anticiper au mieux une dégradation de la situation, mais plusieurs ONG internationales présentes en Irak manifestent une inquiétude croissante devant le risque d’interruption brutale des financements internationaux, alors même que les besoins humanitaires ne cessent de croître. Il est impératif que les gouvernements et les bailleurs internationaux intensifient leur soutien et élaborent des plans d’intervention pour répondre efficacement à tout nouveau déplacement de masse.

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