Ulcère de Buruli

Cameroun, 28.06.2013
Environ la moitié des personnes atteintes sont des enfants de moins de 15 ans.
© Tristan Pfund/MSF
Cameroun, 28.06.2013
Si l’ulcère de Buruli n’est pas traité rapidement, l’ulcération s’étend et peut créer de graves handicaps physiques.
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Cameroun, 28.06.2013
Le traitement est constitué de trois volets : l’administration d’antibiotiques, le soin des plaies et les séances de physiothérapie.
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L’ulcère de Buruli est une maladie négligée et méconnue. Le Dr Eric Comte, médecin et Directeur du Département Médical de MSF, est investi depuis dix ans dans la lutte contre cette maladie. Il répond à trois questions.

Quels sont les symptômes de la maladie et quelles séquelles peuvent avoir les personnes atteintes?

Le Mycobacterium ulcerans, à l’origine de la maladie, est de la même famille que celui de la tuberculose et la lèpre. Elle s’introduit sous la peau et détruit peu à peu les tissus. L’évolution de la maladie est lente, mais conduit à une destruction massive des tissus et à des plaies qui sont difficiles à cicatriser. Celles-ci touchent plus souvent les membres. Si l’ulcère de Buruli n’est pas traité rapidement, l’ulcération s’étend et peut créer de graves handicaps physiques.

La maladie se manifeste par l’apparition de rougeurs, d’inflammations ou de nodules (boursoufflures) qui sont le plus souvent indolores. Même les œdèmes, nécroses et ulcères qui se forment avec l’évolution de la maladie sont la plupart du temps anesthésiés par une substance libérée par la bactérie. Ce n’est souvent que lorsque les muscles ou les os sont atteints que les douleurs apparaissent chez le patient. La maladie peut être handicapante, car la cicatrisation provoque une rétraction, qui entraine le plus souvent une déformation des membres touchés. Un des volets du traitement consiste à mener des séances de physiothérapie qui permettent de détendre le muscle et la peau pour assurer la mobilité du membre.

Quelles difficultés rencontre-t-on dans le diagnostic ?

La plupart du temps, les patients se présentent très tardivement au centre, lorsque la maladie est déjà à un stade avancé. Selon les premiers résultats d’une étude en cours aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), près de 25% des patients suivis à Akonolinga au Cameroun présenteraient une ostéomyélite, c'est-à-dire une infection  de l’os. L’absence de douleur et la progression lente de la maladie ne sont pas les seules raisons avancées. Les difficultés d’accès au dépistage, mais aussi la persévérance de croyances locales retardent le dépistage. La maladie est stigmatisante, car elle serait liée à la sorcellerie, le Buruli étant vu comme une punition divine.

Une des difficultés vient également du fait que le mode de transmission du réservoir environnemental à l’homme est encore inconnu, ce qui complique la prévention de la maladie.

Quels sont les enjeux du traitement de l’ulcère de Buruli ?

Le traitement est constitué de trois volets : l’administration d’antibiotiques, le soin des plaies et les séances de physiothérapie. Une intervention chirurgicale est également nécessaire dans environ 50 % des cas, notamment lorsque l’infection s’est propagée à l’os.

Jusqu’à très récemment, l’antibiotique était administré par voie intramusculaire, ce qui impliquait une longue hospitalisation de deux mois pour les injections quotidiennes. Désormais, la combinaison d’antibiotiques oraux permet un suivi à domicile pour les cas peu avancés.

Les soins de plaies ont aussi évolué avec le temps : les infirmiers sont désormais formés à adapter le type de pansement à la plaie pour permettre une cicatrisation plus rapide et un plus grand confort au patient. Le jumelage qui existe entre les facultés de médecine et les écoles d’infirmières de Genève et de Yaoundé permet le transfert de compétences sur le traitement des « plaies chroniques ».

Le test de dépistage du VIH, est positif pour environ un tiers des adultes, ce qui pourrait amener l’Organisation Mondiale de la Santé à classer l’ulcère de Buruli parmi les maladies opportunistes du VIH/sida.

Le Dr Gabriel Alcoba médecin, référent pour les maladies tropicales négligées chez MSF, et chef de clinique en médecine tropicale aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) a participé à l’élaboration de cet article.

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