santé materno-infantile

Soudan du Sud, 26.07.2014
Améliorer la santé maternelle est l’un des huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
© Valérie Batselaere/MSF
République centrafricaine, 23.06.2014
L’OMS estime que 800 femmes meurent chaque jour de causes évitables liées à la grossesse et à l’accouchement.
© Yann Libessart/MSF
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Nelly Staderini, référente en santé de la reproduction chez MSF, met en lumière ce pan de l’activité de l’organisation.

Comment la santé materno-infantile est-elle intégrée aux projets de MSF?

Même si la santé de la reproduction n’est pas une priorité d’intervention pour MSF, l’organisation propose cette offre de soins dans la plupart des projets que mène MSF Suisse en 2014.Si le niveau de soins anténatals a globalement augmenté au cours de la dernière décennie, près de la moitié des femmes des pays à faible revenu accouchent sans l’assistance d’une sage-femme, d’un médecin ou d’une infirmière qualifiée. Dans les pays à revenu faible, l’axe mère-enfant est en effet un levier fort pour réduire la mortalité.

La majeure partie des décès maternels, c’est-à-dire ceux qui ont lieu pendant la grossesse ou au moment de l’accouchement, sont évitables car on dispose des solutions médicales permettant de prévenir ou prendre en charge les principales complications (hémorragies de la délivrance, infections, hypertensions durant la grossesse qui provoquent pré-éclampsies et éclampsies, avortements pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité, ou complications associées à des maladies comme le paludisme et le VIH).

Bénéficier d’un suivi pendant la grossesse et de l’assistance d’un personnel qualifié lors de l’accouchement permet de réduire grandement ces décès. L’accès aux soins au cours des semaines qui suivent l’accouchement est également primordial, car à ce moment-là que se trouvent les pics de mortalité maternelle et néonatale.

Les programmes de santé materno-infantile comprennent:

  • Un suivi de la grossesse (consultations prénatales),
  • La pratique d’examens pour diagnostiquer et traiter les grossesses à risques de complications
  • L’assistance pendant l’accouchement (simple, compliqué et dans certains projets les opérations césariennes),
  • La référence vers un centre spécialisé si besoin,
  • Le suivi de l’état de santé de l'enfant.

Au sein des maternités de MSF, les nouveau-nés bénéficient des soins essentiels : réanimation néonatale, évaluation systématique de l’état de santé du nouveau-né, prévention de l'hypothermie, mise en place de l’allaitement exclusif, mesures préventives de routine, prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME) lorsque c’est nécessaire et traitement des infections néonatales.

Les équipes proposent également à la mère une conduite à tenir (alimentation et soins corporels) ainsi qu'un schéma de consultation afin qu'elle et son enfant bénéficient d'un suivi médical correspondant à leurs besoins. Dans tous nos projets sur le terrain, nous nous focalisons aussi sur la formation du personnel médical national et le développement d’activités communautaires, dans le but d’être au plus près des besoins et de renforcer les capacités du système de santé du pays d’intervention.

Dans certains projets, comme au Tchad encore récemment, MSF propose des programmes spécifiques à une pathologie: prévention, traitement et chirurgie pour les fistules obstétricales, par exemple.

Où se situent les projets?

Que ce soit dans des contextes de conflits, suite à des catastrophes naturelles ou lorsque l’accès aux soins est difficile, les femmes enceintes et les nourrissons ont besoin d’assistance.

Les dernière maternités que nous avons ouvertes se situent à Arsal au Liban et dans les camps de réfugiés syriens à Domiz en Irak et visent les populations syriennes refugiées. Nous gérons également - depuis plusieurs années - une maternité à Agok au Soudan du Sud et dans les camps de réfugiés de Dadaab au Kenya dans lesquels nous nous focalisons sur l’amélioration de la prise en charge des nouveau-nés. Dans d’autres contextes, comme à Gety en République démocratique du Congo, Kirkouk en Irak, Tabakal Allah au Soudan ou plus récemment Berberati en République centrafricaine et Derek en Syrie, nous soutenons également des maternités gérés par les ministères de la Santé.

Avec pres de 210 000 accouchements en 2013, MSF est sans doute la plus grande maternité du monde ! Nos équipes effectuent plus de 700 000 de consultations anténatales par an. La maternité de Léogâne en Haïti compte le plus gros volume opérationnel en terme d’accouchement pour la section suisse de MSF (plus de 600 accouchements en 2013) et l’offre de soins le plus complet.

Quelles sont les avancées récentes en matière de soins?

Au fil du temps, MSF adapte les protocoles de soins pour les femmes enceintes. Des stratégies préventives sont développées dans de nombreux contextes, avec des résultats positifs: mise sous ARV des femmes séropositives pour éviter la transmission du virus de la mère à l’enfant (PMTCT option B+), vaccination  des nouveau-nés contre l’Hépatite B, dépistage et traitement des lésions précancéreuses du cancer du col de l’utérus, par exemple. Lors de l’accouchement également, en cas d’accès impossible à une structure sanitaire pouvant effectuer une césarienne en urgence, les équipes sont formées à la symphysiotomie (élargissement du cartilage du bassin) ou à l’utilisation de matériel tel que le ballon de Bakri pour contenir les hémorragies post-partum.

Quels sont les principaux défis que vous rencontrez?

La difficulté principale est la compétition des besoins auxquelles doivent faire face les équipes. Dans des camps de déplacés par exemple, les besoins  en santé materno-infantile constituent une urgence parmi d’autres : besoins en soins de santé primaires, nutrition, épidémies… Dans ces contextes, MSF pare au plus urgent en mettant en place des services d’obstétrique d’urgence et en organisant des césariennes pour les accouchements difficiles. Ces services nécessitent en revanche d’importants moyens, notamment un fonctionnement des structures 24 h sur 24 et un personnel formé.

Dans certains contextes, nous faisons face à des obstacles juridiques. Au Honduras par exemple, nous effectuons un travail de plaidoyer  auprès du gouvernement pour que soit à nouveau autorisé la pilule du lendemain pour les cas de viols (interdite depuis 2009). Dans d’autres pays, l’avortement est une des premières causes de mortalité des jeunes femmes. Nous savons aujourd’hui que le nombre d’avortement n’est pas lié au fait que sa pratique soit légale ou non, mais qu’en revanche la pratique dans l’illégalité augmente le risque de morbidité et de mortalité pour les femmes. C’est un sujet sur lequel nous travaillons actuellement dans le but de réduire la mortalité maternelle.

C’est un sujet, par ailleurs, qui doit être traité dans le cadre de l’amélioration de l’accès aux méthodes contraceptives permettant aux femmes de choisir le nombre d’enfants qu’elles désirent et le moment le plus approprié de leur venue au monde.

Pour réaliser l’ensemble de ces projets en garantissant une qualité des soins, nous avons besoin de sages-femmes, de gynécologues et d’obstétricien qualifiés et expérimentés. Leur formation est une de nos priorités aujourd’hui.

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