Dengue

Honduras, 24.09.2012
Honduras, 24.09.2012
© Natacha Buhler/MSF
Cap Vert, 24.10.2009
Cap Vert, 24.10.2009
© Iza Ciglenecki
Honduras, 26.08.2010
Honduras, 26.08.2010
© Juan Carlos Tomasi
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Le Dr Philippe Cavailler travaille à l’Unité d’Innovation de MSF Suisse, qui lance de nouveaux programmes de prise en charge de la dengue

MSF veut améliorer le diagnostic de la dengue, en particulier en Afrique, pourquoi ?

La dengue est endémique dans plus de 100 pays d'Amérique latine, d’Afrique, d’Asie du Sud Est et du Pacifique, avec des épidémies surtout en zone urbaine et dans les régions subtropicales. Pourtant, si de nombreux programmes nationaux de lutte contre la dengue existent en Amérique latine et en Asie, ce n’est pas toujours le cas en Afrique.

En effet, peu diagnostiquée, la dengue est moins connue en Afrique. Comme les symptômes sont les mêmes, elle est souvent confondue avec le paludisme et traitée inefficacement comme telle. Elle est aussi souvent classée comme « FOI - fièvre d’origine inconnue » et traitée avec des antibiotiques, de manière tout aussi inefficace. En Guinée par exemple, où la maladie révèle une forte prévalence, 60% des fièvres sont considérées comme paludéennes et 40% comme FOI. Pour les cas bénins, ce n’est pas très grave, mais pour les formes sévères, l’absence de diagnostic précoce empêche aussi la prise en charge adéquate, et augmente donc le risque de décès.

Des tests rapides performants existent pourtant, qui permettraient de mieux dépister la maladie et donc de favoriser la prise en charge des cas sévères. Mais ces tests sont encore chers (10 USD / test). Afin de confirmer la présence de la dengue et dans la perspective de réduire la mortalité infantile liée à la forme sévère, MSF souhaite introduire ces tests dans certaines de ses missions qui comptent de nombreux cas suspectés mais non diagnostiqués ni pris en charge. En l’occurrence, des projets vont être lancés en Guinée, en RDC, ainsi qu’en Haïti. A terme, le but est de contribuer au plaidoyer visant à abaisser les coûts de production de ces tests et permettre leur utilisation généralisée dans les structures de santé publiques.  

La prise en charge précoce de la dengue est aussi un enjeu ?

En effet : un épisode de dengue confère une immunité permanente contre le sérotype de virus responsable. Mais comme il existe quatre souches de virus différentes, pour être totalement immunisé contre la maladie, il faudrait avoir contracté les 4 sérotypes. Dans le cas contraire, on observe malheureusement que chaque épisode de dengue d'un nouveau type provoque des symptômes plus importants et augmente le risque de développer une forme sévère.
Sachant que la forme sévère de la maladie conduit à de nombreux décès chez les plus jeunes, il est essentiel de permettre une prise en charge rapide et adaptée des cas graves, pour limiter la mortalité.

Pour ce faire, la vigilance clinique doit être maximale autour du 4ème jour suivant l’apparition de la fièvre. Or, durant les épisodes épidémiques, l’afflux de patients dans les structures de soins est massif. Il est dès lors essentiel de mettre en place un système de triage pour permettre de recommander une hospitalisation quand elle est nécessaire. Un triage basé d’une part sur la confirmation rapide du diagnostic (par les tests rapides) et d’autre part sur l’observation des « signes d’alerte » (douleurs abdominales, vomissements persistants, saignements muqueux, épanchements liquidiens …).

De par son expérience dans le cadre des urgences médicales humanitaires, MSF peut clairement jouer un rôle clé dans le domaine des interventions face à des épidémies de dengue. C’est ce que nous faisons actuellement au Honduras par exemple, de manière à assurer une prise en charge adéquate par des professionnels expérimentés et limiter la mortalité.

La lutte anti-vectorielle ne doit pas être négligée non plus selon vous?

L’unique vecteur de la maladie est le moustique. La prévention de la dengue repose donc surtout sur la protection contre les moustiques. Avec un pic d’agressivité tôt le matin et à la tombée du jour, le port de vêtements longs, l’usage de répulsifs cutanés ou l’utilisation d’une moustiquaire constituent des mesures simples pour se protéger au niveau individuel.

Mais la lutte contre les moustiques à grande échelle, notamment pour diminuer leur prolifération, doit également être une priorité. Cette lutte appelée « anti-vectorielle » est le seul moyen collectif d’empêcher la transmission du virus, que ce soit en amont d’une épidémie ou au moment du pic. De telles mesures sont par exemple très pertinentes à Haïti, où l’insalubrité générale favorise qui la prolifération des moustiques et augmente le risque de dengue.

Concrètement, comme les moustiques se reproduisent dans les eaux stagnantes, il s’agit donc de supprimer ces gîtes de prolifération, par exemple autour du domicile (pots de fleurs, vases, gouttières mal entretenues, déchets divers remplis d’eau, pneus usagés, etc.) mais également en assainissant l’évacuation des eaux dans les villes, etc. Des traitements insecticides chimiques ou biologiques peuvent également être utilisés contre les moustiques adultes.

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