25.09.2012 - Swaziland

«MSF m’a donné la force de continuer à vivre»

Chargée de communication pour MSF, Sophie Scott a visité le projet Makayane au Swaziland, où les patients reçoivent des soins en ambulatoire contre la tuberculose. Elle nous décrit ici son expérience.
Swaziland, 13.09.2012
Quelle serait votre réaction si je vous disais qu’un tiers de la population mondiale était contaminé par une maladie mortelle?
Situation géographique
Swaziland
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Auteur
Swaziland, 19.9.2011

Chargée de communication pour MSF

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«Quelle serait votre réaction si je vous disais qu’un tiers de la population mondiale était contaminé par une maladie mortelle? Que cette maladie a muté en une forme encore plus virulente et que les médicaments habituels ne suffisent plus à la soigner? Qu’en dépit des plus de 500 000 personnes infectées par cette forme mutante, le seul médicament disponible peut avoir des effets secondaires terrifiants, vous faire vomir, perdre l’ouïe ou devenir fou?

Vous supposeriez sans doute que je raconte le scénario d’un mauvais film d’horreur. La maladie est toutefois bien réelle et elle est la deuxième cause de mort infectieuse après le VIH/sida. En Occident, la tuberculose est souvent considérée comme un mal appartenant au passé, mais elle est bien présente dans de nombreux pays du monde. Le plus préoccupant étant que le nombre de personnes contaminées par une forme résistante de la tuberculose est en augmentation.

Au royaume du Swaziland, l’un des plus petits pays d’Afrique, le taux d’infection par le VIH/sida est le plus élevé au monde: plus de 26 % de la population adulte est touchée. Le taux d’infection à la tuberculose  est également le plus haut au monde. L’espérance de vie ne dépasse pas 49 ans, c’est-à-dire moins qu’en Somalie ou en Afghanistan.

Le Swaziland n’apparaît cependant pas comme un pays en pleine crise humanitaire: l’eau est propre; les routes sont bétonnées et les enfants vont à l’école secondaire. Lorsqu’on arrive à l’aéroport international de Manzini et que l’on se rend en ville, on aperçoit le paysage magnifique et les publicités pour les attractions touristiques et les parcs nationaux.

Les jeunes adultes sont les plus touchés

La réalité vous saute aux yeux si vous vous rendez dans un hôpital ou une clinique. Au lieu de rencontrer des personnes âgées et des enfants malades, vous vous trouvez en présence de jeunes adultes à peine capables de marcher. De nombreuses personnes séropositives semblent en bonne santé. En effet, le VIH/sida est maintenant une maladie chronique. Par conséquent, si le patient prend chaque jour son  traitement, il peut vivre longtemps. Les tuberculeux quant à eux ont réellement l’air mal en point.

En 2007, le gouvernement du Swaziland s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas faire face à l’ampleur de l’épidémie. Non seulement le nombre de patients à traiter était incroyablement élevé, mais une grande partie de la main d’œuvre qualifiée avait été victime du VIH/sida. Beaucoup d’autres travailleurs avaient émigré, attirés par de meilleurs salaires à l’étranger.

L’aide de MSF a été sollicitée et nos équipes ont été confrontées à un scénario bien différent de celui auquel elles étaient habituées. Au Swaziland, les hôpitaux gouvernementaux sont propres et bien équipés.

Tengetile Ntsele souffre du VIH/sida et vit avec sa famille à Makayane. Après avoir été diagnostiquée avec une tuberculose résistante aux médicaments en 2007 et avoir démarré son traitement, elle a souvent perdu espoir, mais sa famille comptait sur elle pour vivre. Vers la fin de ses soins, elle a ressenti un grand choc en apprenant qu’elle était enceinte. La culpabilité l’étouffait, sachant que le lourd traitement médicamenteux pouvait affecter son bébé. Elle a prévenu sa famille quand elle n’a plus pu cacher sa grossesse.

Sa fille, Sinetsemba Nkambule, est née trois mois plus tard. En bonne santé et pesant 3,5 kg, le bébé était séronégatif et n’avait aucun problème de santé. Tengetile a fini de prendre son traitement et elle travaille maintenant avec MSF comme assistante sociale.

«J’aide à motiver les patients pour qu’ils prennent leur traitement correctement. Quand je leur raconte mon histoire, qu’ils comprennent que je connais ce qu’ils vivent, qu’ils voient qu’ils peuvent s’en sortir, l’espoir renaît en eux», explique-t-elle.

Benson fait partie de ceux qui bénéficient des conseils de Tengetile. Il vit avec sa femme Florence et leurs trois enfants dans un hameau éloigné de la route principale. Déjà contaminé par le VIH/sida, Benson a contracté la tuberculose résistante alors qu’il travaillait comme mineur. Au début de son traitement, à part les rares occasions où il pouvait se payer le trajet en bus, il devait marcher 16 kilomètres aller-retour pour recevoir ses injections. Marcher n’était pas facile étant donné que les médicaments faisaient gonfler ses jambes.

«Quand j’ai commencé à prendre le traitement, je me sentais comme si j’étais déjà mort», dit Benson. «Quand les gens de MSF sont venus me parler, je me suis senti la force de continuer à vivre.»

La famille n’est pas riche et les cartons de nourriture donnés par MSF font une grande différence. «Même si nous n’avons pas beaucoup à manger, je me sens moins stressée à ce sujet, car je sais que nous recevrons un sac de nourriture et que cela ira bien», résume Florence. «Prendre soin de mon mari est devenu plus facile parce qu’on vient nous rendre visite régulièrement. J’ai maintenant la conviction que Benson va guérir.»

Désespérément besoin d’un meilleur traitement

La tuberculose résistante aux médicaments tue, mais elle peut être soignée. Aujourd’hui, son traitement implique un processus long et difficile. Le besoin d’un traitement plus adapté et plus court est donc pressant. Toutefois, des mesures relativement peu coûteuses et simples peuvent faire toute la différence pour les personnes qui essayent de se tenir à leur traitement. Pour des gens comme Benson et Tengetile, c’est littéralement une question de vie ou de mort.»

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Swaziland, Tuberculose
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