25.01.2010

Urgence Haiti - un blog de MSF - Ch. 4

Samedi, Port-au-Prince, Haiti
St Louis interior
Vue de l'intérieur de l'hôpital gonflable MSF pendant son installation
© MSF
baby Gabrielle
La petite Gabrielle
© MSF
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20100120 isabelle jeanson

Eindrücke aus Haiti - Port-au-Prince nach dem Erdbeben. MSF-Mitarbeiterin Isabelle Jeanson schreibt aus Haiti.

Les choses changent peu à peu. En effet, chaque jour quand je me rends au bureau et dans nos hôpitaux, je remarque de petits changements, comme notre stock qui grossit enfin. L’ordre se rétablit progressivement au milieu du chaos. Le programme MSF progresse lui aussi. Je parlais avec un spécialiste en santé mentale qui me disait que durant cette phase de counseling, le plus important est surtout de faire circuler l’information, c’est-à-dire s’assurer que les gens savent où se tourner pour recevoir des soins, expliquer ce qu’est un tremblement de terre, etc.

Ce n’est que lorsque les gens seront prêts qu’ils pourront commencer à parler de ce qu’ils ont vécu. La plupart n’ont pas encore totalement réalisé toute l’ampleur de ce qu’il vient de se produire. Ce n’est peut-être que dans quelques jours, ou dans quelques semaines qu’ils réaliseront pleinement qu’ils ont perdu leur maison, des membres de leur famille, leurs biens, leur travail ou bien tout ce qui constituait leur vie d’avant.

Une nouvelle phase s’amorce aussi du point de vue médical. Il s’agit d’une phase critique où les blessés qui n’ont pas reçu les soins appropriés risquent de développer des septicémies et où ceux qui ont été soignés doivent maintenant avoir leurs pansements et leurs bandages changés régulièrement. Les équipes continuent de s’efforcer de prendre en charge le plus de patients possible, à sauver ce qu’ils peuvent sur les nombreux corps mutilés. La décision d’amputer un membre n’est jamais aisée. Nos médecins préfèrent sauver les membres d’un patient et font tout ce qu’ils peuvent pour cela.

Toutefois, les tissus gangrénés mettent la vie du patient en danger car l’infection se propage dans le reste du corps. Les amputations peuvent être un choc pour nos patients. Mais la décision, aussi difficile soit-elle, est toujours prise dans l’optique de sauver la vie du patient. Une femme médecin m’a dit hier que malgré le fait qu’elle avait dû amputer le pied d’un jeune garçon, celui-ci est ensuite venu la voir pour la remercier de l’avoir aidé.

Heureusement, de plus en plus d’organisations démarrent des activités, la plupart dans la région sud-ouest d’Haïti, près de l’épicentre. Ceci peut engendrer une certaine confusion dans la distribution de l’aide, par exemple lorsque deux ou trois hôpitaux sont installés dans la même petite communauté. Après tout, si les gens peuvent recevoir les soins immédiats dont ils ont besoin, c’est tout ce qui importe.

J’ai découvert une structure fantastique aujourd’hui : l’hôpital gonflable MSF, situé dans un terrain de football derrière une école de Port-au-Prince. C’est une structure idéale, en particulier dans un contexte où les gens sont terrorisés de travailler dans des bâtiments. Elle comporte une pharmacie, deux salles d’opération, un département de consultations internes et externes et bien d’autres services. L’hôpital est tellement neuf qu’il sent comme un canot pneumatique ou un bateau gonflable.

Dans cet hôpital de 100 lits, nous serons en mesure de prendre en charge plus de patients et plus rapidement, sans avoir peur que les murs ou le toit ne tombent sur nos patients. Notre personnel national a aussi commencé à revenir au travail. Eux aussi se sentiront plus en sécurité dans une telle structure, en particulier après avoir vécu une expérience telle que celle de voir l’hôpital de la Trinité s’écrouler sur leur tête.

Aujourd’hui j’ai revu notre bébé miraculé dont le bras a été amputé et que j’avais vu il y a quelques jours à l’hôpital. Le médecin l’a appelée Gabrielle, comme sa propre fille, parce que nous ne connaissons pas son nom. Il s’avère que ses parents ont été tués dans le tremblement de terre, et aucun membre de sa famille n’est venu la chercher.

Elle n’a pas seulement perdu un bras, mais elle a aussi subi un grave traumatisme à la tête pendant le séisme, et a donc dû recevoir une chirurgie crânienne. Je suis très triste d’apprendre dans la soirée de la bouche du médecin qu’elle a développé de la fièvre. Ce n’est pas bon signe pour un petit bébé qui a de telles blessures. Je veux qu’elle survive, elle est déjà parvenue à le faire jusqu’à maintenant. Dans quelques mois, lorsqu’elle aura passé la phase la plus critique, l’équipe cherchera une organisation pour s’occuper d’elle.

Les secousses continuent de se faire sentir. Après la grosse frayeur que nous avons eue mardi, trois autres, plus petites, ce sont produites. Juste pour être sûre que je ne suis pas victime d’hallucinations, je garde une bouteille d’eau à moitié pleine sur le bureau à côté de moi. Si l’eau bouge dans la bouteille, je sais que c’est une secousse et non mon imagination.

Ce soir, il y avait un grand incendie qui brûlait dans la partie centrale de la ville. Des rumeurs circulent selon lesquelles des gens pillent et mettent le feu à des bâtiments. Les gens demandent du travail et ont faim. Le Programme alimentaire mondial distribuait de la nourriture près de notre hôpital. Il devait y avoir au moins des centaines de personnes à se presser les unes contre les autres, courant après le camion lorsqu’il a tenté de reprendre la route.

Des panneaux de fortune, écrits en lettres peintes sur des draps, emplissent les rues avec des messages comme « SOS », ou « Nous avons besoin d’eau et de nourriture ». Tout le monde dort encore dehors et se lave dans la rue, dans les parcs, là où les gens trouvent un endroit dans lequel ils se sentent à l’aise. Le traumatisme lié au tremblement de terre est profond. Les gens n’en parlent pas forcément, mais leur comportement le démontre bien plus que leurs mots.

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