19.01.2010

Urgence Haiti - un blog de MSF - Ch. 1

Dimanche, Port-au-Prince, Haiti
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Bloc opératoire de fortune à l'extérieur de l'hôpital Carrefour. Le personnel MSF traite une patiente souffrant de fractures aux deux...
© Julie Rémy
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Les soins médicaux se poursuivent sous des tentes devant ce qui était autrefois l’hôpital de traumatologie et le centre de réhabilitation de La...
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20100120 isabelle jeanson

Eindrücke aus Haiti - Port-au-Prince nach dem Erdbeben. MSF-Mitarbeiterin Isabelle Jeanson schreibt aus Haiti.

La situation est toujours critique. Peu d’organisations humanitaires sont opérationnelles sur le terrain et des centaines de corps sont toujours prisonniers sous les bâtiments écroulés. Dans toute la ville, je n’ai vu que 4 ou 5 camions et grues qui tentaient de déblayer les décombres pour dégager les victimes !!!

L’odeur de la mort est omniprésente dans certains quartiers où la chaleur ne fait qu’accélérer la putréfaction. Une odeur nauséabonde aussi sur les sites où se rassemblent spontanément les déplacés, car il n’y a pas d’égouts, pas de douches et pas de latrines non plus.

Les survivants s’entassent par centaines dans les endroits découverts de la ville. La nuit, nous devons veiller à ne pas marcher sur les gens qui dorment sur la route. J’ai même rencontré quelqu’un qui s’était installé au beau milieu d’un carrefour pour dormir. Histoire d’éviter d’être blessé par la chute d’un immeuble en cas de réplique.

Hier, nous avons justement ressenti deux nouvelles répliques. Alors que l’équipe médicale s’apprêtait à travailler dans la salle d’opération de Carrefour, le personnel local qui travaillait déjà a ressenti la première secousse. Et lorsque la deuxième secousse s’est produite, les infirmiers se sont enfuis, abandonnant tout sur place !!

Ici, les gens sont vraiment à cran, ils n’osent plus dormir à l’intérieur. Je ne suis moi-même pas très rassurée, alors que je n’ai pas ressenti le séisme (nous dormons dans une tente trigano, dans la cour d’un hôtel… il n’y a en effet pas assez de place pour accueillir tous les expats dans le bureau de MSF).

Hier, samedi, nous avons réalisé plusieurs interventions chirurgicales – 24 heures seulement après avoir installé notre salle d’opération !!! Un exploit lorsqu’on sait que l’équipe a rejoint Carrefour le vendredi après-midi, pour commencer l’installation, et cela seulement 2 heures après que le chef de mission, un infirmier et moi-même ayons visité l’hôpital vide le vendredi matin pour une évaluation.

J’ai le plus grand respect pour le travail et la rapidité avec lesquels nos équipes ont réussi à installer cette nouvelle salle d’opération, parfaitement opérationnelle, en moins de 24 heures !!

En rentrant d’une évaluation effectuée à Legoâne (à environ une heure de Port-au-Prince), alors que nous nous trouvions sur la route du retour, samedi, vers 18 heures (il faisait déjà noir), nous avons rencontré des points de passage organisés par des civils.

Des habitants étaient en train de grimper dans un pick-up qui transportait des cadavres. La colère était montée car le chauffeur s’apprêtait à déverser les cadavres dans leur ville. D’où l’initiative des habitants d’installer plusieurs points de contrôle sur la route menant à Port-au-Prince, environ à 10km. Je comprends la colère de ces habitants. Si des cadavres étaient déversés dans ma ville, j’éprouverais les mêmes sentiments !

Nous avons pu franchir les points de contrôle sans le moindre problème et les habitants nous ont même témoigné leur respect. L’air est aussi empli de fumée à cause de petits incendies qui ont pris dans les rues. De bâtiments effondrés, du béton, des fils métalliques et des débris, tel est le spectacle désolant de Port-au-Prince.

À Petionville, là où nous sommes basés, les rassemblements de populations ne sont pas trop importants, même si dans la rue qui monte vers notre autre base, on aperçoit des gens qui dorment dans la rue, bloquant ainsi l’accès. La nuit dernière, nous avons à nouveau senti cette odeur épouvantable de mort, car les fenêtres de la maison restent ouvertes. Pour l’équipe, le stress est terrible car ses capacités chirurgicales sont extrêmement limitées. Je me suis entretenue hier avec un chirurgien. Il m’a dit sa frustration et son stress d’avoir examiné 5 patients dont l’état nécessitait une opération en urgence ! Mais sans salle d’opération appropriée, il ne peut rien faire pour eux.

Nous avons besoin de plus de salles disponibles pour opérer. D’où l’importance de nous donner les moyens de travailler en laissant atterrir nos avions, comme pour l’hôpital gonflable qui, après a été retardé de plus d’un jour parce que l’avion ne pouvait pas atterrir.

La situation est vraiment en train de s’aggraver. Les survivants dont la situation n’était pas critique il y a 3 jours seulement, sont à présent en danger. En d’autres termes, des patients vont mourir d’infections évitables. C’est atroce. Atroce de voir ces gens qui implorent une aide alors que nous ne sommes pas en mesure de tous les aider et de leur sauver la vie !

 

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