03.08.2012 - Soudan du Sud

Soudan du Sud : Catastrophe humanitaire dans les camps de réfugiés

De récentes enquêtes épidémiologiques menées par MSF dans deux camps de réfugiés au Soudan du Sud montrent des taux de mortalité et de malnutrition au-dessus des seuils d’urgence, annonce aujourd’hui MSF.
Jamam, Soudan du Sud, 19.07.2012
« La saison des pluies a fait de ces camps un enfer pour les réfugiés », explique Bart Janssens, directeur des opérations à MSF.

Plus de 170 000 réfugiés ont traversé la frontière, après un dangereux périple, pour fuir les combats et l’insécurité alimentaire dans les régions du Nil Bleu et du Sud Kordofan, au Soudan. Beaucoup ont dû marcher des semaines et arrivent dans les camps dans un état de fatigue et de vulnérabilité extrêmes. Dans deux camps de réfugiés en particulier, les très mauvaises conditions de vie ont des conséquences dramatiques sur la santé des populations.
Depuis juin, ce sont, en moyenne, cinq enfants qui meurent chaque jour dans le camp de Yida, tandis que dans le camp de Batil, un enfant sur trois souffre de malnutrition.

« Le nombre d’enfants qui meurent dans le camp de Yida est accablant, et les 1 200 enfants sévèrement malnutris admis dans le programme nutritionnel de MSF à Batil ne sont que la pointe de l’iceberg, explique André Heller-Pérache, chef de mission MSF au Soudan du Sud. La majorité de nos patients, dans les deux camps, sont des enfants malnutris affaiblis par la diarrhée, le paludisme ou les infections respiratoires. Pris dans  un cercle vicieux qui entraîne des complications, beaucoup d’entre eux ne survivent pas. Nos équipes médicales travaillent sans relâche, dans des conditions très difficiles, pour essayer de sauver le plus de vies possible».

Dans le camp de réfugiés de Yida qui abrite 55 000 personnes, une enquête, menée par MSF entre juin et juillet, révèle des taux de mortalité de quatre décès pour 10 000 et par jour chez les enfants de moins de cinq ans. Au mois de juin, ce sont cinq enfants en moyenne qui sont morts chaque jour de diarrhées et d’infections sévères. De plus, le taux de mortalité global dans le camp au cours de la même période représente également le double du seuil d’urgence   avec deux décès pour 10 000 personnes et par jour. 
L’étude, finalisée le 27 juillet, montre que dans 82 % des familles de réfugiés, au moins une personne a été malade au cours des deux semaines précédentes.

Dans le camp de Batil, dans la région du Nil Supérieur, qui accueille quelque 32 000 personnes, les résultats préliminaires d’une enquête épidémiologique menée par MSF et finalisée le 31 juillet montrent un taux de malnutrition global chez les enfants de 27,7 %, et de malnutrition aiguë sévère de 10,1 %, soit cinq fois le seuil d’urgence.

Chez les enfants de moins de deux ans, ces chiffres sont encore plus alarmants avec 44% de malnutrition globale et 18% de malnutrition aiguë sévère.
Notre enquête a également révélé un taux de mortalité de deux décès pour 10 000 personnes et par jour chez les enfants de moins de cinq ans au cours des quatre derniers mois, un taux équivalent au seuil d’urgence. La compilation et l’analyse de ces données doivent être finalisées mais les équipes de MSF craignent déjà que le taux de mortalité au cours des dernières semaines ne soit encore plus élevé.

« La saison des pluies a fait de ces camps un enfer pour les réfugiés, explique Bart Janssens, directeur des opérations à MSF. Les routes d’accès deviennent impraticables, rendant l’acheminement de l’aide humanitaire extrêmement compliqué. La situation sanitaire est catastrophique et nécessite que tous les efforts soient mis en œuvre pour dépasser les difficultés logistiques si nous ne voulons pas voir ces enfants mourir. La diarrhée étant la principale cause de mortalité dans les camps, la priorité est d’améliorer l’accès à l’eau potable et aux structures d’assainissement. Sans oublier des distributions de nourriture ciblées, en particulier à Batil où la malnutrition dépasse le seuil d’urgence.»

MSF, principal acteur médical dans les quatre camps de réfugiés des régions du Nil Supérieur  et d’Unité, a mis en place une réponse massive. Dans le camp de Yida, le nombre de lits d’hôpital a été doublé afin de pouvoir prendre en charge le nombre toujours croissant de patients sévèrement malades. 
Au total, MSF a déjà déployé plus de 160 personnels internationaux et 350 personnels nationaux, tandis que des équipes supplémentaires sont en train d’affluer pour faire face aux énormes besoins médicaux.

Depuis novembre 2011, MSF mène des programmes d’urgence auprès des réfugiés en provenance des régions du Sud Kordofan et du Blue Nile, au Soudan.

MSF gère un hôpital dans chacun des quatre camps de réfugiés et fournit à l’heure actuelle plus de 9000 consultations par semaine. 150 patients sont actuellement hospitalisés et 2300 enfants malnutris sont pris en charge dans les programmes nutritionnels MSF.

MSF vaccine également les enfants contre la rougeole lors des afflux de réfugiés, fournit un accès à l’eau potable et à des structures d’assainissement dans les camps et intervient, quand nécessaire, pour réaliser des distributions d’urgence de biens de première nécessité (savon, bâches plastiques et rations alimentaires d’urgence).

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