20.03.2013 - Swaziland

Ne gâchons pas l'occasion historique de s'attaquer à la tuberculose multi-résistante

Les personnes vivant avec la MDR-TB et leurs soignants appellent à une action urgente.
Inde, 30.01.2012
«Depuis que j’ai commencé mon traitement en juin 2010, j’ai déjà avalé environ 20 000 pilules et reçu plus de 200 injections douloureuses.»

Si les mesures contre la tuberculose multi-résistante (MDR-TB) ne sont pas significativement renforcées, notamment en s’attaquant aux obstacles qui empêchent la recherche sur de meilleures combinaisons de médicaments et en généralisant les traitements, les taux de MDR-TB vont continuer à augmenter dans le monde, met aujourd’hui en garde l’organisation médicale humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF).

Une chance historique pour améliorer les taux de guérison actuellement dérisoires aura alors été manquée. Deux nouveaux médicaments efficaces contre la tuberculose multi-résistante doivent être utilisés pour rendre le traitement beaucoup plus court, plus efficace et moins toxique. Cette demande, parmi d’autres, est faite par les personnes vivant avec la maladie ainsi que par le personnel médical de MSF à travers le monde dans un manifeste public lancé aujourd’hui.
    
Lisez le manifeste «Dépister et traiter» et découvrez ses signataires sur http://TBmanifeste.msf.ch

«Nous avons attendu pendant un demi-siècle de nouveaux médicaments qui sont efficaces contre la tuberculose. Faut-il que nous patientons encore 50 ans pour saisir l’occasion historique d’améliorer et de déployer un traitement contre la tuberculose pharmaco-résistante?» demande le Dr Erkin Chinasylova, médecin en charge de la tuberculose pour MSF au Swaziland. «Obtenir un meilleur traitement est plus qu’urgent, mais nous ne voyons rien venir pour faire de cette priorité une réalité.»

Dans ses projets dans le monde, MSF voit un nombre sans précédent de personnes atteintes de MDR-TB. La résistance aux médicaments apparaît non seulement chez des patients dont le traitement a déjà échoué, mais aussi chez des personnes à qui l’on vient de diagnostiquer une tuberculose. C’est un signe clair que la MDR-TB se transmet selon sa propre dynamique au sein des communautés dans lesquelles nous travaillons.

Sans traitement, la MDR-TB est mortelle, mais, à l’heure actuelle, le traitement fait subir aux patients deux ans d’effets secondaires insupportables (psychose, surdité, nausées constantes…) avec de douloureuses injections quotidiennes pendant au maximum huit mois. Au terme de ce traitement, à peine la moitié des gens sont guéris.

Après près de cinq décennies de recherches et développement insuffisants contre la tuberculose, deux nouveaux médicaments – la bédaquiline et la délamanide – ont récemment été ou sont sur le point d’être homologués. Il est urgent de déterminer la meilleure façon d’utiliser ces nouveaux médicaments, afin que le traitement soit plus court, plus efficace et puisse être mis en place pour traiter le nombre croissant de personnes atteintes de MDR-TB. Cette revendication des patients et de leurs soignants figure dans le manifeste «Dépister et traiter». Le public est incité à se joindre à cet appel réclamant une action urgente.

«Nous sommes en 2013 et je commence ma quatrième année avec la tuberculose, alors que je devrais être en quatrième année à l’université», raconte Phumeza Tisile, l’une des signataires du manifeste, une femme de 22 ans qui est soignée par MSF à Khayelistsha, en Afrique du Sud, pour une tuberculose ultra-résistante. «Depuis que j’ai commencé mon traitement en juin 2010, j’ai déjà avalé environ 20 000 pilules et reçu plus de 200 injections douloureuses. Je voudrais pouvoir ne prendre que deux comprimés par jour pendant un mois ou deux et être enfin guérie.»

Moins d’une personne sur cinq dans le monde reçoit un traitement contre la MDR-TB, une proportion scandaleusement faible. Un plus grand soutien politique et financier de la communauté internationale est nécessaire pour combler cette lacune.

«À l’heure où la tuberculose devrait être la priorité mondiale, nous constatons qu’elle est en train de descendre dans la liste des priorités. C’est inacceptable», déclare le Dr Manica Balasegaram, directeur exécutif de la Campagne d’accès de MSF.

Le Fonds mondial fournit environ 90% de l’aide internationale contre la tuberculose, mais il a récemment réduit la part allouée à la lutte contre la maladie. Avant une réunion cruciale de renflouement plus tard cette année, les donateurs doivent s’assurer que le Fonds est financé de manière adéquate afin que les pays aient le soutien dont ils ont besoin pour renforcer la réponse contre la MDR-TB. Avec un meilleur traitement à l’horizon, les pays concernés devraient intensifier dès maintenant leurs efforts pour diagnostiquer et traiter la MDR-TB, afin que des programmes efficaces soient déjà en place une fois que les nouveaux médicaments seront introduits.

Voire les infographies de MSF sur la tuberculose - durée du traitement, effets secondaires, accès aux traitements etc. - sur http://TBmanifeste.msf.ch

Les formes pharmaco-résistantes de la tuberculose constituent une crise sanitaire mondiale négligée: l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il y a eu 630 000 cas de tuberculose multi-résistante en 2011. MSF a commencé à fournir un traitement aux personnes atteintes de MDR-TB en 2001. En 2011, MSF a traité 1 300 malades de la MDR-TB dans 21 pays.

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