07.11.2016 - Syrie

De graves pénuries mettent la vie des enfants en danger à Alep-Est

Parmi les personnes emprisonnées à l’Alep-Est, beaucoup sont âgés de moins de 18 ans. Le siège, qui dure depuis trois mois, et les semaines de bombardements ont eu un impact dévastateur sur leur santé.
Alep, Syrie, 11.10.2016
Abdul Hadi, 9 ans, a été blessé par une bombe alors qu’il jouait devant chez lui. Il a été touché à la tête et depuis, il a perdu la mémoire.

Pour les enfants d’Alep-Est, qu'ils soient en bonne santé ou malades, la situation devient de plus en plus critique jour après jour. La nourriture, l'eau potable et les soins médicaux se raréfient et le personnel médical lutte pour soigner le plus grand nombre de blessés.

Pas un seul chirurgien pédiatrique à Alep-Est

Depuis le 22 septembre, plus de 136 enfants ont été tués et 468 blessés par des attaques aériennes. Les hôpitaux sont surpeuplés et manquent cruellement de personnel, de fournitures médicales et de lits pour les soins intensifs.

«Nos services ambulatoires sont dépassés», explique Abu Al Motassem, infirmier aux urgences. «Chaque jour entre 120 et 150 enfants arrivent à l’hôpital. Nous avons admis un enfant qui aurait dû aller dans l’unité de soins intensifs, mais nous avons été obligés de le garder en attente un moment. Il est décédé avant qu’on ait pu essayer de le soigner.»

Parmi les sept hôpitaux encore en fonctionnement à Alep-Est, un seul est spécialisé en pédiatrie. Il n’y que quatre pédiatres dans la zone assiégée, deux médecins qualifiés et deux étudiants en dernière année de médecine, mais pas un seul chirurgien pédiatrique.

1500 enfants ont besoin de soins spécialisés

Le manque de personnel médical a déjà eu des conséquences fatales, selon Al Motassem. «Nous avons reçu un enfant qui avait besoin d’une opération pour un diverticule œsophagien, mais nous n'avons pas trouvé un seul médecin disponible dans toute la ville. N’importe quel chirurgien en pédiatrie aurait pu le faire, car c'est une opération facile. Mais il n'y en avait pas, et l'enfant est mort.»

À l’heure actuelle, environ 1500 enfants ont besoin de soins médicaux spécialisés qui ne sont pas accessibles à Alep-Est. Comme toutes les routes pour sortir de la ville sont fermées à cause du siège, on ne peut pas rediriger les patients vers des hôpitaux plus adaptés. Il s'agit notamment des enfants atteints du cancer, des anomalies congénitales et des lésions cérébrales, ainsi que ceux qui ont besoin de certains types de soins en urgence.

Beaucoup de parents ont peur de se déplacer dans la ville lorsque les bombardements ou les combats au sol sont en cours et ils attendent à la maison avec leurs enfants malades jusqu'à ce que la situation se calme. «Ils attendent que les avions de guerre partent, et quand ils arrivent dans les hôpitaux, l’état des enfants s’est détérioré», explique Riyad Najjar, directeur administratif du seul hôpital pour enfants dans la zone assiégée.

Les hôpitaux: des lieux ciblés par les attaques.

«Parfois, ils doivent attendre toute la nuit et, quand ils arrivent enfin, les enfants sont dans des états critiques et il est déjà trop tard pour les sauver», explique Aya, une infirmière néonatale qui préfère ne pas donner son deuxième nom.

Les patients restent généralement le moins de temps possible dans les hôpitaux parce que ce sont des lieux ciblés par les attaques. Les hôpitaux de la région ont été frappés par des bombes au cours de 26 incidents distincts en seulement trois mois. La pression subie par le personnel médical et le manque de lits  contribue également à ce que les patients passent moins de temps à l'hôpital qu'ils n'en ont besoin, et les conséquences sont parfois tragiques. «Les bébés prématurés peuvent avoir besoin d'un long séjour en salle de soins intensifs avant qu'ils puissent en sortir, mais comme le temps n'est pas disponible, nous perdons beaucoup d'entre eux», dit Ryad Najjar.

Les stocks de médicaments sont épuisés

Le siège impose un rationnement des médicaments et dans certains cas les stocks sont épuisés. «Ici, dans la salle de soins néonatals, et aussi dans celles d'urgence, de nombreux enfants meurent parce que nous n’avons pas les médicaments dont ils ont besoin», explique Aya.

Entre-temps, les enfants souffrant de problèmes médicaux moins urgents sont négligés. Des centaines de personnes ont été blessées par les frappes aériennes au cours des dernières semaines, les soins pédiatriques généraux ne sont tout simplement pas une priorité, explique un membre du personnel médical d’un hôpital soutenu par MSF.

Après tant d'années de guerre, le suivi des vaccinations est irrégulier et les systèmes immunitaires des enfants sont faibles, ce qui augmente le risque d'épidémies de maladies facilement évitables comme la rougeole, la méningite et la poliomyélite. Des cas suspect de ces trois maladies ont été décelés à Alep-est, mais on ne peut pas les confirmer car les échantillons ne peuvent plus être envoyés aux laboratoires qui sont en dehors de la ville.

Une pénurie alimentaire

Actuellement, il y a aussi une pénurie de nombreux aliments, y compris la viande, les produits laitiers, les fruits et légumes frais, et le lait pour bébés.

«On manque de nourriture pour les enfants, y compris le lait infantile», raconte Al Motassem. «Certaines mères ne sont pas en mesure d'allaiter, d'autres enfants ont perdu leur mère. On ne peut pas trouver de lait, alors à la maison, les bébés reçoivent souvent une alimentation inadaptée. Cela entraîne une malnutrition aiguë et les parents ne savent pas pourquoi.» Les enfants malnutris sont plus vulnérables à d'autres maladies, ce qui augmente les risques de devenir malade.

La vie des enfants prise au piège à l'Alep-Est devient plus risquée chaque jour.

MSF soutient huit hôpitaux à Alep-Est, seulement sept fonctionnent actuellement. Nous avons six établissements médicaux à travers le nord de la Syrie et soutenons plus de 150 hôpitaux et centres de santé à travers le pays, dont beaucoup dans les zones assiégées. Malgré tous nos efforts, il existe de nombreux endroits - y compris Alep-Ouest - où nous n’avons pas l’autorisation de travailler, mais nous continuons à faire notre possible pour fournir une aide humanitaire et médicale dans ces régions.

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