10.10.2013 - Irak

Une crise invisible: les besoins psychologiques des réfugiés syriens en Irak sont alarmants

A l’occasion de la Journée mondiale de la Santé mentale, ce jeudi 10 octobre, MSF révèle une augmentation constante des besoins en soins psychiques parmi les réfugiés syriens en Irak et ce, alors que la situation en Syrie ne cesse d’empirer.
Dessin d’enfant, Domiz, Irak, 03.10.2013
MSF propose des consultations avec l’enfant et un des membres de la famille et les encourage à s’exprimer à travers des dessins et des jeux.

Dans le camp de réfugiés de Domiz, dans le nord de l’Irak, les psychologues et psychothérapeutes de Médecins Sans Frontières (MSF) observent chez leurs patients des symptômes plus aigus qu’il y a un an au début de ce programme.

En 2012, environ 7% des patients suivis dans le camp de Domiz présentaient des troubles psychiques sévères. En 2013, ce nombre a plus que doublé, atteignant les 15%.

“La situation psychologique des personnes vivant dans le camp de Domiz représente en soi une urgence ”, explique Ana Maria Tijerino, référente en soins psychiques chez  MSF. “Nos équipes observent des réactions et des symptômes de plus en plus complexes parmi les réfugiés. Des troubles comme la schizophrénie et la dépression sévère sont de plus en plus courants et nous recevons davantage de patients présentant des tendances suicidaires.”

Besoins psychologiques aigus

MSF a débuté son intervention à Domiz en mai 2012 intégrant dès le commencement les soins psychiques à ses activités médicales. Depuis juillet 2012, une équipe de psychologues et de psychothérapeutes  propose des consultations individuelles, familiales ou de groupe. L’équipe travaille en collaboration avec le personnel médical qui détecte les patients requérant un soutien psychique et les réfère pour être pris en charge. Des agents de santé communautaires interviennent également dans le camp pour informer les réfugiés de l’existence de cette offre de soins. Depuis le début du programme, MSF a mené plus de 2620 consultations psychologiques.

Selon Ana Maria Tijerino, “le besoin en matière de soins psychiques sont immenses et doivent être considérés comme un élément essentiel de l’offre de soins. Les nouveaux arrivants sont exposés à de multiples traumatismes: ils peuvent avoir été témoins de scènes de violence ou directement menacés, ils ont souvent perdu leur maison ou des membres de leur famille. Parallèlement, les personnes vivant dans le camp depuis plus d’un an sont dans un immense désarroi. Personne ne sait de quoi demain sera fait, ni quand le conflit se terminera. Cette incertitude a un énorme impact sur leur équilibre psychique. Cette situation est désespérée.”

Traiter des patients atteints de troubles psychiques sévères

MSF a adapté son approche avec un nombre croissant de patients atteints de troubles psychiques sévères tels que la schizophrénie ou la dépression. Certains patients viennent eux-mêmes à la clinique de MSF mais les préjugés restent un obstacle majeur lorsqu’il s’agit de demander de l’aide. Pour ces patients, les psychologues de MSF proposent donc des consultations à domicile.

Actuellement, en cas de nécessité, MSF réfère ces patients vers les hôpitaux voisins.  MSF travaille également avec le ministère de la Santé pour inclure les soins psychiatriques dans la clinique afin d’éviter de référer les patients à l’extérieur du camp et garantir ainsi un meilleur traitement et suivi.

Guérir les blessures des enfants

La guerre et ses conséquences ont un impact considérable sur la santé mentale des enfants. A Domiz, les enfants et les adolescents représentent 50% des nouveaux patients de MSF. Chaque semaine, une vingtaine d’enfants et adolescents sont admis dans le programme.

L’un des symptômes le plus courants parmi eux, est l’énurésie, une réaction à l’angoisse et au sentiment de peur intense. Les comportements agressifs,  ou l’isolation par rapport à la famille ou aux amis sont d’autres symptômes fréquemment observés.  MSF leur propose des consultations avec un membre de leur famille et les encourage à s’exprimer à travers des dessins et des jeux.  Le but est de rétablir un cadre sûr et d’accroître la capacité de l’enfant et de sa famille à  faire face.

Les hommes célibataires - un autre groupe vulnérable

A Domiz, une partie du camp est dédiée aux hommes arrivés seuls, sans famille ni épouses. Ces réfugiés sont particulièrement vulnérables car ils vivent à cinq ou six par tente et sans soutien. Par ailleurs ces hommes sont particulièrement sensibles aux préjugés qui les empêchent de rechercher un soutien psychologique. Un psychothérapeute masculin de MSF se rend régulièrement dans cette partie du camp pour organiser des consultations sur place.

“Chacun a une histoire ici,” explique Nihad, le psychothérapeute de MSF. “Certains ont déserté l’armée, d’autres ont fui Damas après avoir connu la guerre. Ils disent toujours qu’ils sont négligés ici à Domiz, que personne ne prend soin d’eux. Lorsque je leur parle, j’entends leurs émotions, je vois leur tristesse, qui se manifeste par de l’anxiété, ou de l’irritabilité. Nous observons aussi des cas de syndrome post-traumatique. Ces hommes ont directement subi la guerre et ont vu des gens tués sous leurs yeux.

Les histoires sont nombreuses, mais celle d’un cas sévère d’auto mutilation m’a particulièrement marqué. Cela arrive lorsque la personne se sent désespérée et veut retrouver un sentiment de contrôle. Cet homme se tailladait le corps entier et avait des blessures graves partout. Il était si frustré et si furieux qu’il pensait que c’était  l’unique solution. Il avait dû abandonner son commerce en Syrie, ne pouvait trouver du travail ici et sa famille lui manquait. Il vit dans un isolement total et affirme que voir du sang le soulage.”

Retrouver force et contrôle

A travers son programme à Domiz, MSF souhaite aider la population réfugiée à retrouver un sentiment de contrôle sur le plan émotionnel. “Nous cherchons à les aider à retrouver leur force,” explique Henrike Zellmann, la psychologue en charge du programme. “Nous travaillons à renforcer les mécanismes de survie en leur donnant l’opportunité de parler librement, en toute confidentialité. Ceci prend du temps et tout ne se résout pas en une consultation. Nous n’avons pas la capacité de faire évoluer les choses. Mais nos psychologues peuvent aider les gens à donner un sens à ce qu’ils ont traversé et mieux maitriser les symptômes insurmontables qu’ils expérimentent.”

Depuis mai 2012, MSF travaille dans le camp de Domiz, dans le gouvernorat de Dohuk, qui accueille plus de 42 000 réfugiés syriens. Chaque semaine, nos équipes offrent près de 2 500 consultations.

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