30.04.2009 - Myanmar

Un an après Nargis - Les maisons sont reconstruites mais le traumatisme psychologique sera plus long à guérir

Le 2 mai de l’année dernière, le cyclone Nargis a tout détruit sur son passage dans le sud de la Birmanie. Il a laissé derrière lui 140 000 morts et disparus et occasionné des dommages gigantesques. Pour aider les survivants à surmonter leurs peines et leurs souffrances, les équipes MSF ont fourni un soutien psychologique aux populations du delta de l’Irrawaddy au cours des dix derniers mois.
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Un an après que le cyclone a causé des dommages massifs dans le delta de l’Irrawady, les travaux de reconstruction sont en cours grâce aux efforts de nombreux organismes nationaux et internationaux. Après la première phase d’urgence, l’accent est maintenant mis sur la reconstruction des habitations et la restauration des moyens d’existence, notamment l’agriculture et la pêche. Il faudra encore de nombreuses années avant que la situation revienne à la normale dans les zones principalement rurales qui composent l’extrémité méridionale de la Birmanie.

Il n’y a plus de cadavres qui flottent dans les nombreux cours d’eau qui se déversent en aval dans la mer d’Andaman mais les souvenirs de l’événement terrifiant qui a coûté la vie à 140 000 personnes le 2 mai de l’an dernier hantent toujours les deux millions de survivants et qui ont perdu des êtres chers. Pour soulager cette souffrance invisible, Médecins Sans Frontières a fourni un soutien psychologique aux populations du delta pendant les 10 derniers mois.

Les équipes MSF sont intervenues dans les 48 heures après que le cyclone Nargis a frappé la Birmanie, avec des douzaines de travailleurs humanitaires envoyés dans le delta, distribuant des tonnes de matériel d’assistance et fournissant des traitements médicaux. Au cours des semaines suivantes, trois experts en santé mentale de MSF ont été envoyés sur la zone de la catastrophe pour évaluer la situation. Ils ont rapporté que la population fonctionnait « en pilote automatique » pour assurer ses besoins de base et ont noté des réactions caractéristiques comme des troubles du sommeil, des cauchemars et de l’anxiété, notamment en ce qui concerne leurs moyens d’existence futurs. De nombreuses personnes ont non seulement été traumatisées par l’événement mais souffrent également de la perte de leurs proches.

Consultations en groupe et individuelles

D’août 2008 à mars 2009, les conseillers MSF ont fourni des consultations en groupe à 56 000 victimes de Nargis. Cette technique aide à renforcer les capacités naturelles à surmonter un événement traumatisant. Les conseillers ont également organisé plus de 3100 séances individuelles avec des personnes qui présentaient des symptômes traumatiques sévères ou qui ont demandé à partager leurs pensées et leurs sentiments avec quelqu’un.

MSF a également commencé un programme de formation d’intervention psychosociale et de santé mentale pour les conseillers locaux. Treize d’entre eux ont été formés en juillet et août 2008 et ont bientôt pu commencer leur travail dans l’une des zones les plus touchées du delta, près de la ville de Setsan.

Pendant ce temps, des spécialistes MSF internationaux de la santé mentale ont également formé du personnel médical aux conséquences psychologiques d’une expérience traumatique, à la détection de la souffrance psychologique et à la gestion de base des cas.

« La principale difficulté était que nous venions travailler dans un pays où la santé mentale est un nouveau concept et il a fallu beaucoup de sensibilité et d’attention pour expliquer et clarifier ce que nous faisions véritablement. Un facteur majeur de notre formation à la psychologie et de notre approche générale de la santé mentale a été d’intégrer les ressources existantes (communauté et soutiens religieux) dans notre travail auprès des bénéficiaires », déclare le Dr Sylvia Wamser, psychothérapeute et psychologue clinicien MSF qui a lancé et géré le projet de santé mentale à Setsan.

Réactions potentielles à l’anniversaire

Fin 2008, les conseillers MSF ont remarqué que les principaux symptômes présents étaient le passage de réactions de stress post-traumatique à des symptômes d’anxiété. Cela peut être lié à l’inquiétude générale quant à la possibilité de futurs cyclones. Au fur et à mesure que l’anniversaire de la catastrophe approchait, il y a eu un besoin manifeste de traiter ce problème et d’expliquer à la population qu’il pourrait y avoir une résurgence des anciens symptômes qu’ils ont ressentis après Nargis. « Cela est typique pour les victimes d’événements traumatiques qui n’ont pas complètement résolu leur expérience traumatique et qui sont par conséquent retraumatisées par des facteurs de stress isolés », explique le Dr Sylvia Wamser. Les équipes MSF ont récemment distribué des milliers de feuillets imprimés sur la préparation aux catastrophes et les réactions anniversaires potentielles et ont discuté de ces problèmes lors de séances d’éducation psychologique de groupe.

« La santé mentale doit faire partie intégrante d’une intervention d’urgence et sa prise en charge doit commencer dans les premières phases d’une intervention pour catastrophe naturelle. Nous espérons que les gens sont maintenant mieux capables de comprendre leurs réactions et d’y faire face ainsi que de puiser dans leurs ressources, conclut Jean-Sébastien Matte, responsable du programme MSF pour la Birmanie. »

 

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