10.07.2015 - Tanzanie

Tanzanie: le camp de réfugiés de Nyarugusu dépassé

Le camp de Nyarugusu, qui existe depuis 19 ans et dans lequel vivaient déjà quelque 64 000 réfugiés congolais, a aujourd’hui dépassé sa limite. Depuis le dernier afflux de réfugiés burundais, le camp abrite une population de plus de 122 000 personnes et ce nombre ne cesse d’augmenter.
Tanzanie, 07.07.2015
La population du camp de Nyarugusu a pour ainsi dire doublé en l’espace de deux mois seulement.
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Rachel Marsden revient tout juste du camp de réfugiés de Nyarugusu en Tanzanie, où elle occupait les fonctions de coordinatrice d’urgence pour Médecins Sans Frontières (MSF). L’organisation a débuté ses activités à la mi-mai en réponse à l’afflux massif de milliers de réfugiés fuyant les troubles politiques au Burundi.

«Lors des dernières deux semaines, le nombre de personnes en provenance de la frontière burundaise a quasiment triplé. Auparavant 2 000 personnes arrivaient en Tanzanie chaque semaine. Avec les élections qui approchent au Burundi et les troubles qui se poursuivent, ce chiffre a atteint les 7 000 personnes par semaine. Ce chiffre ne peut qu’augmenter».

Des abris surpeuplés et pas assez de tentes

«La population du camp de Nyarugusu a pour ainsi dire doublé en l’espace de deux mois seulement. Si, jusque-là, les services offerts à la population étaient appropriés, ceux-ci sont désormais insuffisants au vu de la situation. Les abris ne sont pas fournis assez rapidement afin que chaque nouvel arrivant puisse en bénéficier.

Les nouveaux arrivants sont rassemblés dans des zones de transit où ils sont placés dans de grands abris de 200 à 400 personnes en attendant d’obtenir une tente pour leur famille.

Les réfugiés arrivent à un rythme de plus en plus soutenu et l’espace commence à manquer. Certaines personnes vivent dans ces conditions depuis cinq ou six semaines! Les gens sont les uns sur les autres: certains abris sont tellement surpeuplés que leurs habitants ne disposent que d’un demi-mètre carré pour vivre. Dans ces conditions, le risque de maladies transmissibles est évidemment très élevé.»

Un manque d’eau et de latrines

«Il n’y a actuellement pas assez d’eau pour toutes les personnes vivant dans le camp actuellement. Avant le dernier afflux, chaque personne recevait environ 23 litres d’eau par jour, ce qui correspond largement aux standards. D’après nos informations, la moyenne n’est aujourd’hui plus que de 11 litres. Ce chiffre n’est pas une moyenne et il y a des zones dans lesquelles les personnes ne reçoivent que quatre à cinq litre d’eau, ce qui est clairement insuffisant pour boire, cuisiner et se laver.

Le nombre de latrines est lui aussi insuffisant, il faut en construire d’avantage et améliorer les conditions sanitaire afin de réduire le risque de maladies et leur propagation.

En ce qui concerne la situation sanitaire générale, elle n’est pas catastrophique lorsque les réfugiés arrivent. Leur séjours dans le camp durent normalement deux ou trois jours. Bien que leur état soit relativement satisfaisant, ils se retrouvent dans un endroit où les conditions sont extrêmement précaires. Ils n’ont pas un accès suffisant à l’eau potable et les conditions sanitaires sont mauvaises. Dans une telle situation, ils sont soumis à un risque grandissant de maladie transmissible tel que diarrhées et d’infections respiratoires.»

Choléra, malnutrition et réserves d’eau: MSF est présent sur tous les fronts

«Nous avons débuté nos activités dans ce camp peu après le premier afflux de réfugiés burundais à la mi-mai au milieu d’une importante épidémie de choléra. MSF a répondu rapidement à la situation et mis en place des centres de traitement dans le camp de Nyarugusu et dans le camp de transit de Kagunga, situé à cinq heures de route. À Nyarugusu, nous avons également lancé une campagne de vaccination orale préventive, au cours de laquelle 107 000 réfugiés congolais et burundais ont été vaccinés contre le choléra. La situation est désormais sous contrôle et les centres de traitement sont presque déserts.

Nous avons également profité de cette campagne de vaccination pour tenter de détecter les signes de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans. Sur les plus de 16 600 enfants examinés, 800 souffraient de malnutrition modérée. Bien que cela reste en dessous des niveaux d’urgence, ces enfants doivent être pris en charge immédiatement, sans quoi leur état pourrait s’aggraver d’ici à trois ou quatre semaines.

Puisque de nouveaux réfugiés sont attendus dans les semaines à venir, MSF a intensifié ses activités en vue de renforcer la prestation de soins de santé et de services d’assainissement dans le camp. Nos équipes ont commencé à distribuer de l’eau et à construire des latrines supplémentaires. Nous avons installé des cliniques mobiles à un des points d’entrée du camp. Nous prévoyons aussi de donner des soins nutritionnels intensifs pour les enfants sévèrement malnutris dans le principal hôpital du camp, ce qui nous permettra en même temps de former le personnel. Nous allons également établir des centres de nutrition ambulatoires un peu partout dans le camp.

Durant les six semaines de mon séjour au camp de Nyarugusu, j’ai vu une situation stable se dégrader. Maintenant que nos services sont débordés alors qu’ils essayaient de répondre quotidiennement à l’accroissement de l’afflux des réfugiés, la situation de cette population vulnérable est encore plus précaire. Un accès réduit à l’eau, aux abris, au système sanitaire et à celui des soins exposent la population aux maladies transmissible. Il faut agir maintenant, avant que cette situation ne se détériore encore d’avantage.»

Selon le UNHCR, il y a actuellement 66 000 réfugiés burundais en Tanzanie dont une majorité situés au camp de Nyarugusu. 64 000 réfugiés de la République démocratique du Congo résident aussi dans ce camp.

Au Burundi, MSF soutient trois postes de soins proches des démonstrations à Bujumbura et a facilité l’accès aux soins hospitaliers ou traité plus de 200 blessés. En collaboration avec la Croix Rouge locale, l’équipe MSF a mis sur pied un service d’ambulance disponible pour les cas graves. MSF continue d’étendre sa capacité à soigner les blessés.

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