07.05.2015 - Sierra Leone

Survivre à Ebola et dessiner son histoire

Après être sorti guéri du centre Ebola de MSF à Freetown, Umaru a rencontré Félix. Le dessinateur Suisse voit ses croquis et l’encourage à dessiner ce qu’il a vécu. Pour Umaru, c’est un nouveau départ.
Sierra Leone, 08.04.2015
«J’ai fait quelques croquis pour montrer comment je suis tombé malade, comment les médecins m’ont soigné et surtout combien j’étais heureux de sortir.»
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Ebola: L'art de survivre
Ebola: L'art de survivre
07.05.2015
04:17

«Mon frère est tombé malade il y a quelques semaines. Il vomissait souvent et en l’aidant, j’ai reçu du vomi sur moi. Je pense que c’est là que j’ai attrapé le virus. Quelques jours plus tard, j’ai eu mal au dos, puis à la tête. J’ai eu de la fièvre et j’ai commencé à vomir à mon tour. Tout le monde a pris peur. Je ne pouvais pas rester à la maison. J’ai donc décidé de venir au centre Ebola de MSF. Ils ont prélevé un échantillon de mon sang et m’ont confirmé que je souffrais du virus Ebola. Mon sommeil était agité et je faisais des cauchemars, parce que j’étais convaincu que personne ne réchappait d’Ebola. À ce moment-là, les rumeurs disaient qu’on injectait un poison mortel aux malades dans les centres. Ma voisine de lit, qui était enceinte, a perdu son bébé de sept mois. Je paniquais.

Mais les infirmières et les médecins m’ont redonné courage. Ils m’ont rassuré et ont tout fait pour que je garde espoir. Le lendemain, ma voisine était autorisée à sortir du centre. 15 jours après, c’était mon tour. Quand MSF m’a remis le certificat attestant que j’étais un survivant d’Ebola, j’étais fou de joie. Mais j’ai vite compris que revenir à la vie normale serait compliqué.

J’étais encore très fatigué après ma sortie du centre, et je vomissais souvent. Les médecins de MSF m’ont donné des cachets pour calmer la diarrhée, les vomissements et les maux de ventre. Aujourd’hui, ces symptômes ont disparu. J’ai eu beaucoup de chance d’échapper aux infections de la peau ou des yeux qui gênent beaucoup de survivants. Avant Ebola, je pesais 52 kg, maintenant j’en pèse 60. Je suis de plus en plus fort… ou même de plus en plus gros !

Mon autre souci était d’effrayer les gens, ils auraient pu penser que je suis encore contagieux, mais j’ai été plutôt bien accueilli. On me considère comme un héros qui a vaincu le virus. Mes amis sont de vrais amis, car ils m’ont rendu visite au centre de soins et ensuite chez moi, quand je suis sorti. Mon propriétaire aussi était très content que j’aie survécu. D’habitude, les malades d’Ebola sont expulsés de leur domicile. Nous avons eu beaucoup de chance.

La plupart des membres de ma famille étaient très heureux de me revoir. Ils m’ont encouragé à manger, parce que c’est le seul moyen de reprendre des forces. Je regrette juste que mon oncle ait interdit à mon cousin de me rendre visite, alors que j’étais complètement guéri. Mon frère aîné m’a aussi abandonné parce qu’il a peur. Il ne vient jamais, alors qu’on ne pouvait pas se passer l’un de l’autre. Non seulement cela m’inquiète, mais ça me met en colère.

Après ma sortie du centre de soins Ebola, j’ai rencontré Félix. Il est Suisse et dessine des bandes dessinées, ici avec MSF. Il m’a encouragé à dessiner mon histoire. J’ai fait quelques croquis pour montrer comment je suis tombé malade, comment les médecins m’ont soigné au centre de soins et surtout combien j’étais heureux de sortir.

Tous les mardis, depuis ma sortie du centre de soins, je rends visite à l’équipe MSF. Je préfère venir ici plutôt que de rester chez moi. À la maison avec pas grand-chose à faire, je tourne en rond, ça me stresse. Il faudrait que je termine mes études, mais toutes les écoles sont fermées à cause d’Ebola. Ici, avec l’équipe, j’ai trouvé une façon d’aider les autres à lutter contre cette maladie.

MSF a publié mes dessins dans une brochure destinée aux survivants d’Ebola. Elle montre les choses à faire pour rester en bonne santé, comme de pratiquer un sport ou passer du temps avec ses amis et sa famille. Elle montre aussi les choses à ne pas faire, comme boire de l’alcool ou fumer. Dessiner m’a beaucoup apaisé. Cela me donne un but, de quoi m’occuper.

Maintenant que j’ai survécu, je veux continuer à dessiner. J’aimerais aussi poursuivre ma carrière d’acteur, car j’ai déjà tourné dans quatre films. Mon réalisateur se réjouit de ma guérison.»

Umaru a 20 ans. Il est sorti guéri du centre Prince of Wales, géré par MSF à Freetown en juin. Depuis sa sortie, il rend visite à l’équipe de la clinique des survivants MSF toutes les semaines. Trois autres membres de sa famille ont été touchés par le virus Ebola et sont désormais guéris, comme lui.

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