20.04.2011 - Soudan

Soudan : «Le kala azar est une maladie étrange»

Depuis janvier 2010, MSF gère un centre de traitement contre le kala azar dans l’Etat du Gedaref, dans l’est du Soudan. Rencontre avec le médecin responsable du projet.
Roghaya et sa fille de sept ans ont voyagé toute la nuit depuis le village de Shashola. Elles attendent devant la salle d’examen depuis sept heures du matin.
Roghaya et sa fille de sept ans ont voyagé toute la nuit depuis le village de Shashola. Elles attendent devant la salle d’examen depuis sept heures du matin.
© Mohamed Nur Eldin
Mustafa Adam, assistant laborantin, examine les ganglions lymphatiques d’un patient. Il recherche les parasites transmis par la piqure du moucheron.
Mustafa Adam, assistant laborantin, examine les ganglions lymphatiques d’un patient. Il recherche les parasites transmis par la piqure du moucheron.
© Mohamed Nur Eldin
Abdelrazig, âgée de 15 mois, est tenue par sa mère pendant que les infirmiers de MSF cherchent une veine dans son bras pour lui injecter l’amphotéricine B liposomale, le medicament de seconde ligne contre le kala azar.
Abdelrazig, âgée de 15 mois, est tenue par sa mère pendant que les infirmiers de MSF cherchent une veine dans son bras pour lui injecter l’amphot&eacu...
© Mohamed Nur Eldin
En utilisant un test de diagnostic rapide, connu sous le nom de rk39, les résultats sont connus en 20 à 25 minutes. Adoptés par tous les centres de traitement de MSF, ces tests ne sont pas assez utilisés dans la lutte contre le kala azar.
En utilisant un test de diagnostic rapide, connu sous le nom de rk39, les résultats sont connus en 20 à 25 minutes. Adoptés par tous les centres de t...
© Mohamed Nur Eldin
Dr Dagemlidet Worku, 01.12.2008
Dr Dagemlidet Worku, 01.12.2008
© Susan Sandars/MSF
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Le Dr Dagemlidet Worku connaît bien le kala-azar, maladie négligée par les laboratoires pharmaceutiques et qui touche chaque année un demi-million de personnes principalement en Asie et en Afrique. Ce médecin éthiopien a soigné des patients ougandais puis kenyans. En janvier 2010, il était responsable de l’ouverture d’un centre de traitement dans l’Etat du Gedaref, 500 kilomètres à l’est de la capitale Khartoum. Gedaref est traditionnellement l’une des régions les plus touchées par le kala azar, même si le Sud-Soudan est actuellement confrontée à une épidémie sans-précédent. Rencontre avec le Dr Dagemlidet Worku, de retour de sa mission au Gedaref.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé quand vous êtes arrivé dans l’est du Soudan?

Dagemlidet Worku: Au Kenya, j’avais l’habitude de gérer 60 ou 70 cas par mois. Au Gedaref, quand nous avons commencé à travailler dans le centre de traitement du kala azar de Tabarak Allah, nous recevions jusqu’à 150 patients par jour pendant le mois de janvier. Aujourd’hui, nous avons en moyenne 100 patients par mois. Certains faisaient jusqu’à 130 kilomètres pour venir se faire soigner. Il n’y avait pas assez de place dans le bâtiment et nous avons été obligés de traiter les gens sous un arbre. Les malades ont ensuite été installés sous des abris, puis nous avons construit un nouveau pavillon. J’ai été très surpris par cet afflux, mes collègues soudanais un peu moins.

Gedaref est en effet l’une des régions du Soudan les plus touchées par le kala azar. Dans certains villages, tous les habitants sont infectés. 85% des cas enregistrés au Nord-Soudan viennent de cet Etat.

Comment expliquez-vous que cette région soit autant affectée?

Le climat et la topographie du Gedaref sont particulièrement propices aux moucherons (les phlébotomes) qui transmettent le kala azar. Ces insectes trouvent refuge dans les craquellements qui se forment dans le sol après la saison des pluies ainsi que dans les troncs des arbres.

Le Gedaref est aussi l’endroit où l’évolution de la maladie est la plus surveillée. Je suis sûr que, s’il y avait la même attention dans le reste du Soudan, la part des cas enregistrés au Gedaref diminuerait. Comme il existe dix centres de santé habitués à traiter le kala azar, les patients viennent d’autres Etat se faire soigner.

Malgré ces efforts, la maladie ne recule pas.

Il faudrait beaucoup plus de moyens financiers. Le Gedaref est devenu une région importante pour étudier le kala azar mais les recherches ne sont pas assez focalisées sur l’amélioration des diagnostics et des traitements. Le SGS, le médicament de première ligne contre le kala azar, a été développé dans les années 1930. Autre exemple: le centre de traitement géré par MSF est le seul à utiliser un test de dépistage rapide. Cet examen est très simple d’utilisation puisqu’il suffit de prélever une goutte de sang sur le doigt du patient.

Le kala azar est une maladie étrange. Certains symptômes sont différents selon qu’on se trouve au Kenya ou au Soudan. Les tests de dépistage et les traitements sont plus ou moins efficaces selon les pays. Par exemple, en Inde, les patients n’ont besoin que d’une session d’intraveineuse liposomale d’amphothéricine B, le médicament de seconde ligne, pour être guéris. En Afrique, les doses simples ne marchent pas. En l’absence de recherche opérationnelle, toutes ces différences demeurent mystérieuses.

Pourquoi les enfants sont-ils davantage touchés par le kala azar?

Parce qu’ils sont moins immunisés pour combattre l’infection. Toutes les personnes en contact avec le kala azar ne développent pas la maladie. De plus, les patients déjà traités sont immunisés. Ce n’est pas un hasard si les malades du VIH/sida sont plus vulnérables, car leur système immunitaire est déjà affaibli.

Comment éradiquer cette maladie?

En tant qu’organisation médicale, MSF s’efforce de traiter un maximum de malades. En 2010, nous avons dépisté près de 7000 personnes et traité près de 1200 cas. Le taux de guérison a atteint 96% et les personnes guéries sont ensuite immunisées. C’est la meilleure façon de réduire le réservoir d’infection.

Pour éradiquer le kala azar, il faudrait améliorer les conditions de vie. Au Soudan, comme ailleurs, le kala azar frappe les plus pauvres. Il s’attaque aux organismes affaiblis par la malnutrition. Comme les murs de boue séchée des maisons sont un refuge idéal pour les moucherons porteurs du kala azar, poser un plastic à l’intérieur serait une mesure simple mais les communautés concernées n’en ont souvent même pas les moyens. En revanche, il existe des doutes sur l’efficacité des distributions de moustiquaires n’était pas très efficace pour prévenir le kala azar. Comme pour toutes les maladies parasitiques, MSF encourage simplement les gens à se couvrir la peau pour se protéger.

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