04.12.2017 - Liban

Sarah: «La mort de ma fille m'empêche de surmonter les difficultés».

Depuis le début du conflit en Syrie, Sarah* a dû faire face à de nombreuses pertes, notamment le décès de son mari et de sa fille aînée. L'aide psychologique disponible à la clinique Médecins Sans Frontières (MSF) de Baalbeck l'aide à surmonter ces épreuves.
Liban, novembre 2017
Sarah, une femme de 24 ans et mère de cinq enfants, a trouvé refuge au Liban début 2017 après la mort de son mari au sud d'Alep.

Sarah, une femme de 24 ans et mère de cinq enfants, a trouvé refuge au Liban début 2017 après la mort de son mari au sud d'Alep. Ce décès a été un tournant décisif dans la vie de Sarah. En perdant son mari, elle a aussi perdu tout sentiment de sécurité. Sans source de revenus pour sa famille, elle a été obligée de rejoindre le Liban pour vivre avec la famille de son mari.

Sarah a dû abandonner son pays et sa maison pour en partager une  avec d'autres familles dans un pays étranger. «Mes enfants avaient leur propre chambre. Maintenant, ils dorment dans n'importe quelle chambre, celle où ils trouvent de la place parmi les autres membres de la famille. Ils partagent une maison avec 30 personnes, et vivent sur un seul salaire. Mon mari me fournissait tout ce dont j'avais besoin. J'avais une vie décente. Lorsqu'il est décédé, j'ai senti que ma vie, mon avenir et l'avenir de mes enfants étaient fichus; mes enfants sont devenus orphelins», ajoute-t-elle.

«J'ai appelée Shahd mais elle n'a pas répondu.»

Vivre en réfugiée n'est pas facile; mais, la perte de Shahd, la fille aînée de Sarah, n'a fait qu'empirer la situation. Elle a perdu la vie dans un accident électrique en septembre 2017, neuf mois après l'arrivée de sa famille au Liban.

C'est sans doute l'événement le plus tragique de la vie de Sarah. Après tout ce qu'elle a enduré, la mort accidentelle de Shahd n'a pas aidé Sarah à surmonter les difficultés. Elle a plongé dans la dépression.

«J'étais sur le toit en train de pendre le linge et Shahd m'avait suivie. Soudain, j'ai entendu crier. Elle m'a appelé : « Maman, maman ». Lorsque je suis arrivée, elle était allongée sur le sol avec un câble électrique dans la main. Peut-être a-t-elle attrapé ce câble parce qu'elle était en train de tomber. Je l'ai appelée, mais elle n'a pas répondu. J'ai à nouveau crié de toutes mes forces. Les voisins ont entendu mes cris. Mais pas Shahd.»

Depuis ce jour-là, Sarah est rongée par la culpabilité et le sentiment d’impuissance de ne pas avoir pu protéger sa fille. Elle n'a pas pu remonter sur ce toit depuis. Sarah explique : «Je déteste ce bâtiment. Chaque fois que je le vois, il me rappelle la mort de ma fille.» Plusieurs mois se sont écoulés depuis le décès de Shahd et Sarah ne peut s'empêcher de s'en vouloir.

Sarah a gardé plusieurs souvenirs de sa fille: sa brosse à cheveux, ses vêtements et même son jouet préféré. Elle les regarde lorsque ses autres enfants sont endormis et son cœur se remplit de peine. Sa fille était son amie la plus proche. Ensemble, elles s’étaient soutenues et avaient partagé leur peine lorsque le père de Shahd était décédé.

Sarah s'est longtemps sentie triste et désespérée. Son état psychologique a commencé à affecter son quotidien et son sens des responsabilités envers ses enfants. Mais elle n'était pas la seule à souffrir dans la famille.

La santé mentale de son fils cadet a aussi empiré après le décès de sa sœur, elle qui prenait toujours bien soin de lui. Il a arrêté de manger et a commencé à avoir des insomnies et à pleurer sans cesse.

Sarah se confie: «J'étais incapable de l'aider. Je suis donc allée à la clinique Médecins Sans Frontières de Baalbeck, toute proche, pour y trouver une aide psychologique».

«Depuis que je suis arrivée au Liban, j'évite de quitter la maison pour ne pas entendre les paroles blessantes des gens. Mais je m'assure toujours de participer à mes séances de psychothérapie et à celles de mon fils. Ma vie se limite désormais aux tâches ménagères, à m'occuper de mes enfants et aux visites à la clinique de Médecins Sans Frontières.»

«L'aide psychologique était la seule solution à mes problèmes.»

Le travail de Najwa, psychothérapeute à la clinique MSF de Baalbeck, n'a pas été facile; non seulement la mère, mais aussi son fils avaient besoin d'une aide psychologique. Et la santé mentale de l'un a un impact sur celle de l'autre.

Sarah avoue: «Lorsque je rencontre Najwa, j'ai ressens une forme de soulagement. Je lui parle de mes problèmes et de mes souffrances, et Najwa m'aide à trouver des solutions. Elle e montre le bon coté des choses, les moments positifs de ma vie. Elle a confirmé ce que je pensais: j’ai un  rôle important et mes enfants ont besoin de moi. Pour mon fils, Najwa était une étrangère; il a eu du mal à lui faire confiance.»

Après plusieurs visites, Najwa est parvenue à briser la glace. Grâce à son aide, son comportement s'est nettement amélioré. Najwa a découvert son talent de dessinateur, qui l'a aidé à exprimer ses sentiments. Selon Sarah, il est devenu plus calme.

Sarah n'a ni oublié sa fille, ni son mari ni sa maison à Alep. Et sa réalité n'a pas changé. Elle manque toujours de choses basiques pour elle et ses enfants. Mais le soutien psychologique l'a aidée à retrouver sa force et à mieux assumer son rôle de mère. «Shahd nous a quittés, mais ses frères et sœurs sont ici. Je suis responsable d'eux et je dois m'occuper d'eux», dit Sarah.

Le seul espoir pour Sarah, à l'instar de nombreuses personnes réfugiées syriennes, est de retrouver la sécurité en Syrie. Peut-être pourra-t-elle alors retourner à Alep et mener une vie ordinaire. Les enfants retourneront à l'école et retrouveront le bonheur de leur enfance.

*Sarah n'est pas son vrai prénom

Partager
Newsletter
S'abonner à la newsletter
Rester informé

S'abonner