17.04.2014 - Syrie

Réfugiés syriens: traiter les maladies chroniques, une priorité pour MSF

Les maladies dites «chroniques non transmissibles» rassemblent les maladies cardiovasculaires, l’hypertension, le diabète, l’asthme et les cancers.
Liban, 26.08.2013
«Près de 90 pour cent de nos patients arrivent avec d’anciens diagnostics de maladies chroniques, les plus fréquentes étant l’hypertension et le diabète »,
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Soigner les réfugiés syriens atteints de maladies chroniques
Soigner les réfugiés syriens atteints de maladies chroniques
17.04.2014
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Le plus souvent incurables, leur évolution est progressive. Elles sont généralement asymptomatiques, jusqu’à ce qu’apparaissent les complications: crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, insuffisance rénale, début de cécité, etc. De plus en plus fréquentes dans le monde, en particulier dans les centres urbains et périurbains, ces maladies ont des facteurs de risque communs: sédentarité, mauvaise alimentation, consommation de tabac. Prévenir leurs complications est possible à travers une prise en charge adéquate, à temps, et continue.

«Que voulez-vous que je mange alors que je fuis un pays en guerre? » dit Leïla, une syrienne de 62 ans souffrant de diabète et réfugiée dans la Bekaa, dans l’est du Liban. «Le médecin me dit de manger des légumes, mais je mange ce qu’on me donne, je n’ai pas d’autre solution.» 

Depuis avril 2012, Médecins Sans Frontières (MSF) gère un programme pour le traitement des maladies chroniques au Liban afin de répondre aux besoins criants des réfugiés syriens, privés d’accès à leurs traitements.

«Près de 90 pour cent de nos patients arrivent avec d’anciens diagnostics de maladies chroniques, les plus fréquentes étant l’hypertension et le diabète», indique le Dr. Wael Harb, superviseur des activités médicales de MSF dans la Bekaa. «Leur état se dégrade rapidement s’ils n’ont pas reçu de traitement depuis des semaines. Avec la guerre en Syrie, leur maladie est passée au second plan. Ce sont les besoins vitaux immédiats qui priment, comme l’accès à la nourriture, à l’eau, au logement. En outre, ils n’ont souvent pas les moyens de payer leur transport vers un centre de santé ni d’acheter des médicaments. Pour les personnes diabétiques, l’alimentation est particulièrement problématique. Nous traitons de nombreux malades qui arrivent dans nos structures avec une hypertension ou un diabète incontrôlés. Ceci peut mener à la perte de conscience du patient, provoquer une crise cardiaque ou les plonger dans le coma.»

Besoins criants, ressources limitées

En tant qu’organisation humanitaire offrant des traitements gratuits aux réfugiés syriens souffrant de ce type de maladies, MSF fait face à un afflux important et croissant de patients dans ses structures. Or ses ressources - financières et humaines - sont limitées.

«Les cliniques sont surchargées,» explique le Dr. Bénédicte de Kalbermatten, spécialiste des maladies chroniques. «Dans les structures de MSF au Liban, un médecin ne dispose en moyenne que de huit à dix minutes pour une consultation par patient. C’est un temps extrêmement restreint pour examiner un patient, poser un diagnostic, décider d’un traitement puis l’expliquer au patient, et prescrire les examens nécessaires. Cela semble en théorie infaisable, mais nos médecins le font en pratique.»

En outre, la continuité des soins est l’un des éléments clés du traitement d’un patient chronique. «Cela implique un engagement, une continuité relationnelle entre le patient et son médecin,» dit le Dr. de Kalbermatten. «Mais dans ce contexte spécifique, les patients sont des réfugiés: ils ne vivent pas dans une situation stable. Il est difficile de leur offrir un suivi adéquat, ce qui peut compromettre leur traitement.»

Adapter les protocoles de traitement aux contextes d’urgences humanitaires
«En tant qu’organisation médicale humanitaire, MSF intervient traditionnellement dans des contextes d’urgence où prédominent les problématiques infectieuses, et n’a jusque là développé qu’une expertise limitée dans le domaine de la prise en charge des maladies chroniques qui s’inscrit dans la durée,» explique le Dr. Philippa Boulle, Référente médicale chez MSF. «Aujourd’hui, pour assurer un accès à des traitements efficaces aux réfugiés syriens, nous devons innover et adapter les protocoles de soins, conçus pour des modèles de soins européens ou nord-américains, à des contextes d’urgence humanitaire.»

Bénéficiant de l’appui de spécialistes des maladies chroniques, MSF travaille actuellement sur le développement d’approches innovantes, mieux adaptées à ce type de contexte. Une attention particulière est donnée au diabète et à l’hypertension, particulièrement répandus parmi les patients syriens. Des approches similaires seront aussi développées pour la prise en charge d’autres maladies chroniques non transmissibles, telles que l’angine de poitrine, l’asthme, et l’épilepsie.

En 2013, MSF a donné plus de 17 900 consultations aux patients souffrant de maladies chroniques dans les structures de santé qu’elle soutient à Tripoli et dans la Bekaa au Liban, ainsi que dans le camp de réfugiés de Domiz dans le nord de l‘Irak.

MSF continue de mettre tout en œuvre pour assurer le retour en toute sécurité de ses collègues qui ont été emmenés d’une maison MSF, dans le nord de la Syrie, le soir du 2 janvier 2014. Ces membres de MSF étaient en mission pour apporter une aide médicale aux Syriens victimes de la guerre.

Depuis juin 2012, MSF travaille dans plusieurs hôpitaux et dispensaires dans le nord de la Syrie. A ce jour, les équipes médicales ont assuré plus de 140.000 consultations, dont bon nombre concernaient des blessures traumatiques et des maladies chroniques pouvant entraîner la mort. Plus de 2.000 femmes ont bénéficié d’une assistance médicale pour accoucher. Malgré les immenses défis, MSF maintient ses activités d’aide médicale afin d'alléger les souffrances endurées par la population syrienne.

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