05.08.2013 - Liban

Réfugiés syriens au Liban: «Les femmes enceintes ne savent pas où aller»

«J'étais enceinte de sept mois quand je suis arrivée ici au Liban,» raconte Maryam, une réfugiée syrienne âgée de 18 ans venue d'Alep.
Liban, 25.06.2013
Les réfugiés ne connaissant souvent personne dans leur pays d’accueil, il leur est difficile de trouver de l'aide au sein de la communauté.

«Beaucoup de mes proches ont été tués. J'étais terrorisée. Pour fuir, j'ai dû marcher des heures avant de traverser la frontière libanaise. J’ai subi une hémorragie et j’avais peur de faire une fausse couche.»

En avril 2013, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) au Liban ont ouvert un projet de santé reproductive pour répondre à un besoin de santé majeur identifié parmi les populations réfugiées dans la vallée de la Bekaa, principal point d'entrée des Syriens au Liban. «Beaucoup de femmes arrivent ici seules, sans famille ou maris qui sont parfois restés derrière ou ont été tués pendant la guerre,» explique Marjie Middleton, sage-femme MSF en charge du projet. «Certaines d’entre elles sont enceintes et n'ont pas pu consulter un médecin au cours de leur grossesse. Elles ne savent pas si leur bébé se porte bien, puisqu’elles n'ont pas eu accès à des soins prénataux. Cette situation les rend particulièrement anxieuses. Or l’association du stress psychologique et physique est très dangereuse pour leur grossesse.»

Problèmes d'accès à des accouchements sûrs et abordables

Les réfugiés ne connaissant souvent personne dans leur pays d’accueil, il leur est difficile de trouver de l'aide au sein de la communauté. «Les femmes enceintes n'ont souvent aucune idée où aller,» ajoute Marjie Middleton. «Nous avons entendu des histoires de femmes ayant accouché seules dans une tente. Ce genre d’histoires me bouleverse en tant que sage-femme, car je sais combien il est dangereux ainsi que l’horreur que cela doit être pour une mère de donner naissance seule et dans la peur.»

Les frais médicaux sont également un obstacle. Les soins prénataux sont très chers au Liban, même pour la population libanaise. «Une femme devra dépenser l'équivalent de 20 $ US simplement pour consulter un médecin, payer ses vitamines et le transport,» note Marjie Middleton. «Ce qui représente souvent la moitié ou plus du salaire hebdomadaire d'un travailleur journalier.»

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) couvre actuellement 75 pour cent des frais d’accouchement des réfugiées, indépendamment de leur statut d’enregistrement. L'ONU couvrait l'ensemble des frais, mais a récemment dû réduire cette couverture à 75 pour cent en raison de l'insuffisance des fonds disponibles. Or les 25 pour cent de frais médicaux à la charge des réfugiés représentent la plupart du temps une somme inabordable pour de nombreuses familles syriennes. En outre, dans la vallée de la Bekaa, seuls six hôpitaux sont soutenus par le HCR et pratiquent ainsi ce recouvrement des frais.

Pour un accouchement normal, les frais médicaux s'élèvent à 50 $ US et à 200 $ US pour une césarienne. «Si une réfugiée ne peut assumer ces frais, elle se verrait refuser l'accès à l'hôpital ou contrainte de donner sa carte de réfugiée comme caution jusqu'à ce qu'elle puisse payer la facture de l'hôpital - se privant ainsi des bons de nourriture auxquels sa carte lui donne accès,» poursuit Marjie Middleton.

Conditions de vie difficiles : un risque pour les femmes enceintes

Les risques d’accoucher à domicile sans l’assistance d’une personne qualifiée sont en général très élevés, mais ils le sont d’autant plus dans les lieux où sont installés la plupart des réfugiés contraints de vivre dans des conditions très précaires. La promiscuité et les conditions d'hygiène souvent déplorables comportent des risques pour les femmes enceintes. Des cas de diarrhée aqueuse ont ainsi été rapportés. "Nous voyons également beaucoup d'infections de l'appareil reproducteur parmi nos patientes, en partie parce qu'elles n'ont pas pu bénéficier de soins pendant leur grossesse et en raison du manque d'accès à l’eau et à l'hygiène,» indique Marjie Middleton. «Les infections sont l’une des principales causes d'accouchement prématuré.» La mauvaise alimentation est également un problème, ajoute-t-elle: «Les réfugiées n’ont souvent pas les moyens de s’acheter des aliments de base. Il leur est difficile de se maintenir en bonne santé pendant leur grossesse, ce qui peut freiner la croissance de l’enfant. J'ai vu des cas de nouveau-nés souffrant de malnutrition.»

Conformément aux normes de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), MSF prévoit quatre visites prénatales par grossesse et, en cas de souci, réfère les femmes chez un gynécologue pour un traitement gratuit. En plus de fournir des consultations prénatales dans ses cliniques avec des sages-femmes qualifiées, le personnel médical aide les femmes à reconnaître les signes de complications possibles liées à la grossesse. MSF les aide aussi à établir des plans de naissances, afin que les femmes enceintes arrivant au Liban sachent quoi faire et où aller lorsqu’elles sont sur le point d'accoucher ou encore si elles ont des problèmes.

«Nous avons admis des femmes en phase de travail dans nos cliniques et nous nous tenons prêts à les assister en cas d'urgence, mais nous ne voulons pas encourager les accouchements dans nos structures,» explique la sage-femme. «Bien que 85 pour cent des naissances soient normales, l’hôpital est un environnement beaucoup plus sûr pour accoucher en cas de complications nécessitant des soins supplémentaires.»

Soins postnataux et planification familiale pour faire face aux besoins

Les risques pour le nouveau-né et sa mère persistent après la naissance. MSF offre des soins postnataux et des options de planification familiale. «Nous essayons de faire revenir les femmes au cours de la première semaine suivant l’accouchement, puis six semaines après pour un bilan de santé et si elles le souhaitent, nous leurs offrons également des moyens de contraception», dit Marjie Middleton. «Beaucoup de femmes souhaitent avoir des enfants, mais beaucoup d'autres préfèrent au contraire éviter de tomber enceinte.» MSF répond actuellement à une demande croissante pour les services de planification familiale, car nombreuses sont les réfugiées ne souhaitant pas avoir d’enfant dans ces conditions de vie particulièrement difficiles.

«Mon mari et moi ne voulons surtout pas avoir un autre enfant pour le moment, parce que la situation est devenue insupportable en Syrie et que nous vivons de manière très précaire au Liban,» explique Maryam, venue avec son bébé de deux mois à la clinique MSF à Baalbeck pour obtenir une pilule contraceptive.

Certaines femmes n'ont pas eu accès à la contraception alors qu'elles fuyaient la Syrie ou à leur arrivée au Liban, en raison du manque d'information à leur disposition ou des contraintes financières. L'organisation fournit également des soins de santé pour les femmes souffrant d'infections, de maladies sexuellement transmissibles et d'autres problèmes de santé spécifiques aux femmes.

MSF gère trois cliniques offrant des soins de santé reproductive dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban depuis avril 2013. A la fin juin, près de 850 consultations ont été fournies par des sages-femmes libanaises qualifiées. A Tripoli, deuxième ville du Liban, l’organisation gère un programme de santé reproductive au sein de sa clinique dans l'hôpital de Dar al Zahraa, avec plus de 450 consultations dispensées au cours de cette même période. MSF a également commencé à y offrir des services de planification  familiale, avec plus de 118 consultations fournies de janvier à fin juin 2013.

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