05.02.2014 - RD Congo

RD Congo : soins en santé mentale dans le Nord-Kivu

Des mois de conflit entre groupes armés dans la province du Nord-Kivu de la République démocratique du Congo (RDC) ont exposé les civils à des niveaux extrêmes de violence.
RD Congo, 13.07.2011
Les équipes de MSF ont rapidement conduit une évaluation des besoins en santé mentale dans la région.
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Plusieurs personnes ont subi des blessures mettant en danger leur vie, ont perdu des membres de leur famille dans les combats et ont été forcées de quitter leur foyer. En plus des blessures physiques, ces événements ont laissé des séquelles psychologiques qui sont souvent moins évidentes à déceler et qui risquent donc de ne pas être traitées.

Au cours de la dernière année, des milliers de familles ont cherché refuge dans le camp pour personnes déplacées de Bibwe dans le Nord-Kivu. Entre janvier et août 2013, la population de la région a presque doublé, passant de 8 000 à plus de 15 000 personnes. En réponse aux besoins en santé mentale de la région, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) ont intégré des services psychosociaux à leurs activités médicales existantes à Bibwe.

Violence et déplacement

Bibwe est une ville de quelques milliers de personnes située approximativement à 135 kilomètres au nord-ouest de Goma, dans la province du Nord-Kivu en RDC. Bien que Bibwe ait déjà été le théâtre d’affrontements ethniques par le passé, la violence ethnique dans les régions voisines a causé l'afflux à Bibwe l’an dernier de 3 000 familles déplacées.

Les équipes de MSF ont rapidement conduit une évaluation des besoins en santé mentale dans la région après avoir entendu les témoignages troublant des personnes nouvellement déplacées. Les résultats étaient alarmants : sur les 600 répondants, plus de 80 % ont rapporté avoir été victimes de violence directe et près de 90 % ont rapporté avoir été témoins d’actes de violence.

Les conséquences de la violence sur le bien-être psychosocial sont importantes. Soixante-et-onze pour cent des répondants ont confié faire des cauchemars et 74 % d’entre eux ont rapporté avoir des flashbacks d'événements violents qu’ils ont vécus.

« Le matin, j’ai vu des corps démembrés partout – j’étais incapable de dire quelle jambe appartenait à quelle tête », confie un homme de 38 ans qui a vu 30 personnes – dont ses quatre frères – battues à mort. « Maintenant, ces images me reviennent sans cesse en mémoire, de jour comme de nuit. »

Répondre aux besoins humanitaires

Pour répondre aux besoins en santé mentale qui sont considérables dans la région de Bibwe, MSF a formé des conseillers pour travailler avec les survivants des violences dans les camps. L’équipe organise des groupes de soutien et offre des séances individuelles, familiales ou de groupe.

« La grande majorité de ces gens ont été directement témoins de violence ou ont eu leur propre vie menacée, et plusieurs ont perdu des membres de leur famille », explique Isabel Rivera, psychologue pour MSF et responsable du programme de santé mentale. « Les besoins en santé mentale à Bibwe sont importants et devraient être considérés comme un élément essentiel de la réponse humanitaire dans la région. »

Plusieurs autres éléments de la réponse humanitaire ont cruellement fait défaut dans les camps. Peu d'organisations humanitaires sont présentes à Bibwe. La plupart d'entre elles ne sont pas parvenues à accéder à la région pendant des mois en raison du mauvais état des routes, des glissements de terrain et des chutes de rochers provoqués par la saison des pluies. Plusieurs familles ont expliqué qu’elles manquaient toujours de nourriture, d’eau et d’ustensiles de cuisine. De plus, ces familles n’ont pas l’argent pour acheter les graines ou les outils qui leur permettraient de cultiver leur propre potager. Elles vivent dans des abris de fortune qui ne les protègent pas convenablement de la pluie.

« Les mauvaises conditions dans lesquelles vivent les gens les rendent encore plus vulnérables aux problèmes psychologiques comme le stress, et aux maladies », explique Isabel Rivera. « Bien que certaines régions du Nord-Kivu vivent en ce moment une accalmie relative, on ne peut pas oublier que plusieurs régions continuent d’être touchées par la violence et les déplacements et que les gens ont toujours besoin d’aide. Nous devons reconnaître la détresse psychologique que les gens d’ici ont subie et leur venir en aide. »

MSF offre des soins de santé primaires au centre de santé de Bibwe et des soins de santé secondaires à l’hôpital général de Mweso. Dans la province du Nord-Kivu, MSF gère des programmes médicaux dans les régions de Goma, Walikale, Masisi et Rutshuru. Près de 3 000 employés nationaux et internationaux travaillent actuellement dans plus de 20 projets à Kinshasa, dans le Nord-Kivu, dans le Sud-Kivu, au Katanga, au Maniema et en Province Orientale. MSF est présent en RDC depuis 1981.

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