22.02.2011 - Liban

Liban: « Les conditions de vie précaires rendent le quotidien éprouvant à Bourj el-Barajneh »

Fin 2008, MSF a mis en place un programme de santé mentale en faveur des populations palestiniennes et libanaises les plus vulnérables du camp de Bourj el-Barajneh et ses environs. Depuis deux ans, plus de 1 000 personnes ont bénéficié de soins psychologiques, de soutien communautaire et d’activités de promotion de la santé mentale.
Bourj el-Barajneh, Liban 2010
Bourj el-Barajneh, Liban 2010
© Dina Debbas
Bourj el-Barajneh, Liban 2010
Bourj el-Barajneh, Liban 2010
© Dina Debbas
Bourj el-Barajneh, Liban 2010
Bourj el-Barajneh, Liban 2010
© Dina Debbas
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Liban: Dans le camp de Bourj el-Barajneh à Beyrouth
18.02.2011
9 Images

Des millions de réfugiés palestiniens issus de la diaspora continuent de vivre dans des camps, notamment au Liban, où, malgré quelques améliorations récentes, leur sort reste précaire. Plus de 200 000 réfugiés palestiniens résident au Liban. La moitié d’entre eux a trouvé refuge dans une dizaine de camps répartis à travers le pays. Selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), environ 60 % de cette population vit en dessous du seuil de pauvreté, et un nombre similaire sont au chômage.
Entre l’aéroport et les quartiers situés au sud de Beyrouth, le camp de Bourj el-Barajneh abrite plus de 18 000 personnes dans un périmètre d’à peine un kilomètre carré.

Forcés à l’exil par centaines de milliers lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948,  le camp de Bourj el-Barajneh a été installé par la Ligue des Sociétés de La Croix Rouge accueillant principalement les Palestiniens de Galilée. Année après année, la population a grandi avec l’arrivée successive de Libanais, de Syriens, d’Egyptiens, de travailleurs déplacés par les conflits internes et régionaux, notamment des migrants irakiens.

Une approche communautaire

MSF a ouvert en décembre 2008 le programme de santé mentale communautaire de Bourj el-Barajneh. C’est le seul lieu à offrir des consultations gratuites aux adultes dans le camp de réfugiés palestiniens, et dans le quartier. Aujourd’hui, l’offre de santé mentale est également incluse dans les services des principaux fournisseurs de soins de santé mentale du camp que sont l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés et le Croissant Rouge Palestinien (UNRWA). L’objectif final de ce projet est d’intégrer  ces services de santé mentale dans le système de santé primaire de l’UNRWA au profit des réfugiés palestiniens.

Une équipe composée de personnel international, libanais et palestinien s’efforce d’y offrir une aide psychologique et psychiatrique aux plus vulnérables indépendamment de leur âge, sexe,  origine et appartenance politique. L’objectif est de briser les tabous, d’écouter et de donner la parole. Entre 2009 et 2010, plus de 1 000 personnes ont été suivies, 60% étaient des femmes palestiniennes et libanaises de 25 à 40 ans. Les consultations sont dispensées par des psychologues ou des psychiatres. Au sein d’une population très marquée par la guerre, les conflits, l’absence de perspectives d’avenir, le chômage, une situation économique et sociale difficile, des conditions de vie précaires, la dépression est la maladie la plus souvent diagnostiquée (30%), suivie par l’anxiété (22%), les psychoses (14%), les désordres bipolaires (10%) et les troubles de la personnalité.

«MSF a mis en place une approche de type communautaire et multidisciplinaire, c'est-à-dire que nous ne nous limitons pas à prescrire des médicaments mais nous essayons de fournir des soins complets, de type bio-psycho-social. En effet, les causes de la maladie sont à la fois biologiques, psychologiques et sociales et le traitement doit s’attaquer aussi à ces trois causes là. En pratique, une maladie d’origine  biologique sera soignée par un psychiatre avec des médicaments. Un trouble psychologique sera pris en charge par un psychologue qui travaillera avec le patient, mais aussi avec la famille de ce dernier ; et puis social, car effectivement, il y a des conditions sociales qu’il faut pouvoir examiner pour que le patient puisse évoluer », conclut Pierre Bastin, psychiatre référent du programme à Genève.

Les séquelles de guerre sont tenaces

La guerre de 2006 semble loin de Beyrouth et pourtant les séquelles sont tenaces. Suite à ces événements au Liban, MSF a été préoccupé par un double constat : une personne sur six avait besoin de soins psychologiques dans le pays alors que l’offre en santé mentale était réduite. Selon une étude épidémiologique nationale publiée dans le Lancet en 2006, les troubles mentaux sont communs au Liban avec une prévalence équivalente à celle de l’Europe. Cependant, le problème d’accès aux soins en santé mentale est considérablement plus important au Liban. Le système de santé libanais est largement dominé par le secteur privé et les soins offerts sont extrêmement chers. Aujourd’hui, les services de santé mentale s’adressent principalement aux enfants, alors que la population adulte, y compris les populations réfugiées, ne sont pas prises en compte.

« Le sujet de nos préoccupations est la communauté de réfugiés palestiniens du camp de Bourj el-Barajneh », explique Fabio Forgione, chef de mission MSF au Liban, « Les conditions de vie précaires y rendent le quotidien éprouvant. Cela est principalement dû au fait que ce camp est l’un des plus denses et défavorisés du Liban. Bien que de maigres avancées en termes d’opportunité de travail aient été récemment émises par un décret approuvé au parlement libanais le 17 août 2010, les conditions générales des réfugiés libanais restent déplorables. Les politiques appliquées envers la communauté de refugiés palestiniens sont restrictives en terme d’accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi, aux services sociaux et aux droits de propriétés. Tout cela a un impact sur la stabilité émotionnelle d’un individu, rendant le support psychologique hautement requis et demandé ».

Des conditions de vie rudimentaire

La population du quartier de Bourj al-Barajneh se compose principalement de familles et de personnes ayant trouvé refuge à une situation économique, politique et sociale. Certains ont fui leur pays il y a plus de soixante ans, d’autres viennent tout juste d’arriver. La promiscuité, la densité, le manque de perspective accentuent le sentiment d’isolement : « Les réfugiés palestiniens font partie de la population la plus isolée du camp, car non intégrée dans le quartier libanais. L’exclusion sociale, comme les conditions de vie extrêmement basiques des habitants du camp, accroît la précarité et expose de nombreux refugiés à un quotidien sinistre », précise Fabio Forgione, Chef de Mission pour MSF au Liban.  «La décision opérationnelle de MSF de cibler spécifiquement les adultes repose sur l’exposition de cette population à des expériences de conflit répétées et traumatiques de conflit et de déplacement, le déni des droits fondamentaux et leur combat quotidien à faire face au ‘statut permanent’ d’une situation temporaire».

Les habitants n’ont accès à l’eau courante et l’électricité que quelques heures par jour. Sans réel système d’évacuation, l’eau ruisselle dans les ruelles du camp. Les câbles d’électricité pendent entre les habitations, composées d’une seule pièce partagée, en moyenne, par quatre personnes. Les pluies en hiver et les fortes chaleurs en été ne font qu’accentuer ces conditions de vie particulièrement précaires. L’eau et le système d’évacuation des eaux usées sont dégradés ou sont devenus inadaptés.

Pas de santé sans santé mentale

La santé mentale est le fondement du bien-être d’un individu et d’une communauté. Des activités de promotion de la santé mentale sont régulièrement conduites par les volontaires MSF à travers des visites à domicile et au sein des différentes communautés. La fréquentation des structures est en constante augmentation. Une dynamique qui a aussi un impact sur les autres intervenants du secteur de la santé dans le camp. L’un des axes de travail de MSF depuis l’ouverture du projet a été d’inclure la santé mentale dans l’offre de soins de santé primaire. Cette démarche de MSF a permis de propager l’idée que la santé mentale fait partie intégrante de l'état de santé général de l'individu, qu’elle est essentielle à sa survie puisqu'elle détermine le comportement, la perception, la façon de penser, de communiquer et de comprendre.  Depuis l’ouverture du projet, MSF a offert des soins en santé mentale à 1,160 patients et 8,023 consultations ont été fournies par des psychologues et des psychiatres.

Les réfugiés palestiniens en première ligne

Plus de quatre millions et demi de Palestiniens bénéficient d’un statut spécial de réfugié reconnu par l'UNRWA, l’agence des Nations Unies en charge des réfugiés palestiniens. Contrairement au statut de réfugié défini depuis 1951 par les Nations Unies, le statut de réfugiés palestiniens englobe non seulement l'ensemble des personnes qui résidaient en Palestine mandataire entre juin 1946 et mai 1948 mais aussi ceux qui ont fui suite à la guerre israélo-arabe de 1948-1949, avec leurs descendants. Leur nombre a ainsi été multiplié par cinq en 50 ans. Les réfugiés palestiniens au Liban sont sans aucune protection juridique en raison du refus de ratification par l’Etat libanais de la Convention de 1951. La loi interdit aux Palestiniens de travailler dans plus de vingt professions comme celles de médecin, avocat, ingénieur et comptable. Les droits sociaux et civils sont inexistants, l’accès reste limité à la santé publique et à l’éducation. La grande majorité des palestiniens dépend de l’assistance de l’UNRWA.

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