27.07.2012 - Syrie

«Les blessés graves sont en Syrie, ils ne peuvent pas arriver jusqu’en Jordanie»

Un médecin MSF se rend régulièrement dans les camps de transit à la frontière jordanienne pour repérer les blessés ayant besoin de soins. Ils peuvent ensuite être opérés à Amman.
Jordanie, Amman, 05.06.2012
MSF a une équipe chirurgicale spécialisée qui opère dans un hôpital de la capitale jordanienne.
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A Ramtha, sur l’avenue qui conduit au poste-frontière, de nombreuses voitures sont garées sur le bas-côté, dans l’attente du passage des réfugiés. Tous les jours, des Syriens arrivent en Jordanie. Qu’ils empruntent la route normale ou des chemins détournés, ils se retrouvent dans l’un des camps de réfugiés aménagés à Ramtha.

M. a passé la frontière dans la nuit avec sa famille. Ils ont fait un long trajet depuis Homs dans l’ouest de la Syrie. Avec sa femme enceinte de sept mois et ses quatre enfants, ils sont allés en bus jusqu’à Damas puis ont pris un taxi que d’autres ont payé pour lui. Et ils ont fait à pied la fin du trajet pour passer la frontière. Maintenant ils attendent dans le camp de Bechabche à Ramtha. Dès que quelqu’un se portera garant pour eux, ils pourront sortir et s’installer sans doute à Amman. La capitale jordanienne n’est qu’à 70 kilomètres.

Soins rapides en Syrie

M. espère aussi pouvoir se faire soigner. Car il y a un mois à Homs alors qu’il rentrait chez lui à vélo, il a été arrêté par les forces de sécurité et a reçu une balle dans le côté gauche. Depuis il a une douleur à la hanche. Au centre de soins où il s’était rendu, le personnel médical faisait des choses simples. «Quand la balle est sortie, explique-t-il, ils nettoient la plaie. Et si la balle reste à l’intérieur du corps, ils la laissent, ils n’ont pas les moyens de faire autre chose. Moi on m’a nettoyé la plaie, je suis resté une demi-heure. C’est trop dangereux de rester longtemps. Et après je n’ai pas reçu d’autres soins», précise-t-il au Dr Mohamed de MSF.

Ce médecin de MSF est venu d’Amman pour voir si des blessés se trouvent parmi les réfugiés qui viennent d’arriver et s’ils ont besoin d’une prise en charge en chirurgie orthopédique. MSF a une équipe chirurgicale spécialisée qui opère dans un hôpital de la capitale jordanienne. Les camps de réfugiés à Ramtha sont plutôt des camps de transit où les Syriens ne restent en général pas longtemps. Le Dr Mohamed passe donc tous les deux ou trois jours dans les camps. A M. comme aux autres blessés qu’il verra ce jour-là, il laisse son numéro de téléphone pour qu’ils le contactent quand ils seront à Amman et qu’ils viennent en consultation.

«Les blessés que l’on voit ici ont déjà reçu en Syrie des soins rapides, observe le médecin de MSF. Ils ont généralement des blessures anciennes qui remontent à quelques semaines ou quelques mois. En revanche, les personnes dans un état grave sont à l’intérieur en Syrie, elles ne peuvent pas arriver jusqu’ici.»

Passer le message

D’autres cas arrivent aussi comme X., un jeune de 25 ans. Il soulève son polo pour montrer son dos strié de marques violacées. Ses bras aussi ont été lacérés par des coups de câbles en caoutchouc. Il avait été arrêté alors qu’il participait à une manifestation à Deraa et il raconte qu’il a été torturé en prison où il est resté 17 jours avant d’être transféré dans un convoi à Damas. Mais en route il a été libéré à la faveur d’une attaque de l’ASL (Armée syrienne libre) et a pris aussitôt la direction de la Jordanie.

Les histoires des blessures sont très diverses. Mais le plus souvent les Syriens qui ont été victimes de blessures par balle ont encore besoin de soins. Dans un autre camp de Ramtha, installé dans un stade, se trouvent uniquement des hommes jeunes, dont certains blessés. L’un marche avec une béquille. La balle a provoqué une fracture ouverte à sa jambe gauche. Un autre a été touché par une balle en plein visage, il a perdu son œil droit et a eu une fracture multiple du maxillaire. Il ne peut plus ouvrir la bouche normalement.

A tous ces jeunes blessés, le Dr Mohamed passe le même message. Ils peuvent venir à Amman consulter un chirurgien MSF qui verra si une opération est possible. Initialement, l’équipe MSF d’Amman faisait uniquement de la chirurgie reconstructrice pour soigner des victimes de violence venant d’Irak, puis de Libye, du Yémen…. Mais depuis qu’a éclaté la révolte en Syrie, il arrive un nombre croissant de Syriens, victimes de blessures par balle. MSF a donc renforcé l’équipe de chirurgie orthopédique qui soigne les affections aux membres supérieurs et inférieurs.

Chaque semaine, le chirurgien examine cinq à dix patients. Pour un tiers d’entre eux en moyenne, une opération de chirurgie orthopédique est nécessaire. Un autre tiers doit recevoir des soins en kinésithérapie. Et un suivi s’impose pour le dernier tiers des patients. Des radios sont faites régulièrement pour voir l’évolution de leurs fractures.

Les activités MSF auprès des réfugiés

Depuis le début du soulèvement en Syrie en mars 2011, plus de 120 000 Syriens on trouvé refuge dans les pays voisins. En Jordanie et au Liban, où MSF a depuis longtemps des activités médicales notamment en faveur des réfugiés palestiniens, syriens et irakiens, les équipes se préparent à répondre aux besoins découlant du conflit syrien. Au Liban, MSF fournit une assistance humanitaire aux réfugiés syriens. L’aide comprend des soins de santé, des consultations psychologique et la distribution d’articles de première nécessité à Tripoli, Wadi Khaled et dans la vallée de la Bekaa.

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