11.11.2011 - Myanmar

«Le VIH/sida est un sujet encore tabou»

Docteur Calorine Mekiedje est spécialisée dans le traitement du VIH/sida et a travaillé entre autres au Mozambique et au Cameroun. Elle revient son sur expérience en tant que conseillère médicale à la clinique de Dawei dans le sud de la Birmanie où MSF soigne des patients infectés par le VIH/sida et co-infectés par la tuberculose depuis 2000
Dawei, Myanmar, 11.11.2010
Nous offrons des soins gratuits ainsi que des diagnostics et tests volontaires pour le VIH/sida et la tuberculose.

Pouvez-vous nous décrire les activités principales de la clinique de Dawei?

Calorine Mekiedje: Les équipes font  entre 80 et 90 consultations par jour, parfois 100. Nous offrons des soins gratuits ainsi que des diagnostics et tests volontaires pour le VIH/sida et la tuberculose. Nous avons aussi un programme de prévention de la transmission du VIH/sida entre la mère et l’enfant. Il y a environ 3000 patients séropositifs et  en moyenne 30 à 40 nouveau patients sous antirétroviraux (ARV) par mois. Très peu de traitements sont disponibles en Birmanie et les patients viennent parfois de loin car ils ont entendu dire que nous offrons des soins et des traitements pour le VIH/sida. Nous donnons aussi un soutien alimentaire aux patients séropositifs qui comprend du soja, du sel, de l’huile ou des haricots.

Votre expérience en Birmanie est-elle très différente de votre expérience en Afrique?

J’ai  été surprise de voir à quel point le VIH/sida est  mal connu ici. La situation est différente en Afrique où les taux de prévalence plafonnent mais les gens connaissent bien la maladie. Ici, il y a encore une vraie méconnaissance du VIH/sida et donc une peur de la stigmatisation. C’est une société assez traditionnelle et religieuse où on ne parle pas facilement de sa vie privée et sexuelle. Le sujet est tabou. Dans ce contexte, il est difficile de parler ouvertement de la maladie. Lorsqu’il y a un retard sur la prise de conscience et la connaissance de la maladie et son mode de transmission, le risque est de voir un retard sur la prévention et une croissance exponentielle du nombre des nouvelles infections.

Quel est l’objectif  du programme à Dawei?

Il s’agit avant tout d’offrir des soins et traitements gratuits de qualité mais aussi de redonner l’envie de vivre aux gens qui réalisent qu’ils sont séropositifs et qui pensent que leur vie est finie. On n’insiste donc pas sur l’origine de leur contamination pour éviter le sentiment de culpabilité mais sur les options qu’ils ont pour se soigner et protéger leur famille. Notre but est d’améliorer leur connaissance de la maladie, son mode de transmission et de faire savoir que des traitements sont disponibles. Le fait que la maladie est encore très méconnue est en soi un défi.

Quel est d’après vous la spécificité de ce projet?

C’est le fait d’offrir des soins à une population très mobile: des pêcheurs ainsi que des migrants pauvres et peu éduqués. Les espaces de rendez-vous sont longs parce que les gens viennent de loin et qu’ils repartent pour longtemps.

Dans une situation normale, un patient devrait revenir tous les deux ou trois mois mais dans notre contexte une fois les examens finis les gens reviennent parfois tous les six mois à la clinique. Ils travaillent en Malaisie ou en Thaïlande et représentent la seule source de revenu pour leur famille. A la saison de la pêche ils partent en bateau et y vivent parfois pendant six ou sept mois. On leur donne les médicaments nécessaires pour couvrir la période d’absence et on les suit régulièrement quand ils reviennent chez eux.

Que vous a apporté cette expérience au niveau professionnel et personnel?

Il est très gratifiant de voir les patients reconnaissants de l’attention et des soins qu’on leur porte. Notre apport n’est pas seulement médical. Il consiste aussi en un soutien moral car les malades souffrent et ils ont perdu la foi en la vie. Les voir reprendre confiance et récupérer des forces, voilà notre salaire. D’un point de vue professionnel, en tant que conseillère médicale, j‘avais une vision d’ensemble que je n’avais pas auparavant quand j’étais médecin dans une clinique.

Au niveau personnel, cela a été aussi tout un apprentissage. Je suis déjà d’un naturel patient et ici j’ai eu l’impression de trouver mes cousins. Les gens sont calmes et  ne se plaignent jamais. Ils font avec ce qu’ils ont et j’ai trouvé cette philosophie intéressante.

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Myanmar, Tuberculose, VIH/sida
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