22.05.2013 - République centrafricaine

«La République centrafricaine fait face à une succession de crises»

MSF demande une plus grande implication des Nations Unies et des ONG en République centrafricaine. Interview avec José Antonio Bastos, président de MSF.
José Antonio Bastos
José Antonio Bastos
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Le président de MSF, José Antonio Bastos, vient tout juste de rentrer d’une visite en République centrafricaine (RCA), un pays actuellement en proie à d’importants troubles et qui a été brièvement propulsé sous les feux de l’actualité à la fin du mois de mars, lorsqu’un coup d’État perpétré par la coalition des opposants Séléka a renversé le gouvernement de François Bozizé. Le pays est aujourd’hui retombé dans l’oubli, non seulement pour les médias mais également pour la communauté internationale.

Quelle est la situation dans la capitale Bangui?

C’est une ville qui a peur, où la crainte et l’insécurité sont de mise, avec des jeunes gens armés jusqu’aux dents qui patrouillent dans les rues en camionnette. Si vous demandez à quelqu’un comment il a passé la nuit, il vous répond que c’était une bonne nuit parce qu’il n’y a pas eu de coups de feu dans son quartier ou qu’ils ont été sporadiques.

À Bangui, certaines de nos équipes ont dû évacuer les projets de Kabo et de Batangafo en raison de sérieux incidents concernant la sécurité. Elles étaient encore sous le choc mais néanmoins elles ne pensaient qu’à y retourner au plus vite. Elles l’ont fait depuis ma visite. Les deux projets couvrent une zone dans laquelle se trouvent plus de 130 000 personnes qui s’étaient retrouvées sans prise en charge médicale spécialisée.

Quel était le but de cette visite?

Je suis surtout allé à Bangui pour rencontrer les nouvelles autorités. Nous leur avons fait part de notre préoccupation quant au pillage généralisé qui a touché toutes les organisations humanitaires et les ONG, y compris MSF, aux attaques et aux pillages dans les structures de santé et à l’insécurité.

Mais par dessus tout, notre préoccupation majeure est liée à la vulnérabilité aggravée de la population, qui se trouvait déjà dans une situation très fragile avant le coup d’État.

Quelles sont les craintes de MSF concernant la population?

Nous avons été témoins du déplacement des populations, de personnes qui fuient leur maison et leur village pour se cacher dans les champs, dans les forêts, où elles ont été exposées aux piqures de moustiques. Et la saison des pluies, qui coïncide avec le pic du paludisme, n’est pas encore arrivée… La population n’a pas pu s’occuper de ses cultures, les gens avaient trop peur pour se rendre dans les champs. Les graines, les réserves et les outils ont été volés, c’est pourquoi nous craignons la survenue d’un épisode grave d’insécurité alimentaire et la multiplication de cas de malnutrition. Beaucoup de patients ont dû interrompre leur traitement contre le VIH/sida ou la tuberculose, ce qui est très dangereux. Les maladies évitables telles que la rougeole, dans un pays avec des niveaux de vaccination très faibles, sont aussi une source de préoccupation. Nous parlons d’une succession de crises.

C’est-à-dire?

Il ne faut pas oublier que la RCA se trouvait déjà dans une situation d’urgence, quant à la situation sanitaire générale: avec une espérance de vie de 48 ans, un nombre très élevé de cas de paludisme, des niveaux de mortalité très au-dessus des seuils d’urgence, un système de santé très pauvre… Un réel scénario d’urgence.  Et la crise actuelle est venue empirer la situation: nous avons une combinaison de besoins aigus  - une augmentation de la malnutrition, davantage de cas de paludisme, des centres de santé et des hôpitaux détruits, vandalisés ou pillés - s’ajoutant aux besoins généraux qui constituaient déjà une urgence avant le coup d’État.

Quelle a été la réponse des agences internationales et des autres acteurs humanitaires ?

Hormis quelques exceptions, celle-ci a été décevante. Les pillages et l’insécurité ont forcé certaines agences des Nations Unies et ONG à réduire leurs activités. Elles n’envisagent pas, semble-t-il, de revenir rapidement au niveau antérieur, alors qu’il s’agit d’une période où les besoins sont les plus importants. C’est pourquoi MSF appelle à une plus grande implication des ONG et des agences des Nations Unies dans le pays, afin qu’elles réagissent de manière urgente à la crise actuelle et aux besoins aigus de la population, mais en même temps de respecter et de mettre en œuvre les engagements pris auparavant par les donateurs et par la communauté internationale.

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