24.07.2012 - Tchad

«Je ne pensais pas que cette maladie pouvait être guérie»

Khadija a été handicapée par son premier accouchement. Elle a subi une opération chirurgicale pour résorber sa fistule obstétricale au village des femmes géré par MSF à Abéché.
Tchad, 20.02.2012
Après leur opération, les femmes bénéficient de séances de rééducation. Un soutien psychologique leur permet de retrouver une place dans leur communauté.
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«Mon premier accouchement a été très difficile. J’avais à peine 15 ans. J’ai été en travail durant plus de cinq jours avant qu’on m’amène dans un centre de santé. A l’arrivée, l’enfant était déjà mort né. C’est alors que les médecins m’ont dit que j’aurais une fistule. J’en ai souffert pendant six ans», raconte Khadija, aujourd’hui âgée de 25 ans.

La fistule obstétricale est causée par un accouchement bloqué. La tête du fœtus a comprimé le bassin de la mère. Le manque prolongé d’irrigation sanguine peut provoquer la nécrose des tissus, créant un orifice entre le vagin et la vessie. Une communication anormale entre le vagin et le rectum est aussi possible. Résultat: une incontinence urinaire et/ou fécale. Les femmes affectées vivent dans la honte et sont souvent rejetées par leur propre famille et leur communauté.

«Avant d’être moi-même malade, j’avais déjà entendu parler de fistules. Dans mon village, il y avait une vieille femme. Durant plusieurs années, son urine a sans cesse coulé entre ses jambes. Elle en est décédée. A l’époque, je pensais qu’on pouvait en mourir», poursuit Khadija.

«J’ai eu de la chance»

«Moi, j’ai eu de la chance. J’ai été guérie et surtout mon mari ne m’a pas abandonnée. Durant six ans, à part mon mari et mon enfant, personne ne venait à côté de moi. C’est à cause de l’odeur d’urine. J’ai dépensé beaucoup d’argent pour essayer de lutter contre les odeurs. Mon mari m’achetait deux ou trois bouteilles de parfum par mois et énormément de savon.»

«Quand j’ai su que j’avais une fistule, je me suis rendue six fois dans la capitale N’Djamena. Sans jamais parvenir à rencontrer un docteur. On avait trois bœufs à la maison et un peu d’économies. On a tout vendu et mon mari a abandonné son travail mais je n’ai pas retrouvé la santé.»

«J’étais justement en train d’attendre une fois le plus le docteur quand mon oncle a entendu parler du projet de MSF à Abéché. En vérité, je ne pensais pas que cette maladie pouvait être guérie. Je pensais souvent à cette veille femme qui est décédée.»

Village des femmes à Abéché

MSF a construit juste à côté de l’hôpital général d’Abéché, ville dans l’est du Tchad, un «village des femmes» pour accueillir les patientes atteintes de fistules pour des séjours de plusieurs semaines. Lors des premières consultations, un bilan de santé est effectué pour dépister notamment les cas de malnutrition qui seront pris en charge avant l'intervention chirurgicale.

Après leur opération, les femmes bénéficient de séances de rééducation. Un soutien psychologique leur permet de retrouver une place dans leur communauté. Il suffit souvent d’une seule opération pour complètement guérir d’une fistule. Mais il en faut parfois plusieurs, particulièrement si la patiente a déjà été opérée de façon inadéquate. Dans ce dernier, le taux de réussite de l’intervention, normalement très élevé, diminue. L’opération d’une fistule est un acte très spécifique et rares sont les chirurgiens à être suffisamment formés pour le faire. Depuis 2008, MSF a opéré 650 Tchadiennes souffrant de fistules.

«Quand je suis arrivée au village des femmes, plus de 100 autres femmes étaient là pour la même raison que moi. Certaines d’entre elles avaient déjà été opérées. J’ai alors compris que cette maladie pouvait se soigner. Cela m’a donné le courage de patienter et de rester à Abéché avec les autres femmes», conclut Khadija.

Six mois après son opération, la jeune Tchadienne est à nouveau tombée enceinte. Elle dit avoir eu peur que la fistule revienne. Elle est allée accoucher à Abéché par césarienne et «tout s’est bien passé». 

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