29.08.2014 - Guinée

Ebola: les ratés de la réponse mondiale à l’épidémie

Cadavres gisant dans les rues, familles décimées, travailleurs de santé infectés par dizaines, hôpitaux portes closes, regards méfiants et paniqués…
Liberia, 17.08.2014
Les promesses de financements et les déclarations politiques ne suffisent pas – des mesures décisives doivent être prises maintenant!
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Ebola provoque aujourd’hui une situation au Libéria, en Sierra Leone et dans une moindre mesure en Guinée que Médecins Sans Frontières (MSF) rencontre habituellement sur les théâtres de guerre. A ce jour, plus de 1 427 patients ont succombé au virus et les centres de prise en charge ouverts par MSF sont submergés. C’est bien trop tard (le 8 août!) que l'OMS décrète une urgence de santé publique mondiale contre cette épidémie… alors que celle-ci est officiellement déclarée en Afrique de l’Ouest depuis mars 2014!

La situation est d’autant plus dramatique que les systèmes de santé des pays affectés ont littéralement implosés. Les malades ne meurent plus seulement d’Ebola, mais aussi du paludisme, de diarrhées ou d’accouchements compliqués en l’absence de soins médicaux essentiels: au Liberia en particulier, les hôpitaux sont désertés. La peur se répand comme une trainée de poudre.

MSF répond à cette crise depuis le mois de mars 2014. Nous n’avons cessé d’ouvrir de nouveaux centres d’isolation dans les pays affectés, soignons les malades et venons en aide aux communautés touchées. Depuis trois mois, nos appels se font de plus en plus insistants pour demander l’engagement concret d’autres acteurs dans le contrôle de l’épidémie et pour que les patients bénéficient des meilleurs soins possibles.

Une réponse internationale lente et dérisoire

Mais la réponse internationale reste lente et dérisoire. Elle peut même être qualifiée d’irresponsable! Aujourd’hui, seule une petite poignée d’acteurs internationaux sont engagés dans la lutte contre l’Ebola. On est encore si loin du compte! Cette crise est pourtant exceptionnelle, le nombre de nouvelles infections continue d’augmenter et les risques de propagation à d’autres pays sont réels.

Les promesses de financements et les déclarations politiques ne suffisent pas – des mesures décisives doivent être prises maintenant! Il faut une meilleure recherche de cas, plus de centres d’isolation, une surveillance épidémiologique et des capacités de laboratoire renforcées, plus de suivi des contacts, mais aussi une meilleure sensibilisation, du personnel compétent sur le terrain et des formations, une réouverture des services de santé généraux: ces activités doivent être coordonnées à la fois dans les pays affectés mais aussi au-delà de leurs frontières. Nous avons besoin d’une approche opérationnelle très concrète.

Nous ne pourrons renverser la situation qu’avec l’intervention d’Etats qui disposent de capacités de réponse aux catastrophes – que ce soit à travers leurs mécanismes de protection civile, le soutien de détachements de médecine militaire ou encore d’autres personnels médicaux et logistiques habitués à respecter des mesures rigoureuses de prévention et de contrôle des infections.

La fermeture successive des frontières internationales, y compris aériennes, complique de plus en plus notre action. Autre stigmate de l’irresponsabilité collective: le personnel infecté ne peut plus être évacué. La communauté internationale doit garantir que ceux qui essaient de prévenir la propagation de l’épidémie puissent entrer et ressortir des pays touchés. Un système d’évacuation médicale doit être urgemment mis en place.

Comment la communauté internationale peut-elle décemment laisser la gestion opérationnelle d’une crise sanitaire internationale de cette ampleur aux seules mains d’Etats si fragilisés? Et confier la sécurité sanitaire mondiale à des organisations privées qui par nature ont des capacités limitées en matière de réponse aux épidémies majeures? Il est irresponsable de laisser la gestion exclusive d’une épidémie mortelle aussi ravageuse à des nations débordées telles que le Sierra Leone et le Liberia, en espérant que des organisations privées parviendront à combler les insuffisances de leurs systèmes de santé.

MSF demande plus d’action et moins de paroles vides

Au cours des vingt dernières années, MSF a capitalisé une solide expérience dans la réponse aux épidémies d’Ebola. Sur cette même période, les capacités opérationnelles des Nations unies n’ont eu de cesse de se réduire à cause des réformes initiées. L’unité Fièvres hémorragiques de l’OMS à Genève, par exemple, a été tout simplement supprimée à la suite d’une restructuration. Les Etats membres devraient être tenus responsables de cette incessante réduction des dispositifs de réponse. Que nous a laissé cette spirale destructrice? Un manque de leadership, de coordination, mais aussi et surtout une absence frappante de capacité opérationnelle. C’est d’autant plus grave que la communauté internationale ne se sent pas responsable d’agir dans une région perçue comme dénuée d’intérêt politique ou économique.

Les crises menaçant la sécurité sanitaire mondiale réclament l’engagement de tous les Etats. Une fois cet engagement garanti, il sera possible de construire des capacités de réponse autour d’institutions ou de réseaux existants, ou nouvellement créés pour être à la hauteur des enjeux. Les pays développés manquent de perspicacité lorsqu’ils limitent leur réponse à l’arrivée potentielle d’un patient infecté sur leur territoire. Si l’objectif est d’empêcher la propagation de l’épidémie, il faut contrôler la transmission du virus. Et ceci n’est possible qu’en portant secours aux patients en Afrique de l’Ouest.

Aujourd’hui encore, MSF demande plus: pas plus de paroles vides mais plus d’action!

Thomas Nierle (Président) et Bruno Jochum (Directeur Général)

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