04.01.2017 - Soudan

Des dizaines de milliers de Sud-Soudanais cherchent refuge de l'autre côté de la frontière

Au Soudan, l’État du Nil blanc accueille de nombreux réfugiés qui fuient la guerre au Soudan du Sud. MSF délivre des soins d’urgence aux réfugiés.
22.12.2016, Soudan
Les mères attendent avec leurs enfants pour obtenir une consultation médicale à l’hôpital de l’Etat du Nil blanc.
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Ces trois dernières années, le riche État pétrolier du Nil supérieur, au Soudan du Sud, a connu d’importants affrontements entre les forces gouvernementales et celles de l’opposition. Ceci a contraint de nombreuses familles à prendre une décision difficile : rester et risquer de se faire tuer ou partir et prendre le risque de se faire voler leur propriété.

De l’autre côté de la frontière, au nord, se trouve l’État paisible du Nil blanc, vers lequel fuient de nombreux Sud-Soudanais pour échapper aux violences. À l’heure actuelle, 83000 personnes y vivent dans six camps de réfugiés et de nombreuses autres vivent en dehors de ces zones.

Il y a quelques mois, la saison des pluies avait entraîné un court arrêt des combats dans le sud, mais maintenant que la saison sèche est revenue, le conflit a repris entre les parties belligérantes. Les familles ont de nouveau été contraintes de migrer vers le nord, au Soudan, dans l’espoir d’y trouver une plus grande sécurité.

Actuellement, MSF gère un hôpital de quarante lits dans l’État du Nil blanc. Il est situé en dehors du camp d’El Kachafa où plus de 17000 réfugiés ont été autorisés à s’installer. Ses services hospitaliers et ambulatoires proposent une vaste gamme de soins, notamment pour des problèmes de santé reproductive, des infections respiratoires et des cas de malnutrition.

«Nous avons dû mentir sur l'ethnie à laquelle nous appartenions»

Mary, réfugiée de Kaka, dans l’État sud-soudanais du Nil supérieur, raconte: «quand les hommes armés sont entrés dans Kaka, ils se sont montrés impitoyables. Ils n’ont épargné ni les jeunes ni les vieux. Dès qu’on s’est rendu compte qu’ils tuaient les gens, on n’a pas réfléchi, on est partis en courant du village, emportant avec nous tout ce que nous pouvions transporter ; c’était le début d’un trajet terrifiant.»

«Pour passer certains postes de contrôle militaires, nous avons dû mentir sur l'ethnie à laquelle nous appartenions, sinon nous aurions été arrêtés et sans doute tués. Nous avons eu beaucoup de chance, heureusement personne n’a été blessé.»

Alors que certains arrivent totalement épuisés par le voyage, souffrant de malnutrition et du paludisme, une grande majorité des réfugiés surmontent les difficultés et marchent parfois jusqu’à huit jours pour arriver ici.

La fille de Mary, âgée de quatre ans, est hospitalisée dans la structure de MSF car elle souffrait de malnutrition à son arrivée. «Elle est tombée malade durant le trajet, elle a cessé de manger, a eu la diarrhée et commencé à tousser, explique Mary. Quand on est arrivées ici, le médecin m’a dit qu’elle avait besoin d’aide et l’a fait admettre dans le programme de prise en charge nutritionnelle de MSF. J’espère qu’il va l’aider à retrouver des forces.»

MSF prête à intervenir en cas d'apparition de maladies infantiles

Selon Mohamed, coordinateur du projet, «la principale source d’inquiétude vient du manque d’installations sanitaires et d’hygiène dans le camp. Les gens vivent très près les uns des autres et il n’y a pas suffisamment de latrines. Ils sont souvent contraints de faire leurs besoins près de leurs abris et de leurs voisins.»

MSF se prépare à prendre en charge plusieurs cas de rougeole et de diarrhée aqueuse aiguë au sein de la communauté. «Les jeunes enfants sont les plus vulnérables parce qu’ils jouent avec leurs amis dans ces conditions particulièrement insalubres. C’est pourquoi l’hôpital se tient prêt à gérer une telle épidémie, malgré la capacité limitée de l’établissement. Il n’y a qu’une solution, mettre aux normes les structures sanitaires et de traitement des eaux.»

En construisant des latrines dans les deux camps (El Kachafa et Joury), MSF participe à la mise aux normes sanitaires des installations. Les activités de promotion de la santé auprès de la communauté font aussi partie des services proposés par MSF.

Un hôpital MSF pour répondre aux besoins des réfugiés, mais aussi des résidents

L’hôpital reçoit également des patients transférés depuis d’autres camps et constitue le seul centre de stabilisation nutritionnelle de la zone. Les cas les plus graves sont transférés vers l’hôpital de Kosti, à 80 kilomètres de là, via une route sablonneuse peu praticable.

La structure médicale de MSF ne reçoit pas seulement de nouveaux arrivants. Près de la moitié des consultations concernent des locaux qui vivent à proximité du camp d’El Kachafa: des membres de la communauté soudanaise et des réfugiés provenant des cinq autres camps.

Avant l’arrivée de MSF, le nombre de structures médicales dans la zone était très limité, c’est pourquoi cet hôpital est également devenu un important centre de traitement pour la communauté locale.

Pourtant, les besoins de la population locale sont manifestes. Elizabeth, habitante du village local d’Alseror explique pourquoi elle est venue dans cet hôpital : «depuis plusieurs semaines, j’avais de fortes migraines et la gorge irritée. Ma famille voulait que je recoure à des remèdes traditionnels. C’est tout ce qu’ils pouvaient me proposer, mais je savais que ça ne marcherait pas. Alors, je suis venue à l’hôpital de MSF parce que les soins y sont gratuits et les médecins savent ce qu’ils font.»

S’installer au Soudan, rester dans le camp… De difficiles options s’offrent aux réfugiés

Parmi les réfugiés vivant dans ces camps, un bon nombre se trouvent dans une situation sans précédent. Il n’y a pas si longtemps, le Soudan et le Soudan du Sud ne formaient qu’un seul pays et jusqu’à il y a peu, les autorités de Khartoum accordaient encore aux Soudanais originaires du sud les mêmes droits qu’aux citoyens soudanais.

Étant donné qu’un grand nombre ont de la famille au Soudan (nord), comprennent la culture du nord et parlent arabe, ils décideront probablement de rejoindre une grande ville de l’État du Nil blanc. Ceux qui ont de l’argent et des proches sur place peuvent même s’installer à Khartoum et y commencer une nouvelle vie.

Mais ceux qui ne connaissent personne dans le nord resteront dans le camp, en espérant que la situation s’améliore. La vie dans les camps reste difficile, les ONG proposent un enseignement de base aux enfants, mais les adultes sont délaissés.

Certains tentent de gagner un peu d’argent en vendant du poisson ou d’autres marchandises sur le marché local. D’autres trouvent du travail dans des fermes.

L’avenir de ces réfugiés sud-soudanais dépendra de l’évolution de la situation dans leur pays. Si les violences cessent, un grand nombre rentreront à la maison, mais pour le moment, ce n’est hélas qu’un vœu pieux.

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