03.11.2009 - Liban

Briser le tabou sur les troubles mentaux, un projet communautaire de santé mentale au Liban

La dépression représente la quatrième cause d’incapacité dans le monde et en 2020, elle occupera la seconde place. Des recherches épidémiologiques ont démontré une hausse croissante des troubles mentaux, plus particulièrement dans les pays en voie de développement. Généralement, ces troubles ne font l’objet ni d’un diagnostic, ni d’un traitement. Violence, violation des droits de l’homme, pauvreté, inégalité des sexes et bas niveaux d’éducation ne font qu’exacerber les problèmes liés aux troubles mentaux.
Liban, 10.10.2009
Liban, 10.10.2009
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Des recherches menées au Liban (1) ont démontré que 17% de la population répond aux critères d’un trouble mental. Il a été découvert que les problèmes psychologiques étaient encore plus fréquents au sein de la vaste communauté de réfugiés palestiniens, qui n’ont pas le droit de travailler ni d’obtenir le statut de citoyens. 37% des femmes et 19% des hommes fréquentant les cliniques de santé pour réfugiés affichent des niveaux moyens voir élevés d’anxiété.

Cependant, très peu des personnes qui nécessiteraient un soutien en matière de santé mentale au Liban en bénéficient. Cette situation est due à plusieurs facteurs, dont le manque de services, de personnel qualifié et le fait que les quelques services qui existent s’occupent principalement d’enfants. Mais la crainte d’être répertorié comme souffrant d’un trouble mental, ainsi que l’incapacité financière à payer les services ont aggravé les problèmes relatifs au manque d’accès au traitement. 

L’organisation MSF a découvert le manque de soins en santé mentale au Liban suite à son intervention lors de la guerre de 2006. En 2008, une équipe a procédé à un examen approfondi des besoins humanitaires, ce qui a conduit au lancement d’un projet communautaire de santé mentale en périphérie de Beyrouth au mois de décembre de la même année.

 

Le centre communautaire de santé mentale de MSF, situé à proximité d’un vaste camp palestinien à Burj El Barajneh, offre des traitements dans le domaine de la santé mentale, conseils et soins gratuits aux grands exclus de la communauté :des citoyens libanais, mais également des réfugiés palestiniens et irakiens. En plus d’un soutien direct, le projet vise un second objectif, à savoir favoriser la prise de conscience en matière de santé mentale dans toute la communauté.

Interview avec une infirmière psychiatrique

Farah Malyani est une infirmière psychiatrique palestinienne qui travaille au centre communautaire de santé mentale de Burj El Barajneh. 

« Le centre MSF est situé dans une zone où souffrance et pauvreté sont omniprésentes. Nous rencontrons des personnes dont les besoins de base ne sont pas satisfaits. Elles ont connu plusieurs guerres et on retrouve plusieurs générations de réfugiés dans les camps. Cette situation a donné naissance à des problèmes de santé mentale uniques. J’ai eu des patients psychiatriques dans un hôpital de Beyrouth, mais les problèmes auxquels je suis confrontée ici sont complétement différents.

Mon travail fait naître des sentiments très variés. Parfois, lorsque les patients commencent à parler des difficultés de la vie de tous les jours, c’est-à-dire trouver de quoi se nourrir, un endroit où dormir, etc. je me rappelle qu’ils luttent pour leurs besoins de base en tant qu’êtres humains. Il est difficile de ne pas se laisser submerger par ses émotions ou de ne pas s’impliquer. Je rencontre des mères qui sont incapables de prendre soin de leur famille car elles souffrent de dépression. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’à leur place, je serais complètement perdue. Mais, en fin de compte, c’est mon travail et je dois rester forte pour les personnes à qui je viens en aide.

Au début, j’ai été dépassée par les événements. Je me disais : «Comment les aider? Est-ce que les écouter et leur donner des médicaments suffit?». Mais j’ai finalement constaté que les personnes se sentent soutenues lorsqu’elles ont un endroit où trouver une oreille attentive. Les médicaments peuvent également les aider à réduire leur anxiété et leur dépression. Et les résultats sont là. Ces personnes ont repris le chemin du travail et prennent à nouveau soin de leurs enfants. Bien que ce projet n’en soit encore qu’à ses balbutiements, nous avons déjà constaté des progrès notables auprès de nos patients et c’est vraiment encourageant.

En tant qu’équipe, notre but est également de changer la perception de la santé mentale dans la communauté et d’essayer d’atténuer les préjugés qui y sont associés. Souvent, les patients me disent : «Je ne suis pas fou ! Ne pensez pas que je suis fou!». Je leur réponds alors qu’ils souffrent d’une maladie mentale qui, comme l’hypertension ou le diabète, peut se soigner.»

Salwa

 

Salwa est une Libanaise qui a épousé un Palestinien avec qui elle a eu 4 enfants. Elle a bénéficié d’un traitement au sein du centre communautaire de santé mentale de MSF. Pendant des années, elle a souffert de douleurs corporelles inexplicables, de fatigue chronique et de crises de panique qui l’empêchaient de mener une vie normale. 

« Il y a quelques mois, suivant le conseil d’une amie proche, je me suis rendue au centre MSF, où je savais que je pourrais bénéficier d’une aide psychologique gratuite. Je n’avais pas les moyens de payer.

Séance après séance, je me sentais de mieux en mieux. J’ai même commencé à participer aux activités sociales du centre et j’ai eu la chance de rencontrer d’autres femmes, souffrant des mêmes problèmes. Je ne me sens plus seule et j’ai même commencé à me sentir mieux dans mon corps. »

Ma vie a pris une nouvelle tournure. Aujourd’hui, je suis capable de parler de mon problème psychologique et de l’accepter, sans crainte de l’opinion de la société. Par le passé, j’avais peur que l’on me qualifie de « folle » ou de « déséquilibrée ». À l’heure actuelle, je suis reconnaissante d’avoir trouvé une personne à qui parler et m’ayant permis, pour la première fois, de croire en moi.

J’ai vraiment pris goût à la vie. Maintenant, le verre est à moitié plein et non plus à moitié vide. J’ai également encouragé d’autres personnes de ma communauté à se rendre au centre si elles en éprouvent le besoin. Il n’y a aucune honte à cela. Ma vie a vraiment changé. »

 

(1) Karam EG, Mneimneh ZN, Karam AN, Fayyad JA, Nasser SC, Chatterji S, Kessler RC. Prevalence and treatment of mental disorders in Lebanon: a national epidemiological survey. Lancet. 2006 Mar 25;367(9515):1000-6.

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