01.08.2006 - Soudan

Premier jour à Habilah

Arrivée hier en hélicoptère. J'ai eu ma première petite visite de Habila une fois en vol, en atterrissant, et enfin, une fois à terre. Le village est surréaliste. Il possède une beauté terrestre en dépit de son histoire et de sa pauvreté.
La ville d'Habila, dans la province soudanaise du Darfour Occidental, Soudan, 2006.
La ville d'Habila, dans la province soudanaise du Darfour Occidental, Soudan, 2006
© MSF
La ville d'Habila, dans la province soudanaise du Darfour Occidental, Soudan. 2006
La ville d'Habila, dans la province soudanaise du Darfour Occidental, Soudan. 2006
© MSF
Habila, Soudan, 2006
Habila, Soudan, 2006
© MSF
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Auteur
amy sage femme

A 31 ans, Amy a déjà exercé sa profession de sage-femme dans plusieurs endroits de la planète. Canadienne, originaire de Vancouver, en Colombie britannique, elle travaille aujourd'hui avec MSF dans la ville d'Habila, dans la province soudanaise du Darfour Occidental. Elle partagera dorénavant avec nous son travail au quotidien, ses impressions, ses rencontres.

 Le paysage et les constructions posées dessus sont toutes en nuances de brun et de rouge, durcis par la poussière qui imprègne l'atmosphère. Les gens, en revanche, s'habillent de couleurs chatoyantes, qui contrastent incroyablement avec le décor.


Des hommes aux chapeaux blancs et en longues robes blanches, assis sur le bord de la « route », disent aux enfants qui nous suivent de nous laisser tranquilles. Les femmes déambulent le long de la « route » d'énormes ballots de branches ou des pots juchés sur leur tête, des bébés accrochés dans le dos.

Des enfants aux vêtements sales et déchirés courent nu-pieds. S'ils n'entrent pas dans les critères de malnutrition, ils sont cependant loin d'être bien portants. Ce qui risque de changer bientôt car le programme alimentaire mondial, le PAM , de l'ONU, a coupé de moitié les rations de nourriture qu'il distribue par manque de financements. Déjà, les enfants souffrant de malnutrition sévère admis dans le centre de nutrition thérapeutique de notre hôpital ont vu leur nombre augmenter.

Chaque habitation est séparée des autres par de petites "barrières", en paille tissée, en briques, ou en chaume sèche et drue. Chaque barrière délimite un carré parfait dans lequel sont placés les tukuls (ndlr :maisons) des gens. Certains sont d'assez bonne facture, alors que d'autres semblent construits de bric et de broc, avec des matériaux apportés par le vent. Le village de Habila comptait autrefois 5.000 personnes. Avec l'afflux de « IDP » (personnes déplacées dans leur propre pays), il en compte aujourd'hui 25.000.

Plutôt que de vivre à l'écart des villageois, les « idp » sont intégrés dans le village, ce qui rend la distinction entre les uns et les autres difficile. Depuis deux ans et demi, les gens tentent de reconstruire leur vie.

Hôpital MSF

Notre petit hôpital est adorable. Le personnel de santé qui y travaille aussi. Rencontrer le personnel soignant et voir les différentes sections de l'hôpital m'a permis de me faire une petite idée de ce que nous faisons ici à Habila.

Il y a des salles de consultation pour les patients qui viennent chaque jour pour des pathologies et des blessures mineures, et une salle d'hospitalisation pour les patients qui doivent rester quelques jours.
    

L'un des patients de la salle d'hospitalisation est un beau garçon de 10 ans dont la main a été arrachée par une grenade avec laquelle il jouait. Il s'agit de la troisième victime de son village en peu de temps. Allongé dans son lit avec son moignon et ses trois membres restants encore enveloppés de gaze blanche, il nous a pourtant gratifié d'un sourire éclatant.

A mon arrivée au centre de santé de la femme, les soignantes avec qui je vais travailler sont sorties et se sont mises à danser et chanter. L'une d'entre elle a émis un son aigu comme un cri de guerre (Ndlr : youyou). Une autre a couru vers moi pour m'étreindre. Elles m'ont montré les petites étiquettes qu'elles avaient accrochées sur leurs vêtements. On pouvait y lire « Bien Venue Mme Amy ».

Dans le centre de santé de la femme il y a une petite salle avec 2 lits pour les femmes en travail, jouxtée par une petite pièce pour les accouchements. Derrière ces deux salles on trouve une cour privée où les femmes en travail peuvent marcher, se laver et avoir accès à une latrine privée.

Ensuite nous avons rejoint le Centre de Nutrition Thérapeutique. Sous une vaste tente, dix enfants souffrant de malnutrition sévère sont soignés, accompagnés de leur mère ou de leur grande soeur.

Ils restent là toute la journée pour que les aides-soignants aident les familles à les nourrir correctement et s'assurent que les mères ne donnent pas cette nourriture médicalisée à tous leurs enfants, qui eux-aussi ont faim. A cinq heures du soir, ils rentrent chez eux avec un sac de nourriture pour la nuit.

Une fois qu'un enfant n'est plus en danger immédiat, il revient toutes les deux semaines pour une consultation et sa famille reçoit une ration de nourriture de deux semaines.
    

Nous nous sommes ensuite rendus dans la petite salle convertie en salle d'opération. Les cas chirurgicaux sont référés à l'hôpital de El Geneina (Ndlr: capitale provinciale du Darfur occidental) sauf s'il fait nuit, et qu'il est interdit de circuler, ou bien s'il s'agit d'une question de vie ou de mort.

La dernière opération qui a eu lieu dans cette salle était la césarienne d'une femme dont l'accouchement avait été entravé deux jours durant. Quand elle est entrée en état de choc, l'équipe a installé en urgence une table d'opération et l'a opérée.

C'était à ce sujet que j'ai eu ma première vraie conversation avec Andi, le logisticien. Il m'a raconté que lorsqu'il se tenait à côté de la table d'opération, essayant d'accrocher une lampe pour que les médecins puissent voir leur travail, son regard avait croisé celui de la patiente. Il m'a dit ce qu'il a ressentit quand le bébé est né, mort. Puis quand ils l'ont perdu, elle, trois heures plus tard.
Un ancien businessman autrichien est rarement confronté à cela.

Notre équipe ici est composée de Carmenza, Milena, Andi et moi. Carmenza est un médecin de Colombie, Milena est une infirmière suisse, et Andi est l'ancien homme d'affaires autrichien.

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