20.02.2012 - RD Congo

La vie quotidienne commence

Les grillons chantent, les oiseaux gazouillent, on entend le bruit des tambours: un nouveau jour se lève. Ceux qui n’ont pas été réveillés par le chant du coq sont définitivement tirés du sommeil lorsque les générateurs se mettent en marche.
Dingila, RD Congo, 08.02.2012
Ce qui me frappe chez les Congolais, c’est leur gentillesse et leur respect envers les autres.
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Auteur
Irene Mazza

Irene Mazza effectue sa première mission avec MSF à Dingila, un village isolé dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) touché par la maladie du sommeil. Cette infirmière originaire de Bienne a travaillé comme traductrice et éditrice au siège suisse de MSF. C’est là qu’elle a attrapé le virus du terrain.

Vidéo
Première mission à Diginla
Première mission à Diginla
14.02.2012
02:46

Les premiers habitants de Dingila partent pour la forêt, équipés de bidons vides et de corbeilles, une machette ou une hache à la main. Quelques heures plus tard, ils reviennent avec de l’eau de source, du bois de chauffage ou des feuilles de palmier. Les jours de chance, ils ramènent aussi du gibier, comme une antilope ou un singe.

Jusqu’à présent, je n’ai pas encore vu de mouches tsé-tsé mais j'ai eu à faire à beaucoup d’autres insectes. Les pires sont les bestioles invisibles: la mouche des sables par exemple. Comme son nom l’indique, elle se cache dans la poussière et dépose ses œufs sous la peau des orteils. Même s’il fait 35 degrés, il faut toujours mettre des chaussettes. Il y a aussi les mites, porteuses de maladies parasitaires, qui grattent énormément. Pour cette raison, mes vêtements sont repassés chaque jour. Quel luxe!

Après un petit déjeuner rapide constitué habituellement de pain cuit dans un four en argile, de porridge ou de fruits frais, je suis prête. Armée d’un talkie-walkie et de ma bicyclette, je commence mon travail. Après une semaine d’introduction, j’ai une assez bonne idée de ce qui m’attend les six prochains mois. En tant qu’infirmière, je suis responsable de la pharmacie et je dois assurer la qualité des soins dans nos projets. Nous gérons actuellement une salle d’urgence de six lits à l’hôpital de Dingila et un service de 30 lits pour des patients qui souffrent de la maladie du sommeil.

D’abord, je me rends à la pharmacie: un dépôt immense plein de médicaments et de matériel médical. Chaque semaine, des tonnes de matériel sont expédiées par avion vers les différentes missions de MSF en République démocratique du Congo. Pour moi, c’est un défi non seulement logistique mais aussi personnel car je n’ai jamais géré une pharmacie auparavant. Une fois les commandes et les livraisons finies, baignée de sueur, je continue ma route pour me rendre à la salle d’urgence de MSF à l’hôpital de Dingila.

Les six lits sont presque toujours occupés. Il n’est pas rare que deux patients soient obligés de partager un lit. Dans notre salle d’isolement, il y a une prématurée. La petite fille pesait 1kg à la naissance. Elle a déjà surmonté les sept premiers jours critiques. A défaut d’un incubateur, nous soignons la petite comme le font les kangourous, enmmitouflée sur la poitrine de sa maman. Ainsi, nous pouvons diminuer le risque d’hypothermie.

Ce qui me frappe chez les Congolais, c’est leur gentillesse et leur respect envers les autres. Et ils sont d’excellents danseurs! Quand ils sortent le vin de palme et que la musique sort des amplis, plus rien ne les arrête. Ils ont des noms extraordinaires comme «Dieudonné» ou «Boniface». J’ai eu une drôle de rencontre avec notre gardien. «Bienvenue», s’est-il écrié à mon arrivée. J’ai répondu: «Merci, comment tu t’appelles?» «Bienvenu», a- t il répété. Après quelques allers et retours, j’ai enfin compris qu’il s’appelait effectivement «Bienvenu».

Nous sommes en pleine saison sèche. La première tempête de sable n’a pas tardé: elle a emporté tout ce qui était bon à prendre, y compris mes volets. Autant en emporte le vent!

Le jour touche à sa fin. Le ciel rougit. Les générateurs se taisent. Il ne reste que la nuit noire.

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