01.06.2009 - Mozambique

Visite des projets Chamanculo et Alto Maé.

Deux de nos projets sont situés à proximité du bureau de coordination MSF (le siège en capitale) de Maputo, à moins de vingt minutes en voiture. C’est un avantage car les collègues qui y travaillent sont facilement joignables et cela nous permet de régler les difficultés rapidement.
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danielaferrari

Coordinatrice en administration et en ressources humaines, à Maputo au Mozambique.

Mais cette proximité a aussi ses inconvénients: nous risquons souvent de ne pas suffisamment planifier ou préparer nos visites sur place, en tout cas pas autant qu’une visite à Linchinga, dans le nord du pays, à 2000 kilomètres d’ici. Je me suis efforcée de ne pas tomber dans ce piège. Et je pense y être parvenue - du moins en partie. J’avais déjà eu l’occasion de visiter les dispensaires, pour y avoir assisté à deux réunions. Mais cette fois, il s’agissait de ma première visite « officielle », et j’ai pris le temps de bien la préparer.

Réunion de travail au dispensaire de Chamanculo

Voilà pourquoi il m’aura fallu un peu de temps avant de visiter les dispensaires de Chamanculo et d’Alto Maé. Cette visite avait pour objet principal de les soutenir sur le plan administratif et de mieux comprendre les tenants et aboutissants des projets, de mieux comprendre « qui fait quoi » dans le cadre des projets et « qui fait quoi » au niveau de la coordination. Depuis que je suis à Maputo, j’ai constaté que de très nombreuses tâches administratives sont exécutées par le bureau de coordination, alors qu’elles pourraient, selon moi, être prises en charge par les administrateurs du projet. L’une de mes priorités était donc de veiller à une répartition claire des tâches entre le bureau de coordination et l’équipe de projet. J’ai vérifié si tous les documents standard sont disponibles sur place, comment se déroule le recrutement, comment procède l’équipe en cas de procédures disciplinaires, comment sont archivés les documents des collaborateurs, à quelle fréquence les collaborateurs sont évalués, etc. Je trouvais important d’appréhender la satisfaction des assistants quant au soutien qu’il reçoive du siège de Maputo et de discuter avec eux d’éventuelles améliorations. Malheureusement, j’ai aussi appris à cette occasion que la dernière visite « officielle » du projet par une délégation du service administratif du bureau de coordination (en dehors des réunions ad hoc) remontait à juillet 2008. C’est loin d’être suffisant.

Avec l’assistant Adildeto à Alto Maé

Je ressentais aussi le besoin de visiter les dispensaires et de prendre un peu « le pouls » des patients. Ce contact avec le terrain me paraissait d’autant plus utile qu’en tant qu’administratrice, je passe mes journées au bureau et je suis donc très loin de la réalité des patients.

Au centre de santé de Chamanculo, l’un des quartiers de Maputo où MSF intervient, j’ai été accueillie très chaleureusement par Isabelle, une infirmière canadienne, qui m’a fait visiter un dispensaire complètement engorgé. Bondé ! Beaucoup de patients viennent de très loin. Il leur faut parfois marcher jusqu’à six heures pour rejoindre le dispensaire, sans compter que certains d’entre eux sont gravement malades. J’ai été particulièrement émue de voir les nombreuses mères, accompagnées de leurs enfants, qui attendaient au service des dépistages pour le VIH/sida. Isabelle m’a expliqué comment fonctionne le système d’enregistrement, véritable pierre angulaire de ce service. En effet, il est capital de bien vérifier la régularité des consultations. Si un patient ne se présente pas à la consultation initialement planifiée, l’équipe prend contact avec lui. Or, ici, pratiquement personne n’a le téléphone. Nos collaborateurs, les « Conselheiros », rendent visite au patient directement chez lui et l’informent de l’importance d’un suivi régulier. Tout à coup, une rumeur éclate : l’une des innombrables fiches d’enfants de la pile présente un résultat négatif ! C’est la joie chez tous les collaborateurs du dispensaire. En effet, au Mozambique, pays parmi les plus touchés par le VIH, il est extrêmement rare que cela arrive. Les bébés sont généralement contaminés à la naissance, les césariennes n’étant pas pratiquées ici. En Occident, une telle situation est parfaitement inimaginable.

Dispensaire Alto Maé

J’ai aussi eu une conversation très émouvante avec Sousa, l’un de nos «patients experts». J’ai fait sa connaissance en novembre dernier à Vienne, lors de l’exposition «Second Life» que MSF avait organisé au musée Leopold. À l’époque, je ne l’avais pas rencontré personnellement. Non. Je m’étais contentée de l’admirer en photo. J’avais été très touchée par le texte des légendes, qui parlait de sa vie avec le VIH/sida. Là, au dispensaire de Chamanculo, j’ai eu la chance de le rencontrer.

Il m’a raconté son histoire. Les premiers symptômes sont apparus en 1996, lorsqu’il a contracté la tuberculose. Mais ce n’est qu’en 2000, à l’instigation d’un médecin MSF qui travaillait au dispensaire de Chamanculo, qu’il a fait le test. Sa vie a viré au cauchemar, car à l’époque, au Mozambique, la discrimination était encore bien pire qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les médicaments antirétroviraux n’existaient pas encore, et, pour la société mozambicaine, le VIH/sida était synonyme de mort. Chaque soir, lui-même allait se coucher convaincu qu’il ne se réveillerait pas le lendemain. Aujourd’hui, Sousa est un homme fort. Il est « patient expert ». Chaque jour, à 6h30, il fait un exposé au dispensaire de Chamanculo. Il parle de sa propre expérience et encourage son auditoire à faire le test. Il rend espoir aux autres patients, en leur montrant que l’on peut vivre avec cette maladie. Il en est la preuve vivante.

Grâce aux patients experts comme Souza, la problématique du VIH/sida commence à faire son chemin dans l’opinion publique. Souza répond à des interviews et donne des conférences dans les écoles et les universités. Après la première séance d’information, qui a lieu tous les jours à 6h30 au dispensaire, les patients effectuent un dépistage. Ensuite, des psychologues leur expliquent ce qu’est vraiment le VIH/sida et comment il se soigne. Grâce aux médicaments antirétroviraux, on peut désormais vivre très longtemps avec le VIH/sida, pour autant que l’on suive son traitement à la lettre.

Les patients sont informés à l’aide d’images: Les antirétroviraux sont des médicaments qui empêchent le VIH de se multiplier dans l’organisme. Dans ce cas, le traitement n’a pas réussi, le VIH est plus fort que les antirétroviraux.

 

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