29.01.2010 - Haïti

Urgence Haiti - un blog de MSF - Ch. 5

Même dans une tragédie, il y a toujours des miracles qui peuvent se produire. Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’en vivre quelques-uns.
Christobal
Christobal
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Auteur
20100120 isabelle jeanson

Eindrücke aus Haiti - Port-au-Prince nach dem Erdbeben. MSF-Mitarbeiterin Isabelle Jeanson schreibt aus Haiti.

Le premier moment magique que j’ai vécu a été une discussion intense et privilégiée avec un jeune homme qui travaille comme conducteur pour MSF. Nous avons passé les deux jours précédents sur la route en direction du nord-est pour évaluer les besoins médicaux des Haïtiens qui ont fui Port-au-Prince. L’exode s’est produit dans les jours qui ont suivi le séisme, avec des milliers de personnes cherchant à obtenir dans les hôpitaux des campagnes les soins que la capitale, complètement submergée, ne pouvait plus leur fournir.

Ce matin, Christobal, notre conducteur, et moi-même avons eu la possibilité de converser un peu avant de reprendre la route. Comme je le fais avec tout notre personnel, je lui ai demandé de me parler de ce qu’il avait vécu pendant le tremblement de terre. Celui-ci m’a expliqué que, malgré le fait que sa maison se soit écroulée, sa femme et ses deux jeunes fils ont survécu. Ils dorment maintenant dans la rue comme le reste de la population. Toutefois, son récit ne s’est pas terminé là.

Au lendemain du tremblement de terre, en arrivant au bureau de MSF, il a appris qu’une de nos expatriés (personnel international) avait été enterrée vivante sous les décombres de la maison dans laquelle elle vivait. Un des collègues de Christobal avait entendu ses cris étouffés provenant du sous-sol de la maison où elle était ensevelie sous les deux étages de la maison qui s’étaient affaissés au-dessus d’elle.

Christobal, aidé de trois autres collègues, ont réussi à convaincre leur chef de mission de les laisser creuser à mains nues pour la dégager de la maison. L’autre possibilité était d’attendre que les équipes de déblayement équipées d’un camion et d’une grue arrivent, ce qui n’aurait pas lieu vraisemblablement avant 48 heures, dans le meilleur des cas, voire plusieurs jours après. Ils ne pouvaient se résoudre à attendre aussi longtemps sans rien faire alors qu’ils pouvaient retrousser leurs manches et faire leur possible pour la sortir de là.

En déplaçant les morceaux de béton, ils couraient toutefois le risque de déstabiliser encore davantage la structure et de périr eux-mêmes sous les gravats. Mais le temps était compté. Ainsi, le 13 janvier, à 11 heures, c’est-à-dire 15 heures après le désastre, ils ont commencé à enlever un par un les morceaux de béton, les barres de métal tordues et les débris.

Ils ont créé un tunnel suffisamment large pour permettre à une personne de ramper sur le ventre et de progresser dans le passage centimètre par centimètre. À un moment donné, alors qu’un des collègues se trouvait dans le tunnel, une secousse s’est fait sentir, faisait frémir le bâtiment tout entier, mais sans rien déplacer fort heureusement.

Après cinq heures d’efforts, ils ont fini par rejoindre l’expatriée et à la sortir lentement. Ce n’est qu’avec quelques coupures et contusions que cette dernière est ressortie de son refuge, heureusement sans aucune fracture. On peut dire que c’est un vrai miracle qu’elle ait survécu. On ne peut que ressentir de l’humilité devant le courage de Christobal et de ses collègues qui ont risqué leur vie pour la secourir.

Ni lui ni ses confrères n’ont réfléchi à deux fois lorsqu’ils ont décidé de mettre leur vie en danger pour la sauver. Je ne sais pas si j’aurai eu le courage de faire de même. Pour reprendre ses paroles de ce matin : « Il ne faut pas penser à demain, il n’y a qu’aujourd’hui qui compte, et vivre le présent, car on ne sait pas de quoi demain sera fait. »

Le deuxième miracle s’est produit plus tard dans la matinée. Je visitais avec mes collègues les différents services de l’hôpital Dajabon en République dominicaine, près de la frontière haïtienne, à environ 10 heures de route de Port-au-Prince. Nous faisions une évaluation des besoins des patients qui s’étaient rendus en République dominicaine après le tremblement de terre.

Lorsque nous sommes arrivés au service des soins postopératoires, une jeune patiente m’a fait signe de m’approcher. Lorsque je suis arrivée à son chevet, elle m’a murmuré quelque chose en espagnol, mais j’ai vite compris qu’elle était Haïtienne. « Je suis infirmière, m’a-t-elle dit. Je travaillais pour MSF à Port-au-Prince lorsque le tremblement de terre est arrivé. »

« Vous travailliez à la maternité? », lui ai-je demandé. « Oui, j’ai été blessée pendant le séisme, mais ma famille m’a trouvée et emmenée ici à Dajabon. » Le même jour, dans la matinée, MSF avait eu un moment de silence en souvenir des membres du personnel disparus et ceux dont nous étions sans nouvelles après que le tremblement de terre détruise nos hôpitaux. Quelle était la probabilité de retrouver en République dominicaine un de nos membres disparus? Ce fut un réel bonheur pour moi de faire partie de la chaîne qui permit de reconnecter un maillon manquant. Et aussi d’être le témoin d’un autre petit miracle.

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