HALFTIME! : Indomptables Camerounais
Au mois de janvier dernier, je me suis rendu au Cameroun pour réaliser un film de promotion sanitaire dont l’un des acteurs était Sylvestre, patient et employé de MSF chargé de convaincre les membres de sa communauté infectés par le VIH de se faire soigner. Sylvestre, la trentaine, est un homme au verbe discret mais il dispose d’un pouvoir magique: il est le maître de la télévision à l’hôpital d’Akonolinga, ville située dans l’Est du pays – d’autant plus quand du football est au programme. Pendant ma visite, l’équipe nationale était en compétition dans la Coupe d’Afrique des Nations, en Angola.- HALFTIME! Les hirondelles du Zimbabwe: favoris du tournoi MSF?02.07.2010
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A l’extérieur du bâtiment hospitalier construit par Médecins Sans Frontières, une cinquantaine de patients souffrant d’ulcère de Buruli, une rare maladie de peau, étaient agglutinés autour du poste de télévision. Les cris et les exclamations fusaient à chaque occasion de but, mais leur enthousiasme ne fut pas récompensé : le Cameroun perdit le match.
Sylvestre est un vrai fan de foot. Il adore parler de son héros, Roger Milla, qui fut élu meilleur joueur du continent africain dans les années 80. Une fois par décennie, il semble que le Cameroun se lance un vrai défi, se lance à l’assaut d’une victoire improbable. Lors de la coupe du monde de 1990, l’équipe nationale avait créé la surprise lorsque quatre buts fantastiques de Roger Milla, alors âgé de 38 ans, l’ont propulsée en quarts de finale de la compétition – une première pour une équipe africaine. Avant cette performance, les pessimistes ne voyaient pas les équipes africaines comme de sérieux challengers. « Pas de discipline », disaient les uns. « Pas d’endurance », affirmaient les autres.
Dix ans plus tard, le Cameroun a fait face à un autre défi, bien plus grave et important. Et MSF a joué un rôle en aidant le pays à le relever. En 2000, l’organisation a ouvert son premier programme de traitement HIV dans la capitale Yaoundé et a livré la preuve que les patients avaient saisi tout de suite l’opportunité de prolonger leur vie et pouvaient poursuivre leur traitement avec détermination.
Les pessimistes disaient alors que l’Afrique n’avait pas d’argent et pas de structures médicales, que les patients manquaient de discipline pour adhérer correctement à leur traitement.
Aujourd’hui, en 2010, les Lions Indomptables et les personnes vivant avec le VIH/sida au Cameroun font face à de nouveaux defies, les uns sur la pelouse, les autres dans leurs cliniques.
Sur le terrain vert, les Lions Indomptables sont qualifies parmi les 32 meilleures équipes du monde. Mais dans son match contre le VIH/sida, le Cameroun a encore du chemin à faire. Aujourd’hui, seule la moitié des personnes ayant un besoin de traitement antirétroviral dans le pays y a accès. Pour utiliser une métaphore footballistique, pour 11 personnes présentes sur le terrain du combat contre le VIH, 11 autres attendent désespérément leur traitement sur le banc de touche. Pire encore : un joueur sur onze développe des résistances à son traitement et se retrouvent face à l’obstacle d’un traitement de seconde ligne bien trop cher et complexe à administrer. MSF et le ministère de la Santé sont à nouveau sur le siège de l’entraîneur et tentent de démontrer que la victoire sur ce terrain-là aussi est possible.
Hier, il devait encore y avoir beaucoup de monde à se bousculer devant la télévision de Sylvestre. Le rugissement des Lions camerounais reflète bien la fierté et l’espoir d’une nation pour la victoire de leur équipe – et pour celle des personnes touchées par le VIH/sida.
Marcel Nimfuehr est chargé de communication MSF pour le Cameroun.




