22.05.2015 - Soudan du Sud

Aggravation du conflit au Sudan du Sud: la situation humanitaire est alarmante

La recrudescence des combats au Soudan du Sud expose les civils à une violence généralisée et restreint sévèrement le fonctionnement de l’aide humanitaire dont la population a pourtant désespérément besoin.
Soudan du Sud, 25.02.2015
L’aggravation de la situation dans les zones de conflit expose les populations aux violences et leur empêche d’avoir accès aux soins médicaux.
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L’augmentation des violences dans les Etats d’Unité, du Jonglei et du Haut Nil a entrainé la suspension et la destruction de services et de structures de santé ainsi que l’évacuation de personnels médicaux dans les zones affectées.

«L’aggravation de la situation dans les zones de conflit expose les populations aux violences et leur empêche d’avoir accès aux soins médicaux et à l’assistance humanitaire dont ils ont besoin» déclare Paul Critchley, chef de mission pour Médecins Sans Frontières (MSF) au Soudan du Sud. «Toutes les parties au conflit doivent respecter les civils et les structures de santé afin d’éviter davantage de souffrances inutiles».

Dans l’Etat du Haut Nil, MSF fournit une assistance médicale vitale aux personnes blessées par les combats à Melut, alors que le fret aérien et les équipes médicales ne peuvent plus être envoyés sur place. L’insécurité actuelle empêche les avions de se poser et a forcé, au cours des derniers jours, des centaines de personnes à trouver refuge dans le site de «protection des civils» des Nations Unies. A moins que la sécurité du personnel et du matériel médical soit garantie pendant leur transport, MSF risque de ne plus pouvoir fournir des soins à ceux qui en ont désespérément besoin.

A Malakal, MSF prend en charge des personnes qui ont été blessées par les récents combats.  La semaine dernière, les affrontements dans la zone ont cependant empêché d’apporter de soins médicaux aux 30 000 personnes vivant dans le site de «protection des civils» des Nations Unies, alors même qu’il enregistrait un afflux important de nouvelles arrivées. La situation extrêmement volatile empêche toujours les équipes MSF d’entrer dans la ville elle-même, où la plupart des combats ont eu lieu.

Des exactions d’une violence inouïe

Dans l’Etat du Jonglei, la ville de Phom El-Zeraf (New Fangak) était sur la ligne de front ces derniers mois. Mardi 19 mai, au cours d’une visite dans la zone, une équipe MSF a pu constater que la ville avait été détruite, les arbres et les maisons brulés, les écoles démolies. L’hôpital de la ville, l’une des structures de santé principales dans le nord de l’Etat du Jonglei, a été complètement détruit. Cette destruction impacte grandement la population de la zone, qui n’a que peu d’alternative pour bénéficier de soins de santé.

Dans l’Etat d’Unité, MSF a été forcé d’évacuer son hôpital dans la ville de Leer le 9 mai 2015 alors que la ligne de front se rapprochait, privant environ 200 000 personnes d’accès aux soins de santé. MSF a pu entrer en contact avec l’un de ses employés sud-soudanais qui a expliqué qu’il s’était réfugié avec d’autres sur une île dans un marécage pour se mettre à l’abri des échanges de tir.

«Une grenade propulsée a atterrie dans l’eau près de lui, mais heureusement elle n’a pas explosé. Il est resté neuf heures dans l’eau. Lorsqu’il a enfin pu sortir de l’eau, il a rapporté les corps de deux jeunes enfants à leurs parents. Il dit qu’une femme a été enlevée et que ce sont les autres personnes du groupe qui s’occupent de son bébé», raconte Paul Critchley.

Des populations victimes de violence et privées de soins

A Bentiu et dans les zones environnantes, les combats et l’insécurité de ces dernières semaines ont forcé MSF à suspendre plusieurs cliniques mobiles. Dans l’une de ces zones, à Nhialdiu, MSF dispensait des soins de santé gratuits à plusieurs centaines de personnes chaque jour. MSF continue de faire fonctionner un hôpital à l’intérieur du site de «protection des civils» de Bentiu qui a vu dernièrement plus de 11 000 nouvelles arrivées, principalement des femmes et des enfants. Beaucoup ont rapporté aux équipes MSF le témoignage horrible des violences auxquelles ils ont échappées : des villages entiers brulés, des familles séparées, des attaques, des gens tués ou obligés de laisser derrière eux les blessés pour fuir, des violences sexuelles a l’égard de femmes et des enfants. MSF a pris en charge une femme enceinte avec une blessure grave à la jambe due à un éclat d’obus. Pendant neuf jours, elle n’avait pu obtenir une quelconque assistance médicale.

Ceux qui ont réussi à rejoindre l’un des sites de «protection des civils» ne sont pas épargnés par les violences. A plusieurs reprises, des personnes abritées à l’intérieur de ces sites ont été blessées par des obus ou des balles perdues à cause des bombardements et des échanges de tirs réguliers à proximité. En mars, MSF a pris en charge un garçon de neuf ans qui avait été blessé pendant son sommeil par une balle perdue tirée depuis l’extérieur du site. Les tensions intercommunautaires sont aussi en augmentation. L’hôpital de MSF à Bentiu a traité trois fois plus de cas de blessures liées aux violences : près de 150 patients pris en charge en avril contre 50 par mois environ l’année dernière. L’arrivée de la saison des pluies et les conditions de surpeuplement exacerbées par l’afflux de nouveaux arrivés dans plusieurs de ces sites est aussi une cause de préoccupation.

MSF au Soudan du Sud

MSF est l’un des plus importants acteurs humanitaires et médicals au Soudan du Sud avec plus de 3 500 employés dans le pays, et mène des projets en Ethiopie et en Ouganda pour venir en aide aux réfugiés. A l’heure actuelle, MSF gère des projets dans six des dix Etats du Soudan du Sud, notamment dans les Etats d’Unité, du Jonglei et du Haut Nil où le conflit a un impact particulièrement dévastateur sur la population. MSF gère également des activités dans la région administrative d’Abyei. Les équipes MSF répondent à différents besoins en matière de santé, allant de la chirurgie à la vaccination en passant par les soins obstétriques, la lutte contre le paludisme, le traitement du Kala-Azar ou de la malnutrition.

MSF appelle toutes les parties prenantes au conflit à respecter les installations médicales, et a permettre aux organisations humanitaires d’accéder aux communautés touchées et de permettre aux patients de recevoir un traitement médical quelque soit leur origine ou leur appartenance ethnique.

Cette année, MSF a effectué:

 

  • 167 207 consultations ambulatoires, dont 62 269 pour des enfants de moins de 5 ans
  • 10 367 patients ont été hospitalisés, dont 5 123 enfants de moins de 5 ans
  • 5 096 actes chirurgicaux
  • 3 587 accouchements
  • 1 102 patients sont sous traitement contre le Kala-Azar
  • 6 243 enfants malnutris ont été pris en charge, dont 1 102 en hospitalisation

 

 

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