25.04.2016 - Zambie

Vaincre le choléra avec un mégaphone

La Zambie s'engage dans une campagne de prévention du choléra d'une ampleur inédite. Pour mobiliser la population, une armée d’agents de santé communautaires est à pied d’œuvre.
Zambie, 12.04.2016
«Deux minutes, pas plus – C'est le temps qu'il vous faut pour vous faire vacciner contre le choléra et échapper ainsi à cette maladie qui peut vous tuer»
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Après une interminable période de pluie et de grisaille, le soleil se lève enfin sur Lusaka, la capitale de la Zambie. Dans les cités tentaculaires et les lotissements informels, où une épidémie de choléra s'est insidieusement répandue, la bonne humeur revient, elle aussi.

Avant la saison des pluies, des mois de sécheresse avaient épuisé les forages, contraignant la population à aller puiser de l'eau dans des sources non protégées. Lorsque la pluie est finalement arrivée, les eaux de ruissellement ont emporté le contenu des fosses des latrines dans les rues et les puits, ce qui a contaminé des sources d'eau et créé de larges flaques d'eau putride dans les rues des bidonvilles de Lukasa, peuplées de plus d'1,2 million d'habitants.

Dans ces conditions, le choléra, qui se transmet par l'eau, n'a eu aucun mal à se répandre. 804 cas de choléra ont été enregistrés depuis le mois de février et 15 personnes ont succombé à la maladie.

Ce n'est pas la première épidémie de choléra qui frappe Lusaka, mais la dernière remonte à cinq ans.  Les habitants de la capitale ont donc perdu pratiquement toute l'immunité qu'ils avaient développée et sont à nouveau très vulnérables.

Des équipes de Médecins Sans Frontières se sont dès lors associées au ministère de la Santé publique zambien pour organiser la plus vaste campagne de vaccination orale contre le choléra jamais menée, destinée à toucher 578 000 personnes.

Motiver les foules

Pour les huit volontaires de MSF, les 60 membres du ministère de la Santé et les 1 135 bénévoles issus des quatre quartiers de Lusaka frappés par l'épidémie (Kanyama, Bauleni, George and Chawama), la tâche est colossale. Vacciner tant de gens sur 41 sites est déjà un défi en soi, mais il faut en parallèle veiller à informer correctement les communautés et les convaincre de venir se faire vacciner.

Pour cela, quelques jours avant les actions de vaccination, des équipes d'agents de santé communautaires sillonnent le quartier de Kanyama avec des mégaphones et des prospectus afin d'encourager la population à se faire vacciner. Dans cette cité de 250 000 habitants, où plusieurs autres épidémies de choléra ont éclaté par le passé, mener une campagne de vaccination n'est pas sans difficulté.

«Deux minutes – Pas plus»

«Deux minutes, pas plus – C'est le temps qu'il vous faut pour vous faire vacciner contre le choléra et échapper ainsi à cette maladie qui peut vous tuer», explique Beenzu Chiwele, agent de santé volontaire, à quatre hommes sur le pas de la porte d'un barbier, tandis que le propriétaire écoute aussi. «Venez aujourd'hui car la campagne se termine demain à Kanyama.»

En parlant, Beenzu leur remet des prospectus jaunes sur lesquels est inscrit «Aidez-nous à vaincre le choléra!», ainsi que les dates de la campagne de vaccination et des conseils pour éviter la contamination. Face aux hésitations de ses interlocuteurs, Beenzu leur présente un autre prospectus rédigé en Nyanje (un dialecte très répandu à Lusaka) où l'on peut voir deux leaders communautaires exhiber fièrement leur carte de vaccination. Finalement, l'insistance de Beenzu vient à bout des réticences des quatre hommes qui se dirigent vers le site de vaccination.

Le choléra: un tabou

La population de Kanyama souffre de la stigmatisation associée au choléra. «On associe depuis longtemps Kanyama et le choléra», explique Beenzu. «Dites à quelqu'un que vous venez de Kanyama et il s'exclamera 'Non! Ne m'approche pas! À Kanyama, vous avez le choléra. C'est dégoûtant et vous venez nous contaminer.»

Beenzu se souvient très bien de la dernière épidémie de choléra. «J'étais encore étudiante», raconte-t-elle. «Beaucoup de gens sont morts. Un homme de mon quartier était atteint de choléra et s'est effondré en pleine rue. Il était incontinent, il vomissait. Il a fallu asperger les personnes proches de lui, dont je faisais partie, d'une solution au chlore pour éviter la contamination.»

«Les gens ont beau savoir que le choléra est mortel, ils tardent souvent à consulter à cause de la honte qu'ils éprouvent. Lorsqu'ils se décident à voir un médecin, il est souvent déjà trop tard. Ils sont gravement déshydratés, à un stade critique de la maladie. Il n'est ainsi pas rare de voir les patients décéder dès leur arrivée dans un centre de soins spécialisé. Parfois, ils cherchent de l'aide dans d'autres zones pour éviter d'être vus par leurs voisins. Certains meurent chez eux parce qu’ils ont honte de sortir pour se faire soigner».

Comment rester en bonne santé

Beenzu a la personnalité qu'il faut pour travailler en tant qu'agent de santé. «Mon nom signifie 'Visiteurs'», explique-t-elle. «Mes parents m'ont appelée ainsi car, lorsque ma mère était enceinte de moi, beaucoup de gens sont venus lui rendre visite. C'est peut-être pour cela que j'aime les gens, que j'aime interagir avec eux. Je peux discuter avec des gens de tous horizons.»

Parallèlement à ses activités de volontariat, Beenzu étudie l'environnement et la santé publique. «Au début, je voulais être médecin», raconte Beenzu. «J'ai commencé à réfléchir aux moyens qui permettent d'éviter aux gens de tomber malades. Alors, j'ai décidé de me pencher plus attentivement sur la santé environnementale et la promotion de la santé. Plutôt qu'aller examiner des patients à l'hôpital, je préférais les aider à rester en bonne santé.»

Jour après jour, le nombre de personnes vaccinées a augmenté régulièrement pour atteindre le nombre de 342 213. MSF et le ministère de la Santé élargissent actuellement leurs activités de promotion de la santé pour inciter encore plus de gens à venir se faire vacciner. En même temps, le ministère de la Santé continue à traiter les patients contaminés dans trois centres de traitement du choléra implantés dans les zones les plus touchées par la maladie.

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