09.08.2016 - Cameroun

Nigéria: «Nous recevons deux kilos de nourriture par semaine… Que vous soyez seul ou que vous ayez dix enfants»

Maka, 55 ans, au regard bouleversant de détresse, a été référée le 20 juillet de Banki vers l’hôpital de Mora au Cameroun (à 30 km de la frontière nigéro-camerounaise) soutenu par MSF car son état de santé nécessitait une prise en charge médicale urgente.
Maka à Mora, Cameroun, juillet 2016
Maka, 55 ans, et son petit-fils Grema Mata, 5 ans, à l’Hôpital de Mora au au Cameroun.
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Elle souffre d’une malnutrition sévère aigüe, symptôme rare chez les adultes, qui témoigne de fait de la crise nutritionnelle aigüe à laquelle fait face la population de Banki depuis plus de quatre mois. Elle était accompagnée de son petit-fils (cinq ans) et de sa nièce avec son fils (11 mois); les deux enfants souffraient également de malnutrition très avancée et nécessitaient une hospitalisation urgente, sans quoi leur vie était en danger. Cette grand-mère nigériane avait perdu le sourire, parlait très peu et son visage émacié était dénué de toute expression.

Neuf jours après sa prise en charge par les équipes de MSF, Maka avait les traits transformés et envie de se confier sur la dure réalité qu’elle partage avec plus de 15 000 autres réfugiés.

«Je suis originaire d’un village en périphérie de Banki. Les Boko Haram nous ont chassé de notre village, et en fuyant, nous avons rencontré des hommes de l’armée qui nous ont transporté en véhicule jusque là-bas. Cela fait quatre mois que ma famille et moi sommes bloqués à Banki, sans possibilité de voir l’extérieur de la ville. J’ai perdu la trace de certains membres de ma famille… Depuis notre arrivée, nous ne sommes pas libres de nos mouvements et nous ne faisons rien. La vie est très difficile… nous recevons à peine deux kilos de nourriture par semaine, la plupart du temps du riz ou du maïs. Que vous soyez seul ou que vous ayez dix enfants, la quantité reste la même. J’étais obligée de rationner la nourriture, car si je cuisinais pour que tout le monde mange à sa fin, nous n’aurions plus rien eu à manger avant la prochaine distribution. Nous avons droit à un seau d’eau par jour. Ce n’est pas assez, car il doit étancher notre soif mais aussi laver nos marmites et nos habits.  Parfois, on ne nous en donne même pas. Côté santé, les autorités nous envoient occasionnellement du personnel médical, mais qui ne reste jamais de façon prolongée sur Banki.

J’espère que mes enfants qui sont à Banki continuent de recevoir au moins le peu de nourriture à laquelle nous avons droit. C’est ce qu’on nous a promis. Mais ce qui me préoccupe avant tout, c’est l’insécurité».

Aujourd’hui Maka esquisse quelques timides sourires qui reflètent une sincère gratitude mais son avenir ainsi que celui de sa famille demeure sa plus grande inquiétude.

«Je suis heureuse que mes enfants et moi ayons retrouvé la santé ici à Mora. Une fois guérie, s’il y avait la possibilité de se débrouiller et de travailler un peu pour vivre, je rejoindrais mon mari à Banki. Mais nous ne pouvons rien faire. Mon souhait serait que mes enfants et ma famille restés à Banki me rejoignent, qu’on se retrouve ici au Cameroun. Il nous suffit de quelques marmites, d’un peu de nourriture et nous nous battrons pour survivre, en sécurité. Nous aimerions également rester à proximité de l’hôpital… Aujourd’hui, même si le Nigéria est notre pays, nous n’y sommes pas libres et nous avons trop peur de retourner là-bas.»

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