09.11.2016 - Niger

Niger: Une forte augmentation des cas de paludisme ces derniers mois

Au Niger, après une régression sensible de cas de paludisme ces trois dernières années, la maladie a connu une recrudescence alarmante cet été, remettant en cause les efforts de prévention mis en place depuis 2012, date du dernier pic important de la maladie.
Niger, 17.08.2016
Chaque année, le pic de transmission du paludisme s’ajoute à une augmentation des cas de malnutrition aiguë.
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Uniquement dans le district sanitaire de Madaoua, dans la région de Tahoua, les cas de paludisme identifiés par les autorités médicales pendant la deuxième semaine d’octobre sont passés de 3901 en 2015 à 6695 en 2016. Les équipes MSF ont répondu à l’urgence en mettant en place des structures sanitaires supplémentaires et en recrutant du personnel médical saisonnier dans les régions de Tahoua, Zinder, Maradi et Diffa. Environ 60000 enfants ont été traités. Cette augmentation des cas oblige à s’interroger sur les causes de ce phénomène et sur les mesures à adopter pour lutter contre la maladie.

Le paludisme s’ajoute à la malnutrition

«Le nombre d’admissions cette année a été exceptionnellement élevé, même par rapport à 2012», explique Hamsatou Seydou Abdou, infirmière MSF au Centre de Récupération Nutritionnelle Intensif (CRENI) de l’hôpital de Madaoua. Chaque année, le pic de transmission du paludisme s’ajoute à une augmentation des cas de malnutrition aiguë. Les deux surviennent pendant la période de soudure qui coïncide avec la saison des pluies. «Je me souviens qu’au plus fort du pic, nous avions 250 enfants hospitalisés au maximum. Cette année, on comptait plus de 400 lits. Il faut être tout le temps en alerte, comme des sentinelles!»

Suite au pic majeur de 2012, plusieurs mesures avaient été adoptées par les autorités sanitaires, avec le support de MSF, comme la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide, la mise en place d’un programme de chimio-prévention et le suivi épidémiologique des cas. Grâce à ces mesures, en 2014, le nombre de personnes atteintes par la maladie avait chuté de plus de 70%. Mais les cas sont peu à peu réapparus et ont plus que doublé par rapport à la même période en 2016.

109 390 enfants ont bénéficié du programme de prévention du paludisme

«La diminution de la mortalité au CRENI, passant de 16% en 2012 à 6,1% en 2016, indique un progrès certain. Elle s’explique principalement par une campagne de prévention mais aussi par une amélioration constante de la qualité des soins apportés», explique le Dr Carol Bottger, coordinatrice médicale MSF au Niger. «Il est certain que les efforts de prévention doivent être poursuivis, mais il est aujourd’hui trop tôt pour expliquer les raisons concrètes de cette recrudescence, on ne peut qu’avancer des hypothèses et proposer des plans d’actions en conséquence.»

La prophylaxie pour la prévention du paludisme saisonnier consiste à distribuer pendant les quatre mois du pic, où l’incidence de la maladie est la plus forte, un traitement aux enfants âgés de 3 mois à 5 ans. Dans les départements de Magaria et Dungass, 109390 enfants ont bénéficié de ce programme, soit 93,4% de la population de cette tranche d'âge dans les zones ciblées.  
Cette année, des problèmes d’organisation et de moyens ont affecté l’efficacité de la campagne de prévention. Notamment, une rupture de stock des tests de diagnostic rapide du paludisme dans les centres de santé entre les mois de juin et août, en pleine période de pic.

Une bonne administration du traitement est également un facteur essentiel de réussite. Epicentre, le centre de recherche épidémiologique de MSF, a mené cette année une étude sur six sites du département de Magaria, dans la région de Zinder, pour évaluer l’efficacité d’un programme de chimio-prévention du paludisme saisonnier mis en œuvre sur le terrain.

«Il y a peut-être eu un certain relâchement après les premiers succès des campagnes de prévention, mais les facteurs qui peuvent provoquer une croissance inattendue de la transmission sont nombreux», commente le Dr Carol Bottger. «Nous sommes aussi en train d’évaluer l’impact des pluies arrivées plus tôt que d’habitude cette année, et qui ont été très abondantes, favorisant ainsi la propagation du paludisme. On ne peut pas non plus exclure la possibilité du développement d’une résistance pharmacologique au traitement utilisé pour la chimio-prévention. C’est notamment ce que MSF et Epicentre sont en train d’étudier».

Plus au sud, dans la région de Maradi, les équipes MSF constatent un afflux de patients provenant du Nigeria : «En septembre, jusqu’à 52% de nos patients provenaient du Nigeria», explique Felix Kouassi, chef de mission MSF. «Les gens traversent la frontière pour venir se faire soigner dans les centres gérés par MSF au Niger. L’accès aux soins de santé gratuits y est plus facile. Mais ceci pose un sérieux problème sur l’efficacité de notre volet préventif, qui atteint ainsi seulement  50% de la population ciblée. Cette situation nous pousse à croire que mener des activités préventives contre le paludisme au-delà de la frontière nigérienne devient nécessaire.»

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